Yves Binon est né à Mont-sur-Marchienne en
1964. Marié et père de deux garçons,
il se partage entre sa PME, une entreprise de chauffage et électricité,
et la commune de Ham-sur-Heure-Nalinnes, dont il est le bourgmestre
depuis janvier 2001, après en avoir été l’échevin
des travaux de 1995 à 2000.
Ce n’est pas un
novice en politique puisqu’il était président
des jeunes réformateurs libéraux dès
1985, à l’âge de 21 ans et qu’il
siège au conseil communal depuis 1992.
Homme de terrain à l’énergie
débordante, il est d’évidence à l’écoute
de ses administrés. D’un contact facile, il
confesse volontiers son épicurisme et son goût
pour les réunions entre amis. Opladis
: Monsieur le bourgmestre, nous sommes à quelques kilomètres à peine
du centre de Charleroi et nous n’avons plus du tout l’impression
d’être au Pays Noir. Au contraire, c’est
la campagne, la forêt et même une certaine profusion
de châteaux, y compris en guise de maison communale.
Oui, tout à fait la commune d’Ham-sur-Heure–Nalinnes constitue,
avec ses voisines Gerpinnes et Montigny-Le-Tilleul, le poumon vert de Charleroi.
Mais nous devons nous battre tous les jours pour que nous le restions, parce
la ville a tendance à gagner du terrain. Ham-sur-Heure-Nalinnes veut rester
absolument une commune rurale, ou plutôt semi-rurale et semi-résidentielle,
où subsistent des agriculteurs, où les prairies et les bois restent
des éléments dominants. Nous ne souhaitons pas voir fleurir les
immeubles à appartements et ainsi doubler ou tripler notre population
dans les 10 ans à venir. Ce n’est pas le but aujourd’hui que
nous poursuivons, car la préservation de ce poumon vert à la périphérie
de la métropole carolorégienne est fondamentale. Quand on n’a
pas une belle maison, on essaie d’avoir un beau jardin ! Charleroi s’améliore,
certes, mais reste toujours, comme vous le disiez, le Pays noir ! Quand on n’a
pas spécialement une belle ville, on essaie d’avoir autour de beaux
jardins. C’est ce qu’on veut être ici, à Ham/sur/Heure – Nalinnes
: les jardins de Charleroi !.
Opladis : Vous auriez d’ailleurs une certaine frilosité vis-à-vis
d'un projet d’autoroute, m’a-t-on dit ?
Oui, tout à fait. Un projet d’autoroute au sud de Charleroi est à l’étude
: nous pensons qu’il mettrait en péril ce poumon vert que nous évoquions.
En construisant cette autoroute, on va casser les bois que les gens de Charleroi
viennent parcourir tous les week-ends. Vous n’imaginez pas le nombre
de clubs qui demandent des autorisations pour organiser une randonnée
pédestre, une ballade à cheval ou à vélo, etc.
L’autoroute va détruire ce havre de verdure, assurément
!
Charleroi est partisan de cette autoroute qui, selon les responsables de la
métropole, pourrait amener de plus en plus de gens chez eux. Nous pensons
que c’est tout à fait le contraire. Charleroi se vide déjà au
profit d’Ham/sur/Heure – Nalinnes, de Gerpinnes et de Montigny-le-Tilleul.
S’ils font une autoroute vers Charleroi, ils vont encore vider plus la
ville, contrairement à ce qu’ils pensent. Aujourd’hui, quand
vous avez quitté l’autoroute pour arriver à Ham-sur-Heure–Nalinnes,
il faut vingt à vingt-cinq minutes. Demain, avec l’autoroute projetée,
on sera à Walcourt en cinq minutes. A Walcourt, aujourd’hui, les
terrains sont encore abordables parce que c’est relativement loin de
Charleroi. Ce n’est pas le bout du monde, mais on doit prendre les petites
routes pour aller travailler : tout le monde n’est pas prêt à cette
contrainte. Par contre, en rapprochant Walcourt de Charleroi par le biais d’une
autoroute, ils vont encourager nombre de gens à quitter le centre ville.
Charleroi se videra encore plus de ses habitants et, au passage, on détruira
notre paysage et on sacrifiera le statut rural de notre commune..
Opladis : Voilà un point de vue bien clair ! Votre commune est fort étendue
: pour 5 villages, à savoir Marbaix, Jamioulx, Cour-sur-Heure, Ham-sur-Heure
et Nalinnes, est-ce que cela ne complique pas la vie, par exemple des seniors,
avec une multitude de petites routes et peu d’infrastructures de transports
en commun ?
Notre commune s’étend effectivement sur 4.600 hectares et nous
comptons aussi 235 kilomètres de voiries. L’entité est
composée de petits villages qui sont parfois distants de plusieurs kilomètres.
Pour les seniors, c’est vrai que ce n’est pas toujours évident.
Mais les gens ont leurs habitudes et la vie s’organise autrement. Par
exemple, à Cour-Sur-Heure et à Marbaix-la-Tour, il n’y
a pas de boulanger, mais la petite épicerie est approvisionnée
en pains et le boulanger sillonne encore les villages en assurant une distribution à domicile.
Au niveau de l’administration communale, quand un senior ou une personne à mobilité réduite
ne sait pas se déplacer vers le château communal, un employé se
rend à domicile pour délivrer cartes d’identité et
documents divers. Tout cela se fait évidemment à la demande,
pas d’office sous prétexte que vous avez plus de 65 ans. Nous
avons d’autre part un certain équilibre entre nos concitoyens
des divers villages de l’entité : si l’administration communale
est à Ham-sur-Heure, par contre, le bureau de police et le service des
travaux sont à Nalinnes. Ce ne sont donc pas toujours les mêmes
qui doivent se déplacer.
Opladis : En tout cas, on croise les bus du Tec en venant chez vous !
En matière de transports en commun, il n’est pas possible de mettre
en place un réseau de plus sur une commune comme la nôtre, qui
toucherait l’ensemble des villages. C’est un rêve de beaucoup
de bourgmestres en milieu rural. Notamment, d’anciens collègues,
ici, à Ham-Sur-Heure–Nalinnes, rêvaient d’avoir une
navette de bus qui, tous les jours, trois à quatre fois quotidiennement,
tournerait entre tous les villages, vers la maison communale. Mais vous savez
comme moi que la rentabilité des services publics de transport est un
problème. Je pense donc qu’il est plus intéressant que
nous allions vers à la population à mobilité réduite,
plutôt que d’organiser une telle navette. C’est économiquement
et humainement plus rentable. Pour le solde, aucun village de l’entité n’est
dépourvu de moyens de communication vers Charleroi ou Thuin : de Ham/sur/Heure,
des bus vont vers Charleroi , tandis que Cour/sur/Heure dispose du train. Le
point noir, c’est l’absence de liaisons entre Nalinnes et Ham-sur-Heure.
Opladis : Les Carolos, vous me l’avez dit en début d’interview,
savent déjà pourquoi, le week-end, il faut venir se promener
du côté de Ham-sur-Heure, mais pour ceux de nos lecteurs qui ne
le savent pas encore, que conseilleriez- vous de venir voir chez vous ? Nous ne disposons pas d’une infrastructure touristique permettant d’accueillir
un tourisme de masse. Deux autocars arrivant à Ham le midi pour le repas,
c’est par exemple ingérable car les quelques restaurants de la
commune n’ont pas une capacité suffisante à les accueillir.
Nous sommes donc plutôt une destination pour un tourisme individuel d’un
jour. Cela dit, je mentionnerai en premier lieu le château communal,
un monument qui n’est pas visitable tous les jours en raison de son affectation
administrative. Toutefois, une tour du château abrite le musée
de la vie rurale, accessible tout l’été. Ce musée
détaille tous les anciens métiers, ainsi que le folklore local.
Notre passé est riche : savez-vous, par exemple, que Ham-sur-Heure était
le centre pour la fabrication des balles utilisées dans le jeu de balle
pelote ? Nous possédions aussi une clouterie.
Evidemment, il y a les marches folkloriques, de fin juin à la mi-août.
Ce sont de grands moments au sein de l’entité. Les festivités
commencent le week-end du 24 juin et se terminent le week-end du 15 août,
avec la Saint-Roch, qui est l’apothéose. Pas qu’elle soit
plus belle ou moins belle que les autres marches, mais, simplement, c’est
la plus importante. La marche Saint-Roch invite tous les groupements folkloriques
de l’entité à venir défiler ici, avec rentrée
dans la cour du château : un spectacle grandiose.
Hormis ces festivités folkloriques, nos chemins de campagne constituent
d’agréables lieux où l’on peut se balader vraiment
en toute tranquillité. Au cours de vos randonnées, vous croiserez
divers monuments remarquables : le château-ferme à Cour-sur-Heure
ou le château de la Pasture - vieux château carré en pierres, à Marbaix-la-Tour,
la maison-forte et le kiosque à Nalinnes. Des lieux et des sites que
les habitants de l’entité ne voient plus, mais qui plairont aux
visiteurs. Les gens qui viennent de l’extérieur sont, par exemple,
toujours assez étonnés de voir encore de nos jours un kiosque
en bon état au centre d’une place ou de découvrir le château-ferme
et ses chemins de campagnes toujours bien entretenus. Notre atout à Ham-sur-Heure-Nalinnes,
c’est l'air pur et la verdure, tout en n’étant pas loin
de la grande ville. Que ceux qui le souhaitent nous rendent visite : ils seront
toujours les bienvenus.
Opladis : Merci de votre accueil, Monsieur le bourgmestre. Bonne continuation !
Une
interview réalisée le 12 décembre 2003 par
Memogrames sprl, pour compte de Opladis.