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  FLOBECQ
> La commune de
Flobecq

Monsieur Philippe Mettens

Monsieur Philippe Mettens, bourgmestre de Flobecq

Conseiller communal depuis 1994, Philippe METTENS, Montois d’origine, est bourgmestre f.f. de Flobecq depuis 2001 dans la mesure où la tête de liste de son parti, Rudy DEMOTTE, est le bourgmestre en titre, empêché par ses fonctions ministérielles.

A quarante ans, ce Docteur en neurosciences de la Faculté de médecine de l’Université de Mons Hainaut pourrait pourtant se contenter de ses activités de collaborateur scientifique à la Faculté de médecine de l’ULB et de ses responsabilités de Secrétaire général du Service Public fédéral de la Politique scientifique et réserver son temps libre exclusivement à son épouse et à ses trois enfants. Mais le devenir de la Cité est une autre de ses passions.

Partisan d’une consultation permanente de la population, il organise de fréquentes rencontres citoyennes dans les divers quartiers de sa commune. A noter enfin que l’économie sociale comme modèle alternatif de développement économique est également une de ses préoccupations majeures.

Monsieur Philippe MettensOpladis : Monsieur le Bourgmestre, Flobecq est une de ces rares entités n'ayant pas subi l’effet des fusions de communes de 1976-1977, parce que vous êtes sur la frontière linguistique et qu’un petit hameau néerlandophone fait partie de Flobecq.

Expliquez-nous ce phénomène, s’il vous plaît.


Qualifions ce phénomène d’heureux, car il permet à Flobecq de conserver son côté villageois et des relations de proximité avec les citoyens.

Cela fait aussi de Flobecq une sorte de laboratoire d’échanges entre communautés. Malgré le discours ambiant, nous témoignons, en effet, tous les jours de la capacité et de la possibilité de vivre ensemble. Les relations entre francophones et néerlandophones de la commune sont très bonnes et empreintes de respect mutuel, sans doute parce que Flobecq a conservé une dimension humaine où tout le monde se connaît.

FlobecqOpladis : Il faut croire que votre minorité flamande est heureuse puisque, paraît-il, un certain nombre de néerlandophones passent la frontière linguistique pour venir acheter ou construire sur Flobecq.
Je ne dirais pas que c’est le seul moteur de leur venue: le paysage est aussi très beau et le prix de l’immobilier particulièrement intéressant par rapport à ce qui se pratique du côté néerlandophone. Mais il est certain que, si des gens font ce choix, surtout dans le contexte actuel, c’est un témoignage d’ouverture. Et on ne sent pas à Flobecq, malgré l’élargissement de la communauté néerlandophone, de visée communautaire. Les nouveaux venus se mêlent à la population villageoise dans l’harmonie et la sérénité.

Opladis : Flobecq est un petit village du Pays des collines. C’est une très jolie région touristique. Or, paradoxalement, vous avez fait la une de l’actualité à propos d’une décharge sur laquelle on a écrit un peu tout et n’importe quoi.
Effectivement. Pour avoir une certaine cohérence par rapport à la vision du développement de la commune au sein du Parc naturel, il était essentiel pour nous de gommer cette tache que constituait la décharge dans le paysage local.

Par ailleurs, nous souhaitions assurer la sécurité sanitaire de la population. Cette décharge a, en effet, été exploitée pendant une bonne trentaine d’années, à une époque où il n’y avait pas de contrôles sur l’origine et la nature des déchets entreposés. Nous nous sommes donc efforcés de faire fermer la décharge et, aujourd’hui, notre combat est de permettre sa réhabilitation.

Mais un certain nombre d’éléments sont venus « polluer » la lecture des événements. D’abord des groupements d’activistes « écologistes » sont venus compliquer la recherche d’une solution favorable. Puis, nous nous sommes heurtés à la mauvaise volonté de l’exploitant qui aurait évidemment préféré pouvoir continuer l’exploitation. Mais cela fait partie de nos responsabilités de gérer les problèmes, même s’ils sont particulièrement complexes et si la médiatisation du dossier a donné une image négative de notre commune à propos de la qualité de son environnement.

Ce qui est paradoxal puisque nous sommes dans un Parc naturel dont l’attrait essentiel est la qualité de son paysage.

Opladis : Rappelons l’origine de la présence de cette décharge : vous êtes dans une région sablonneuse et on y trouve donc de longue date des carrières. Or, lorsqu’une carrière est épuisée, à une époque où l’on ne gérait pas les immondices comme aujourd’hui, on considérait que le trou laissé pouvait être comblé en servant de décharge.
FlobecqC'est exactement cela ! Flobecq a d'ailleurs payé un lourd tribut à l’environnement parce que notre territoire comprenait l’un des points culminants du Hainaut, le Mont de Rhodes, qui a été complètement exploité et n’est plus aujourd'hui qu’une immense excavation. Les décharges qui ont fleuri à une époque sur le territoire de Flobecq ne sont, heureusement, que de types II et III, c’est-à-dire des déchets inertes ou des déchets industriels non toxiques. A priori, il n’y a donc pas de danger. Mais il est vrai que les profils ont disparu et ne seront jamais reconstitués. Cela ouvre, cependant, de nouvelles perspectives sur le plan de l’environnement, de la protection de la nature et même de la promotion de certaines espèces animales et végétales qui se développent sur ces sites à la topographie particulière. Dans les sablières par exemple, des falaises créées par l’exploitation abritent des insectes et des oiseaux intéressants, des plantes originales viennent s'y développer et constituent, en tant que telles, un attrait touristique. C’est là-dessus que nous essayons de capitaliser pour l’avenir: que l’on vienne découvrir les paysages, les bois, les forêts, intéressants dans l’absolu, mais avec des paysages atypiques nés de la recolonisation de la nature dans les exploitations de ce type.

Opladis : Flobecq ne vit pas que de son tourisme. Elle est restée une région agricole…
… qui subit donc les évolutions du monde agricole: une concentration des exploitations et une désaffection des jeunes pour la reprise de ces exploitations devenues plus importantes, donc extrêmement coûteuses. C’est un effet pervers de la concentration. Par ailleurs, l'analyse démographique montre une population flobecquoise particulièrement âgée, notamment parce que nous avons une maison de repos extrêmement importante, qui déforme la courbe démographique d’une manière atypique.

Opladis : Surtout que votre population n’est que de 3.000 habitants. La même maison de retraite dans une ville de 30.000 habitants n'aurait pas la même incidence.
FlobecqExactement. Les courbes évoluent pourtant plutôt bien. Il y a 8 à 10 ans, nous étions, en effet, passés sous le seuil des 3.000 habitants. Nous avons remonté depuis pour arriver à quelque 3.200. Une évolution surtout liée à l’immigration de populations venues pour la qualité des paysages. Nous devons cependant rester attentifs, car c’est là un élément qui pourrait avoir des effets préoccupants. A force de coloniser le paysage, ne risque-t-on pas de le détruire ? On assiste aussi à ce qu’on pourrait qualifier de "privatisation" du paysage. Aujourd'hui, les jolies petites routes d'autrefois sont bordées d’habitations empêchant la visibilité d'un paysage qui n’est plus accessible qu’à ceux qui y ont construit leur maison. Cela nous oblige à avoir une politique d'aménagement du territoire préservant l'équilibre entre l'habitation, la nécessaire vitalisation de la commune et la préservation du paysage et de l'environnement, garants de son attrait. Cette politique est d'ailleurs partiellement gérée par le Parc naturel, dans une vision intercommunale, pour essayer de respecter un certain nombre de règles urbanistiques et éviter les délires architecturaux tout en permettant aux architectes de faire preuve d’une certaine créativité. A nouveau, comme dans tout, il faut trouver un équilibre et essayer de développer des politiques harmonieuses.

FlobecqOpladis : Au niveau des traditions agricoles de Flobecq, nous mentionnerons la production de betteraves sucrières, même si les entreprises de transformation présentes dans la région ont tendance à fermer boutique. Il y a aussi de longue date une tradition de culture des plantes médicinales.
Absolument ! Nous conservons d'ailleurs de petites entreprises spécialisées dans la fabrication et la distillation d’huiles essentielles et de produits liés aux plantes médicinales, comme le raifort et les angéliques. Ces entreprises ont d’ailleurs acquis une telle notoriété que, tout en étant petites, une grande partie de leur production est vouée à l’exportation. Elles nous valent ainsi une reconnaissance internationale même si l'activité a un peu perdu d’ampleur par rapport à autrefois. Ajoutons-y les brasseries, qui ont fait la réputation de la région au 19e siècle. « La Voisin », par exemple, était, à l'époque, la bière des travailleurs saisonniers venus pour les récoltes.

Opladis : Vous avez, aujourd’hui, un projet à vocation touristique autour de ces plantes médicinales.
FlobecqUne vocation touristique qui n’est pas précisément orientée vers le passé. Il y aura, bien sûr, une évocation de l’évolution des technologies en matière de traitement des plantes de l’Antiquité à aujourd’hui, mais en insistant surtout sur les nouvelles technologies, donc la chimie et la pharmacologie qui connaissent en Belgique un développement particulièrement intéressant. Il s’agira aussi, à travers ce Centre d’interprétation, de promouvoir les produits liés aux plantes médicinales. Leurs vertus suscitent en effet, actuellement, un regain d’intérêt. Nous vendrons donc toute une série de produits : des cosmétiques, des shampoings, des huiles, des tisanes… Je suis par ailleurs intimement persuadé que, si les petites communes ne doivent pas manquer d’ambitions, elles doivent aussi envisager leur développement dans la cohérence. Nous sommes donc associés à la dynamique de la commune voisine de Lessines qui est en train d’implémenter le site de l’hôpital de Notre-Dame à la Rose. L’objectif est donc de créer un circuit touristique passant par Flobecq pour y découvrir la culture et la transformation des plantes médicinales, menant ensuite à l’hôpital Notre-Dame à la Rose qui les utilisa, à une certaine époque, à des fins pharmacologiques.

Opladis : Donc un parcours touristique autour de l’histoire de la santé, en quelque sorte !
Oui. Aujourd’hui, les gens sont très exigeants. Du coup, nous devons développer un produit touristique global. On ne peut imaginer que le seul site flobecquois soit suffisamment attractif pour satisfaire le touriste d'un jour. Nous développons donc avec nos partenaires un véritable circuit permettant de couvrir toute une thématique sur une journée, tout en goûtant à des produits du terroir, le tout dans un grand souci de professionnalisme. A une certaine époque, chaque petit village avait son petit musée où on allait voir des cailloux ramassés à gauche et à droite. Ici, on a eu recours à des scénographes professionnels qui donnent au produit touristique un haut niveau de qualité, avec une évolution et une remise en question permanente.

FlobecqOpladis : A ce propos, que faut-il goûter, de passage à Flobecq ?
Je l'ai dit: nous avons de bonnes bières. Mais aussi des produits assez originaux et innovants. Par exemple, l'un de nos artisans bouchers/charcutiers a inventé une praline au boudin qui rencontre un succès extraordinaire. Il fait également du saucisson à l’ananas et toutes sortes d’innovations assez étonnantes qui suscitent pas mal d’intérêt. Nous avons encore des distilleries qui tentent de développer des produits caractérisés par la qualité et leur côté naturel. Les visiteurs du Pays des collines, et de Flobecq en particulier, sont sensibles à la beauté des paysages et à la qualité de vie, mais aussi au caractère naturel des produits qu’on peut y déguster. D’ailleurs, juste à côté de Flobecq, se trouve un restaurant auréolé de deux étoiles au Michelin, ce qui est tout de même exceptionnel, mais témoigne surtout du côté bon vivant de la région.

Opladis : Vous nous avez dit que Flobecq, notamment en raison d’une maison de retraite fort dynamique, avait un pic de seniors. Quelle est la politique spécifique de la commune à destination de vos aînés ?
Sans aller jusqu’à décrire ce qu’on fait dans la plupart des communes pour permettre aux aînés de trouver de l’animation, je citerai l'atelier multimédia que nous avons créé pour permettre aux plus âgés d’avoir accès à l'Internet dans une sorte de cybercafé rural. Ils y trouvent, bien sûr, une possibilité de formation, mais aussi des outils multimédias comme la création de sites ou de produits informatiques divers. Nous essayons de projeter les personnes plus âgées dans la modernité, tout en maintenant l'équilibre avec le milieu rural dans lequel elles ont vécu et auquel elles sont attachées.

Opladis : Nous ne pouvons que vous inviter à leur recommander la fréquentation régulière d’Opladis, site dédié à nos internautes de 50 ans et plus ! Merci de votre accueil au Pays des Collines, Monsieur le Bourgmestre. Bonne continuation !
Bonne continuation pour Opladis, aussi. Et merci de votre visite à Flobecq !

17/12/2004 [Interview réalisée le [30/11/2004]
Luc Verton

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