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  AISEAU-PRESLES
> La commune
d'Aiseau-Presles

Monsieur Marcel Dargent

Monsieur Marcel Dargent, bourgmestre d'Aiseau-Presles

Né en 1938 dans une famille de mineur, le bourgmestre d’Aiseau-Presles a une longue expérience de la vie et du travail : traçeur aux ateliers HMS d’Auvelais dès ses 15 ans, il entame, à l’issue de son service militaire, une carrière de dessinateur aux Glaceries Saint-Roch.

Ayant suivi les cours pédagogiques en promotion sociale, il devient professeur dans l’enseignement technique à partir de 1964. Cette année-là, il s’affilie aussi au Parti socialiste. Il deviendra bourgmestre d’Aiseau-Presles en 1989, après avoir été conseiller CPAS et conseiller communal.

Il s'atèle à de lourdes tâches : rénovation des groupes scolaires communaux, égouttage, création d'un centre culturel, dynamisation du secteur de la jeunesse... Ses priorités sont la sécurité, la lutte contre le vandalisme et la petite délinquance, la protection des plus faibles et l'embellissement général de sa commune. Marcel DARGENT, marié, est père de deux enfants. Il est aussi deux fois grand-père.

Monsieur Marcel Dargent, bourgmestre d'Aiseau-PreslesOpladis : Monsieur le Bourgmestre, en janvier 2004, Aiseau-Presles se retrouvait sous les feux de l'actualité d'une manière peu agréable: à Panama, une cité sociale située sur le territoire de la commune, des jeunes avaient commis des exactions à l'encontre des bus de la TEC.
Effectivement ! Mais je suis fier de pouvoir dire que si, aujourd'hui, on lance encore des pavés dans les bus, ce n'est plus jamais à Aiseau-Presles, ni à Farciennes. Cet incident nous a ouvert les yeux sur une situation de ghetto, en quelque sorte, qui s'était développée autour de l'administration communale. Panama est, en effet, une cité sociale, dont les jeunes sont souvent des immigrés de deuxième ou troisième génération, désoeuvrés, qui tournaient un peu en rond dans le village. Le pavé a permis au Service Jeunesse de prendre conscience de la nécessité de s'occuper d'eux. Nous avons donc engagé un animateur de rue qui est parvenu à rétablir un climat tout à fait serein grâce à la constitution d'un comité de jeunes et à la mise sur pied d'un certain nombre d'activités. Un groupe de rap, nommé Armada, a ainsi vu le jour et vient de sortir un CD. On tente d'améliorer les relations intergénérationnelles, par exemple en leur proposant de venir chanter lors des fêtes du troisième âge. Récemment, certains ont passé la journée au parc d'aventures de Durbuy, etc. Avant, on proposait aux jeunes des projets, maintenant, ils les proposent.

Opladis : Mais Aiseau-Presles ne se limite pas à ces faits divers malheureux ! Votre commune résulte d’une fusion de quatre villages très disparates sur un territoire de 22 km², dictée par des intérêts politiques partisans et non par le bon sens, me suis-je laissé dire.
La commune est effectivement issue de la fusion de Roselies, Pont-de-Loup, de Presles et d'Aiseau, villages dirigés à l’époque par quatre majorités de droite, soucieuses de se regrouper. Il y avait eu pas mal de tractations en vue d'autres regroupements et, à l'époque, j'étais de ceux qui s'opposaient à cette fusion-ci. En plus, c'étaient quatre fortes personnalités qui se trouvaient à la tête de ces communes. Chacun revendiquait donc l'administration communale sur son territoire.
Ce sont cependant les sept socialistes de l'opposition qui ont fait pencher la balance en faveur de l'installation ici, à Roselies, avec aménagement de l'ancien Panama. Et, si on regarde la carte de l'entité, il faut bien reconnaître que Roselies en est le centre. De toute façon, où qu'on l'installe, le problème aurait été la distance. On est ici à six kilomètres du centre de Presles. Rien n'est centralisé à Aiseau-Presles. De même pour les commerces: il n'y a pas de centre commercial, seulement des petits commerces par-ci par-là. Donc, les gens d'Oignies vont à Tamines, les gens de Roselies vont à Farciennes, Tamines et à Châtelet, les gens de Presles vont à Châtelet.
Mais, tout compte fait, presque trente ans plus tard, je crois que cette fusion est en train de réussir. Beaucoup de choses ont été réalisées et aujourd'hui, par exemple, les gens de Roselies et de Pont-de-Loup se rendent à Presles au centre culturel…

Opladis : En traversant les différents villages, on constate aussi de grandes différences d'habitat. Il y a des vieux villages et des quartiers de cités sociales.
Le plus typique, c'est Presles. C'est un village coupé en deux par la nationale avec le vieux Presles pittoresque, typique, d'un côté, et Belle-Vue de l'autre.
Ce lotissement qui appartenait au comte d'Oultremont a été vendu et les villas qui y ont été construites forment un quartier vraiment résidentiel, véritable dortoir de Châtelet et Charleroi. La mentalité est nécessairement différente entre le vieux Presles et Belle-Vue. En ce qui concerne Aiseau, aussi, le centre a toujours été un quartier socialement et culturellement plus élevé que les autres. Menonry, notamment, a été le quartier des ouvriers de glacerie jusqu'à sa fermeture en 1932, puis des charbonnages. Roselies est une petite commune sans particularité et Pont-de-Loup non plus, sinon qu'on y a construit la Cité Sainte Face, un peu à l'écart du centre.

Opladis : Avec la glacerie qui n'existe plus depuis les années 30 et les charbonnages aujourd'hui fermés, quelles sont actuellement les perspectives économiques sur le territoire de la commune?
A une époque, rien qu'à Aiseau, il y avait trois charbonnages, deux à Pont-de-Loup et un à Roselies, soit six au total ! Il y avait aussi des taillandiers, des forgerons… Tout cela a disparu. Notre grande chance, aujourd'hui, c'est que Carlam se situe non seulement sur Châtelet, mais aussi sur Aiseau-Presles. Actuellement, cela nous fait une rentrée de près d’un million d’euros par an de taxes "forces motrices". L'extension de Carlam, qui est en train d'être réalisée par Arcelor, devrait aussi nous rapporter plusieurs dizaines de milliers d’euros de taxes,, même si c'est essentiellemnt Châtelet qui en bénéficiera.

Opladis : Et au niveau de l'emploi ?
Pas mal d'habitants travaillent déjà à Carlam, mais l’entreprise va recruter trois à quatre cents personnes et notre service "emploi" essaie donc d'envoyer le maximum de gens passer les examens d'embauche. Sinon, il y a l’aciérie, l'atelier Somville, qui occupe une bonne centaine d'ouvriers… On va aussi peut-être faire quelque chose au quai de Sambre, créer quelques emplois avec les boues de dragage. Il y a le chantier naval. Nous avons quand même un taux de chômage en diminution depuis que le service "emploi" aide les gens à rédiger leur CV, à s'exprimer quand ils vont aux interviews… Je crois qu'ils font du bon travail, les candidats à l’emploi sont reçus par le service avec leur CV, des démarches sont entreprises pour la recherche de l’emploi adéquat.


En bref… Les seniors à Aiseau-Presles

367 Octogénaires : 20 % de la population d’Aiseau-Presles a 60 ans et plus. Et les services de la population ont dénombré récemment, lors d’une enquête de la Fondation Roi Baudouin, que les 4 X 20 étaient au nombre de 367.

Repas à domicile, buanderie & services « petit bricolage » : le CPAS assure, bien évidemment, un service de repas à domicile, mais propose aussi une buanderie, où les seniors, mais aussi d’autres habitants de l’entité, peuvent apporter leur linge à laver et repasser. A court terme, un service "petit bricolage" à domicile proposera aux aînés d’assurer les petites réparations domestiques: remplacement d'un joint de robinet ou d'une ampoule, etc. Ce service sera payant, via le système des titres-services.

Un conseil consultatif tres actif : Depuis 2002, un Conseil consultatif des aînés et de la personne handicapée est en place et se réunit en moyenne 6 fois par an. A l'initiative de ce Conseil, un guide social recensant toutes les aides au niveau du CPAS a été édité: les gens le reçoivent sur demande. 200 exemplaires ont ainsi été distribués et les mises à jour sont adressées aux intéressés. Le Conseil consultatif organise aussi des conférences, par exemple à propos des médicaments génériques ou de l’alimentation des seniors.

Voyages et excursions : La Commune organise aussi chaque année deux voyages à l'étranger, d'une dizaine de jours, et une excursion d'une journée chaque mois , à la découverte de la Wallonie et de Bruxelles. Les organisateurs privilégient les trajets relativement courts, avec un repas et une partie festive, mais aussi une matinée plus culturelle: la visite d'un musée, par exemple. Il ne s'agit pas nécessairement d'aller loin: ce fut par exemple la visite de l'espace Arthur Masson à Treignes.

Un Cyber-Espace partagé entre seniors et jeunes :A Aiseau-Presles, le cyber-espace dispose de huit postes pour l'initiation à l'informatique et à Internet. Tous les mardis et jeudis matins, les seniors y sont accueillis. Le but: démystifier l'informatique et le Web. Le mercredi après-midi et les soirées sont réservées aux jeunes. Un espace et un outil informatique en commun : premier pas vers l'intergénérationnel.

Opladis : Par ailleurs, vous êtes jumelés avec Pomerols, une ville française au profil très différent.
C'est une petite commune de l'Hérault, de 1.700 habitants, qui double sa population en période de vacances. Ce jumelage s'est fait un peu accidentellement parce qu'un habitant de Presles allait en vacances là-bas, où il avait des amis qui venaient régulièrement ici. En 97, on a finalisé le jumelage et chaque année, on organise un échange. L'an dernier, ils sont venus à la Pentecôte et nous sommes descendus à l'Ascension. Nous avons même une bière pour marquer le coup: La "Poms" comme Pomerols. Il y a trois ou quatre ans, on est descendu avec une délégation de nos marcheurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse, qui marchent à Aiseau à la Saint-Martin, à Presles à la Saint-Remy, à Roselies à la Saint-Joseph et à Pont-de-Loup à Notre-Dame del Manock.

Opladis : La commune compte aussi des vestiges prestigieux…
Effectivement ! L'abbaye d'Oignies est un monastère de 12e siècle, qui appartient aujourd'hui à des particuliers, car la commune n'a pas saisi l'occasion qui lui était donnée de racheter le domaine comprenant le parc et l'abbaye, quand les charbonnages les lui ont proposés pour un million deux cent mille francs. Après avoir servi un moment à héberger des jeunes délinquants, l'abbaye tombe désormais en ruines à certains endroits, mais l'IPW (Institut du patrimoine wallon) voudrait bien la racheter pour nous la céder dans le cadre d'un bail emphytéotique, car le domaine permettrait bien des activités. Mais ce n'est pas une priorité pour nous. On aurait gardé cette abbaye comme je l'ai connue enfant, ce serait un haut lieu touristique. Hélas, une partie a été incendiée, d'autres salles sont interdites d'utilisation par les pompiers. Il y aurait donc du boulot ! A part ça, nous avons toujours notre Philharmonique Sainte-Marie d'Oignies, créée voici 160 ans par le directeur de la glacerie pour ses ouvriers. Et puis le château du Comte de Presles, qui est privé. On n'y passe qu'une fois par an quand les marcheurs y exécutent une décharge dans la cour du château, mais j'ai de bons contacts avec Monsieur le Comte et, quand des amis français de Pomerols viennent nous voir, on peut visiter le parc, qui est intéressant.

Opladis : Pour en venir aux seniors, selon les statistiques, avec plus de 26% de jeunes, vous êtes au dessus de la moyenne nationale. Cela explique peut-être certains dérapages. La situation nécessite, je suppose, des efforts particuliers pour normaliser les relations entre les générations.
Effectivement ! Nous avons un échevin des quartiers, un échevin de la jeunesse et de la famille très actif et très apprécié des jeunes qui réalise beaucoup de choses avec eux, notamment un Conseil communal des enfants et un Conseil communal des jeunes.

Et je vous l'ai dit: si le Panama a été un endroit chaud, il ne l'est plus. Avant, des jeunes s'y rassemblaient le soir, ce qui nous avait incité à constituer un dossier pour y installer des barrières. Maintenant, on est en train de se poser la question: va-t-on les placer ou non ? J'ai l'impression qu'on ne les mettra pas. Mais nous avons d'autres problèmes. Par exemple, à la cité Sainte Face à Pont-de-Loup, il y a aussi des bandes de jeunes le soir mais, quand on organise des contrôles, on constate qu'il y a un cinquième de jeunes de Pont-de-Loup et le reste est issu de Châtelet. A la cité à Presles, c'est parfois chaud. Notre éducateur de rue s'attelle pour le moment à faire la même chose qu'à Panama. Les jeunes ont demandé des bancs, des poubelles, des filets de jeu de ballon… On les leur a mis.

Mais parfois on trouve les jeux abîmés. On essaie de leur faire comprendre qu'avec cet argent dépensé inutilement, la commune ne sait pas financer autre chose… Ici à Aiseau, on a une petite bande qui s'amuse le week-end à mettre les bacs à fleurs sur la rue… Ce sont des gamineries, en comparaison à ce qui se passe ailleurs et se passait parfois ici, mais il est vrai que certains seniors éprouvent encore parfois un sentiment d'insécurité.

Quant à nos seniors, Monsieur Dauvin, l'échevin du troisième âge, qui a créé un Conseil consultatif des seniors, vous en parlerait mieux que moi. Je peux vous dire, en tout cas, que beaucoup sont d'anciens mineurs, comme mon propre père, et souvent des immigrés italiens et grecs parfaitement intégrés, qui participent aux dîners de pensionnés, parlent quelquefois wallon… Le plus difficile, c’est avec les seniors d'origine turque. Un fait paradoxal car nous n'avons plus de problèmes avec les jeunes turcs ou les femmes, qui participent volontiers aux activités comme l'alphabétisation ou encore l'exposition de photos d'elles-mêmes, qu'elles sont venues visiter nombreuses avec leurs maris, leurs familles… Une réussite !

Opladis : Merci pour toutes ces explications, Monsieur le Bourgmestre, et bonne continuation !
C’est moi qui vous remercie de l’intérêt que vous manifestez pour notre commune.

Luc Verton

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