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  CHARLEROI
> La commune de Charleroi

Monsieur Jacques Van Gompel

Monsieur Jacques Van Gompel

Jacques Van Gompel, né en 1947 à Gilly, est instituteur de formation, tout comme son épouse, fille d’immigrés italiens. Parallèlement à son métier d’enseignant, il fut conseiller communal de 1970 à 1976 à Gilly, sa commune de naissance. Il le sera à nouveau à Charleroi de 1979 à 1983, parallèlement à un mandat de député.

C’est à l’occasion de son élection au Parlement qu’il doit trancher entre ses deux passions : l’enseignement et son engagement politique.

Il devient échevin de la jeunesse et des travaux publics en 1983, puis premier échevin de 1989 à 1995, année où il devient bourgmestre de la plus grande agglomération de Wallonie, en succédant à Jean-Claude Van Cauwenberghe.

Homme de terrain avant tout, rencontrant les gens de chaque quartier à intervalles réguliers avec un souci constant d’écouter et de comprendre, Jacques Van Gompel a induit un véritable dynamisme dans la gestion de Charleroi, notamment quant à la participation du citoyen, aux contrats de sécurité, à l'amélioration de l'accueil communal, au développement du sport pour tous, à la culture , à la rénovation urbaine, au redéploiement économique et à l'amélioration de l'image de marque de Charleroi en Belgique et à l'étranger...

Démocrate convaincu, il a une bête noire : l’extrême-droite, à l’encontre de laquelle il a des mots très durs .

Monsieur Jacques Van GompelOpladis : Monsieur le Bourgmestre, faisons tout d’abord un petit point d’ordre biographique : voici 10 ans que vous êtes au gouvernail maïoral de Charleroi et, en 35 ans de parcours politique, vous avez été député de 1979 à 1983.
Oui. J’ai été député pendant deux législatures, toutes deux écourtées, car le Gouvernement belge rencontrait pas mal de difficultés à ce moment-là. J’avais d'ailleurs été réélu, mais j’ai démissionné en avril 1983 parce qu'après avoir été élu en 1982 échevin à la Ville de Charleroi, je tenais à respecter les statuts de mon parti et à consacrer un maximum de temps à la gestion de la Ville.

Je suis, en effet, un homme de proximité et mon échevinat me prenait énormément de temps. En fait, j'étais devenu député un peu par le hasard d'une vie politique à laquelle je ne me destinais pas au départ. Je suis, en effet, issu d’une commune fortement socialiste et le dernier bourgmestre de Gilly avait souhaité qu’un Gillicien soit candidat aux élections suivantes. J’ai hésité. J’avais d’abord refusé, mais j’ai finalement accepté et j’ai été élu. Pour un coup d’essai, c’était finalement un coup de maître.

Opladis : Et donc c’est ensuite devenu un choix : vous êtes un municipaliste dans l’âme.
Tout à fait. En 1970, j’ai été élu pour la première fois au Conseil communal de Gilly, qui fait maintenant partie de Charleroi. A partir de ce moment, ma carrière était tracée: il s’agissait de faire de la politique communale à côté de mon métier d’enseignant, que j'aimais beaucoup. Et puis est arrivé le moment où il a fallu faire un choix et j’ai choisi d’être député. Je le suis donc resté pendant deux courtes législatures et lorsque j’ai pu choisir à nouveau entre rester député et devenir échevin, j’ai choisi de démissionner de mon poste de parlementaire pour me consacrer entièrement à la vie municipale.

Opladis : Ce qui est évidemment exigeant puisque, avec 200.000 habitants, Charleroi est la première ville de Wallonie. Charleroi, capitale du Pays Noir, en référence à son bassin houiller, est-ce aujourd’hui un cliché du passé ?
Absolument ! Non seulement on ne peut plus parler de Pays Noir mais on doit même presque parler de "Pays vert" puisque, quand on survole Charleroi, on s’aperçoit que la région est très verte. On ne doit pas pour autant oublier le passé. Charleroi est une ville dont la richesse a été créée sur le labeur des gens dans les charbonnages, la verrerie, la sidérurgie. L’évolution du monde a eu pour conséquence que, même s’il reste du charbon, il est devenu trop coûteux de l’extraire. Quant à la sidérurgie et aux verreries, elles ont dû se restructurer au niveau des quotas européens, des nationalisations des multinationales, des délocalisations, etc. Charleroi a donc bénéficié pendant un temps de son industrie lourde et est désormais dans une phase de reconversion économique.

Opladis : Justement, quel est l’avenir économique de Charleroi ? L’aéronautique ? L’aéroport de Charleroi est de moins en moins régional et semble acquérir de plus en plus le statut de Brussels National South Airport…
Ce sont des éléments positifs et attractifs pour Charleroi, mais ce ne sont pas les seuls. La reconversion économique de Charleroi se base surtout sur les nouvelles technologies de la communication ; sur l’aéronautique, évidemment, mais aussi sur la recherche. Le fait d'avoir pu attirer un certain nombre de centres de recherche de qualité permet de créer toute une série de spin-offs, de petites entreprises génératrices d’actions positives pour Charleroi et sa région. Toute la reconversion est en cours et l’intercommunale de développement économique que je préside aussi a un rôle très important à jouer pour l’ensemble des communes de l’arrondissement. L’aéronautique est cependant un élément moteur pour le futur.

Opladis : Vous projetez de remodeler en profondeur le visage social, architectural et environnemental de Charleroi et vous vous êtes doté d’un plan ambitieux baptisé « Charleroi 2020 ».
Ce n’est pas un plan, mais une consultation participative du plus grand nombre de citoyens, une réflexion sur le futur de Charleroi. Dans notre monde en pleine évolution, nous devons avoir une vision à long terme, une vision prospective du futur. Que veut-on faire ? Que veut-on que Charleroi devienne demain ? Quelles sont les lignes de conduite que l’on doit se donner ? Quels sont les objectifs que l’on doit atteindre petit à petit pour tendre à l’objectif final ? Cette réflexion actuellement en cours se terminera, en tout état de cause, dans le courant de cette année par une diffusion de l’ensemble des réflexions de la population.

Je suis un fervent défenseur de la participation citoyenne et, quand j’étais jeune mandataire, mon ancien bourgmestre me disait toujours que je devais apprendre à écouter les gens, à les comprendre et à faire ce que je pense devoir faire pour rendre les gens le plus heureux possible. C’est une mission difficile, mais c’est précisément ce que nous essayons de faire dans le cadre de Charleroi 2020.

Nous essayons de rassembler toutes les idées qui permettront demain à Charleroi d’évoluer et se positionner dans le futur, aussi bien sur le plan économique que social, culturel ou sportif. Mais il faudra faire des choix et se donner des objectifs prioritaires. Nous prévoirons également des aménagements, nous nous pencherons sur des questions de rénovation urbaine, de mobilité, de logement et de sécurité.

Opladis : 20% des Carolos ont moins de 20 ans et un quart de la population en a plus de 60. Avec ces extrêmes, je suppose qu’il faut faire des choix de politique communale pour répondre aux besoins spécifiques.
Pour résumer, je dirais qu’il faut d’abord donner la parole aux gens. Nous avons donc créé un Conseil consultatif des jeunes et un Conseil consultatif des Aînés. Nous mettons également en place un Conseil de la personne moins valide, parce qu’il faut qu’eux aussi puissent s’exprimer sur leurs difficultés, leurs appréhensions et les solutions possibles.

Deuxièmement, nous essayons de trouver des moyens qui permettent à tous de s’épanouir. Pour les jeunes, ça passe par des activités culturelles, récréatives et sportives, tandis que pour les personnes plus âgées, nous avons mis en place des structures et des activités qui leur permettent de se retrouver avec les jeunes. Nous avons aussi des activités éducatives : des cours d’apprentissage de langues ou d’informatique, toute une série de choses qui permettent aux gens de se sentir utiles.

D’autre part, les personnes du 3ème âge nous sont très utiles, car elles font passer des messages importants à la jeunesse devant certains événements contemporains.

La vie des personnes du 3ème âge n’est pas finie. C’est une nouvelle vie qui leur permet de faire beaucoup de choses et la ville doit les y aider. C’est pourquoi nous avons développé un département du 3ème âge très dynamique. Quant aux jeunes, nous essayons de les encadrer, de travailler avec eux, de voir ce qui leur manque. Nous avons notamment mis en place un studio d’enregistrement ainsi qu’une salle de répétitions. Nous avons aussi des festivals, des concerts, une "student parade"... Charleroi est une ville qui bouge et qui change.

Opladis : Au moment des dernières élections, vous aviez pris position sur la montée de l’extrême droite par le biais d’une lettre ouverte à vos concitoyens.
Effectivement. Il faut attirer l’attention sur le danger que peut représenter, demain, une montée de l’extrême droite, qui pourrait prendre le pouvoir ou renforcer sa position au Conseil communal et avoir un impact négatif sur tout ce que nous essayons de faire. Dans le travail d’un bourgmestre, rien n’est jamais parfait. Les décisions que l’on peut prendre satisfont un certain nombre de personnes et en déçoivent d’autres. Cela étant, il faut prendre des décisions en gardant en tête l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers. J’ai donc voulu rappeler aux citoyens qu’il est dangereux, pour des raisons multiples et parfois ridicules, de voter pour le Front National.

C’est un parti qui, pour moi, n’a aucune valeur idéologique, pas de programme, pas d’homme pour défendre l’un ou l’autre projet. Aucun document n'explique quelles solutions il envisage aux problèmes de société. J'ai donc voulu attirer l’attention sur le fait qu’il existe suffisamment de partis démocratiques, défendant des idées parfois très opposées, mais reposant sur des programmes.

Opladis : Au niveau de la sécurité, la Ville de Charleroi a fait beaucoup de progrès. D’après les statistiques, toute une série de délits sont en recul. La question est : les populations les plus fragilisées, notamment les seniors, le perçoivent-elles aussi facilement qu'un sac arraché faisant la manchette des faits divers ?
Je pense, hélas, que non ! Il y a encore de gros efforts à faire. Au niveau de la ville, nous avons été revendicatifs. Je me suis moi-même beaucoup battu et j’ai fait venir plusieurs ministres à Charleroi. J’ai été reçu rue de la Loi et le Premier Ministre est également venu à Charleroi. Cela nous a permis de faire reculer la grande criminalité, mais la réforme des polices ne nous donne pas les moyens de mener une politique préventive totalement efficace face à la criminalité.

Il reste donc encore énormément de choses à faire et ce sont toutes ces petites choses qui énervent le citoyen : les problèmes d’incivilités, les agressions, les petits larcins, la saleté, etc. Je continue donc à être revendicatif pour dire que, si la réforme des polices a amené plus de sécurité et plus de moyens d’un point de vue global, il faut que le Fédéral puisse nous apporter une aide supplémentaire pour que, dans les quartiers, on ait plus de visibilité policière, donc plus de proximité et plus de sentiment de sécurité.

C’est un combat que je mène personnellement et j'estime que Charleroi a été spoliée par la réforme des polices parce que le ministre de l’Intérieur était pressé, qu’il fallait aller vite, qu’il y avait le procès Dutroux et tous ces problèmes de justice. Charleroi manque d’hommes et la Ville a fait de gros efforts pour compléter le cadre en engageant 200 personnes, mais ce n’est pas suffisant. C’est au Fédéral de prendre le relais, d’autant que, dans la déclaration de politique générale, le Premier Ministre a annoncé que l’Etat ferait un effort pour recruter 3.000 policiers.

Opladis : Vous parliez des incivilités. De nouvelles dispositions législatives permettent de ne plus les envoyer vers le Parquet où, trop souvent, elles étaient classées sans suite. Une série d’incivilités, notamment en ce qui concerne la saleté, peuvent être sanctionnées directement par la Ville. Je présume que Charleroi prend des dispositions dans ce sens ?
Je me réjouis de cette possibilité nouvelle, mais, à nouveau, on a galvaudé une idée qui était géniale. A Charleroi, nous avions déjà mis en place, sur base de l’ancienne législation, un fonctionnaire chargé des amendes administratives. Cette législation nous imposait toujours de passer par la police. C’était lent et contraignant. Donc, avec la nouvelle législation, ça devrait être beaucoup plus souple, car nous pouvons assermenter un certain nombre de fonctionnaires communaux autour du fonctionnaire chargé des amendes administratives.

Cela étant, il y a toujours des contraintes. Contraintes de formation, ce qui est tout à fait normal mais handicapant, car mes gardiens d’espaces publics ont rarement le niveau d’études requis et doivent donc faire appel à d’autres travailleurs assermentés pour constater ce qu’eux-mêmes ont constaté, ce qui occasionne une nouvelle perte de temps.

D’autre part, quand cette nouvelle législation permet au même fonctionnaire de prendre en charge des dossiers pour certains types de vols, je réponds que ce n’est pas à la Ville de s’ériger en juge dans ce genre d’affaires. La nouvelle législation me paraît aller trop loin. Nous mettons donc en place un certain nombre d’amendes administratives, mais nous tenons à conserver les droits de la défense. Il y a tout un travail à faire autour de ce nouveau système.

Opladis : Charleroi veille à son image de marque de ville sportive. Vous avez une équipe de football, une équipe de basket-ball qui est dans le top national, des pongistes internationalement reconnus, etc. Mais Charleroi, ce n’est tout de même pas que du sport d’élite ?
Absolument pas. Vous avez cité trois exemples et je pourrais en ajouter. Je pense notamment aux Dauphines de Charleroi qui sont en division d’honneur et jouent la Coupe d’Europe. Je pense aussi à notre équipe de handball et à nos gymnastes. Il y a énormément d’exemples, mais à côté de cela, nous avons développé une politique sportive de haut niveau en mettant à la disposition de sportifs de qualité les meilleures infrastructures possibles pour qu’ils puissent s’épanouir et devenir des exemples pour la jeunesse.

Autour de ces équipes d’élite, notre souhait est le développement d’écoles pour permettre aux jeunes qui ont choisi un sport de le pratiquer dans les meilleures conditions possibles, entourés des meilleurs formateurs possibles pour évoluer le plus possible et peut-être devenir, demain, les futures vedettes de nos clubs.
Mon autre souhait est de permettre aux jeunes de passer leur temps de manière saine plutôt que de traîner dans les rues. En investissant dans le sport, nous investissons dans le social et dans le futur.

Opladis : Charleroi a aussi une vocation culturelle. Dans votre hôtel de ville, il y a des musées. Vous avez le Musée Charles Destrée, le Musée des Beaux-Arts, le Musée archéologique, celui de la photographie, de la verrerie, le site du Cazier à Marcinelle, etc. Le Palais de Beaux-Arts a un programme très riche. Il accueille des expositions temporaires souvent très intéressantes qui n’ont rien à envier à Bruxelles. Ces activités peuvent-elles constituer un attrait touristique pour nos compatriotes ou des touristes étrangers ? Charleroi a-t-elle un avenir touristique ?
Nous avons effectivement énormément d’activités culturelles et de nombreux projets dans nos cartons. Un certain nombre de ces activités ont une vocation nationale, voire internationale. Je pense notamment à l’exposition sur Tintin ou à « Charleroi Danses ». Cela étant, Charleroi ne sera jamais une ville de grand tourisme, même si l’aéroport est un élément important dans notre développement touristique. Une Maison du Tourisme s'y ouvrira d'ailleurs dans les prochaines semaines. Nous avons développé des excursions et des activités sur Charleroi, mais nous aurons objectivement du mal à drainer les touristes pour plus d’un week-end ou de quelques jours, même en collaborant avec les communes environnantes et l'ensemble de la province. En revanche, nous avons de plus en plus de visiteurs d’un jour, y compris des visiteurs néerlandophones.

Opladis : Les Carolos sont justement connus pour leur générosité et leur joie de vivre. L’accueil est quelque chose de naturel chez eux alors qu’on parle de plus en plus de la frilosité généralisée de nos contemporains. Quel est le secret des Carolos pour cette positive attitude ?
Je pense que Charleroi a toujours été une ville accueillante. Elle a été soumise à toutes les guerres et, quand elle a dû se reconstruire, elle a dû faire appel à de la main d’œuvre étrangère. Nous sommes donc une ville multiculturelle et nous continuons sur cette voie. Nous avons bâti notre futur sur l’industrie lourde, sur des travailleurs manuels qui ont beaucoup donné et qui ont toujours aimé faire la fête. Nous sommes des gens généralement issus de ces familles-là et nous sommes donc accueillants par nature.

Opladis : Merci de votre accueil, Monsieur le Bourgmestre. Et bonne continuation au gouvernail de Charleroi.


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Luc Verton


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