Conducteur de train depuis 1980, ce natif d’Eupen,
dynamique quadragénaire soucieux d’une communication
source de compréhension entre citoyens, est le bourgmestre
de Welkenraedt depuis mai 2003 seulement.
Ce n’est toutefois pas un novice en politique : Claude
Klenkenberg a en effet été échevin dès
1988, ainsi que conseiller provincial de 1990 à 2000.
Il est aussi le président de la fédération
verviétoise du PS depuis –date ô combien
symbolique- le 27 septembre 2003. Naturellement, le sport
a été régulièrement une de ses
attributions en tant qu’échevin, puisqu’il
est un passionné de cyclisme, de football et de
marche.
Opladis :
Monsieur le Bourgmestre, lorsqu’on cite Welkenraedt à nombre
de nos concitoyens, cela évoque généralement
l’Est du pays, à quelques encablures de l’Allemagne.
Avec même le souvenir, chez les plus anciens, que Welkenraedt
a été l’une des premières communes
belges envahies en 1914 et 1940 par les troupes allemandes.
Et certains hésitent quant à votre appartenance
ou non à la Communauté germanophone.
Welkenraedt est à l’est de la Belgique, mais pas tout à fait
quand même. Et nous ne faisons pas partie de l’arrondissement d’Eupen
et de la Communauté germanophone, mais de l’arrondissement de Verviers.
Mais nous entretenons d’excellents rapports avec nos voisins et amis de
la Communauté germanophone, notamment avec la commune contiguë de
Lontzen. Par exemple, une série de manifestations sont organisées
en commun, voire aussi des échanges en matière économique
ou au niveau communal.
Nous sommes par ailleurs à 15 kilomètres de la frontière
allemande et à 17 de la frontière hol-landaise. Les événements
historiques que vous évoquiez doivent être conservés au niveau
de la mémoire, mais le passé est le passé et il faut voir
l’avenir : l’avenir se construit ici en partenariat avec nos voisins.
Nos relations avec nos voisins allemands ou hollandais sont donc bonnes.
Opladis : Vous faites partie de ce que l'on
appelle l' "Eurorégio".
Effectivement, nous sommes véritablement le cœur de l' "Eurorégio".
Et nous avons d'ailleurs à ce niveau-là une série de dossiers
qui sont développés et arrivent à échéance
maintenant.
Welkenraedt est une commune qui vient de passer le cap des 9.000 habitants et
s’étend sur plus de 2.400 hectares, soit une entité relativement
grande, ici, sur l'arrondissement de Ver-viers. Je dirais même une commune
dans la moyenne pour l'arrondissement de Verviers, puis-qu'il y a beaucoup de
communes se situant aux alentours de 8 à 10.000 habitants.
Welkenraedt est le poumon économique de l'arrondissement de Verviers :
s'implantent chez nous beaucoup d'industries. Pourquoi ? Notamment parce que
nous avons la chance d'avoir un personnel qui souvent, s'il ne parle pas correctement
l'Allemand, dans tous les cas, le com-prend. C'est un des atouts indéniables
pour les entreprises qui s'installent ici. Bientôt, nous al-lons bénéficié de
l'extension d'un zoning de 140 hectares, couvrant quatre communes : Baelen et
Welkenraedt pour la partie francophone et, pour la partie germanophone, les communes
de Lontzen et Eupen. Sur ces 140 hectares, plus de 40 hectares sont implantés
sur notre territoire dont 90 % sont déjà achetés ou pour
le moins réservés.
Cela prouve qu'il y a ici une forte demande pour l'implantation d'entreprises.
Cela se justifie d'abord par le bilinguisme de nos concitoyens, mais aussi par
notre situation géographique, puisque nous sommes à proximité immédiate
de l'autoroute Cologne-Ostende, avec des liaisons routières directes vers
l’Allemagne, la Hollande, mais aussi toute la Wallonie. Et même si
Welkenraedt n’est plus une gare internationale, nous sommes sur l’axe
ferroviaire Liège-Aix. Bref, tout cela nous confère une situation
géographique extrêmement confortable pour les investissements.
Opladis : Au niveau des obligations linguistiques,
vous n'êtes pas dans la région germanophone,
mais dans l’arrondissement de Verviers. Pourtant,
en voyant les documents en français et en allemand
disponibles aux guichets communaux et en entendant vos
employés répondre en al-lemand à certains
citoyens, j’avais le sentiment d’être
dans une commune à facilités pour les gens
d’expression germanophone.
C’est un peu cela, mais sans aucune obligation légale à ce
propos. Mais le personnel communal fait effectivement toujours l'effort de parler
dans la langue des personnes qui viennent nous rencontrer et je pense qu'on est
très bien ainsi.
Opladis : On est donc loin des tensions linguistiques
et des petites querelles en tout genre que l'on connaît
dans la périphérie de Bruxelles !
Nous avons la chance effectivement ici de ne vivre aucune tension. Et nous venons
par ailleurs d'ailleurs de signer, il y a quelques semaines, un accord de partenariat
avec la Communauté germanophone pour développer toute une série
de synergies en matière économique, mais aussi en matière
culturelle. Par exemple, des échanges de livres entre bibliothèques
: la Communauté germanophone nous prête des livres en allemand et
nous leur prêterons des livres en langue française.
Autre exemple de coopération : nous disposons d’un centre culturel
que la Communauté ger-manophone nous louera régulièrement,
puisqu'ils n'en disposent pas et que Welkenraedt se trouve à 500 mètres
de la Communauté germanophone. Donc, il n'y a pas de soucis à ce
ni-veau-là.
Cette coopération avec nos voisins de la Communauté germanophone
est d’ailleurs très va-riée. Au niveau du matériel
communal, nous allons, dans le cadre d’un projet développé par
la Région wallonne, acheter en commun avec Lontzen une balayeuse motorisée.
Le coût à charge des deux communes sera réparti au prorata
du nombre d’habitants. Nous disposons aussi d’un parc à conteneurs,
situé à Lontzen, mais accessible aussi aux Welkenraedtois. Nous
avons aus-si une agence de développement local commune à Plombières,
Lontzen et Welkenraedt. Il y a ainsi une foule de dossiers qui sont gérés
en commun par les petites communes, sans considé-rations linguistiques.
On ne regarde jamais quant à savoir si le voisin est germanophone ou francophone.
On tra-vaille dans l'intérêt de la population, et cela, même
pour les activités dites folkloriques telles que le carnaval de Laetare,
un des grands carnavals de la région. Si vous voulez peut-être le
signaler, c'est toujours le dimanche du Laetare, date à retenir pour vos
lecteurs. C'est un élé-ment important, puisque ce carnaval regroupant
plus de cent chars et groupes, s'organise avec les communes de Lontzen et de
Welkenraedt.
Ce
qui ne veut pas dire que la commune de Welkenraedt ne
se tourne pas vers la partie fran-cophone de l'arrondissement.
Par exemple, Welkenraedt va être partenaire du
sauvetage du grand hôpital de Verviers en entrant
dans l'intercommunale. Donc, je dirais, en fonction des
dossiers, en fonction des synergies possibles, nous travaillons
avec tout le monde.
Opladis : Une belle souplesse intelligente.
Tout à fait. Cela nous permet d'abord d'avoir un des taux de chômage – puisque
j’en suis relativement fier – les plus faibles de Wallonie, avec
un petit 4 à 5 %, ce qui est peu, comparativement à d’autres
arrondissements ou régions, moins favorisés que nous.
Cela ne nous empêche pas de poursuivre nos efforts pour créer de
nouveaux emplois. On développe notamment beaucoup de projets touristico-économiques.
Par exemple, nous avons la chance d'avoir un golf à Henri-Chapelle. Eh
bien, on va l'agrandir, de 15 à 16 hectares de plus, ce qui équivaut à une
douzaine d'emplois nouveaux, des emplois peu qualifiés, soit des opportunités
pour des chômeurs de longue durée. De même, dans un registre
plus triste certes, mais c’est un service à la population, allons-nous
créer un centre funéraire, avec l’Intercommunale qui gère
le centre funéraire de Robermont. Cela débouchera sur une quinzaine
d’emplois supplémentaires.
Opladis : Welkenraedt a connu la prospérité d’industries
importantes, comme la Briqueterie nationale ou la Céramique
nationale. Ces entreprises ont disparu, laissant des
sites en friche. Vous avez, m’a-t-on dit, des projets
de reconversion en vue…
Ces sites de près de onze hectares sont en effet en voie de reconversion à l’initiative
de la commune. Nous allons les racheter et toute une série de projets
sont prévus et vont y être implantés. Donc on essaye véritablement
en matière économique d'utiliser toutes les ficelles qui sont à notre
disposition pour réaliser des projets intéressants pour la population à tout
niveau..
Opladis : Vous parliez d’un très
faible taux de chômage. Y a-t-il un phénomène
d'échanges transfrontaliers ? Y a-t-il des Allemands
qui viennent travailler à Welkenraedt ou des gens
de Welkenraedt qui travaillent du côté d'Aix
?
Absolument, et dans les deux sens ! Je crois qu'on peut dire qu'il y a une espèce
de balance à ce niveau-là. Mais de toute façon, au-delà des
personnes de Welkenraedt travaillant en Allemagne ou des Allemands venant travailler
chez nous, reste aussi que tout le commerce vit fortement de cette proximité de
l'Allemagne et de la Hollande. Ne fût-ce que par les nombreuses personnes
qui viennent à nos nombreuses activités et qui passent par Welkenraedt.
Par exemple, tous les dimanches, il y a un marché aux puces à Welkenraedt.
Observez le nombre de plaques d’immatriculation des pays voisins : je suis
convaincu que 50 % des visiteurs sont allemands ou néerlandais. Le secteur
Horeca en bénéficie largement.
Mais
ce statut de ville touristique doit se mériter
: nous allons donc faire de sérieux efforts en
terme d'aménagements. Vous avez peut-être
vu la nouvelle place des Combattants. Nous avons aménagé toute
une série d'espaces qui sont nettement plus conviviaux
aujourd'hui, tels que le bosquet, bien connu des habitants,
long d’un kilomètre et demi et qui est désormais éclairé.
Opladis : Donc, Welkenraedt est un endroit
où l’arrivée de l'Euro a sûrement
facilité les échanges.
Ah oui, tut à fait, c'est très clair. Je pense qu'à Welkenraedt,
au-delà du fait que l'on parle encore tous en Francs belges, notamment
quand il s’agit de gros montants, l'Euro a grandement facilité les échanges.
Opladis : Quelle est la part de seniors dans
votre population?
Un peu plus d’un cinquième de nos concitoyens a soixante ans et
plus. Mais notre commune a la chance de voir sa population croître d’année
en année. Ce qui veut dire que l'âge moyen est inférieur à celui
des communes en diminution de population.
Opladis : Et quelle est la politique de la
commune à l'égard de ces seniors?
Les pages «3e âge» de notre future brochure d’accueil
le prouvent à souhait : Welkenraedt compte bon nombre d’associations
de seniors, dont nous soutenons les initiatives via des subsides d’une
part, la mise à disposition de nos infrastructures, notamment le Centre
culturel et son équipe de neuf personnes, d’autre part.
Par ailleurs, divers bâtiments communaux sont actuellement en phase d'aménagement
pour en faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite,
parmi lesquelles un certain nombre de seniors. C’est par exemple le cas
de la Maison communale, pour laquelle des subsides de la Région wallonne
vont permettrent l’installation d’un ascenseur. Mais c’est
vrai aussi pour la maison de Zimmermann, la future maison de l'emploi, qui va
regrouper toute une série de services : Agence Locale de l'Emploi, Maison
de l'emploi, aide à la recherche pour les personnes qui veulent des renseignements
via Internet, etc. Là aussi, nous allons placer un ascenseur. Enfin, tout
le centre de la localité a été aménagé de
façon telle à ce que les personnes à mobilité réduite
puissent se promener sans gêne.
La commune organise aussi diverses activités récréatives
et culturelles pour les seniors, dont un voyage annuel.
Opladis : Vous disposez de maisons de repos?
Nous avons deux maisons de retraite. Une institution publique, la Maison Saint-Léonard,
d’une capacité de 77 lits et une maison privée, Beloeil,
située à Henri-Chapelle, avec une capacité de 135 lits,
mais ils viennent de créer aussi quelques appartements pour les personnes
qui souhaitent une plus grande autonomie.
Opladis : Le concept « résidence-service »,
désormais un classique dans l’offre d’initiative
privée !
Nous avons un projet de rénovation et d’extension de notre maison
de retraite : le dossier est introduit, mais il faut attendre les subsides. En
parallèle, nous travaillons à une autre formule, dans le cadre
de l’Intercommunale Les Heures Claires, dans laquelle nous sommes associés
aux communes de Limbourg et de Spa. C’est donc la perspective d’un
nouvel établissement, situé le cas échéant sur une
autre commune. Aujourd’hui, il y a nécessité de complexes
plus grands, afin d’atteindre la rentabilité indispensable. Actuellement,
nous avons un déficit de douze millions d’anciens francs. Il faut
atteindre l’équilibre dans les années à venir, tout
en assurant toutes les commodités modernes dans l’ensemble des chambres.
Notre idée serait la construction, à l’arrière de
l’actuelle maison de repos, d’un nouveau complexe, puis l’aménagement
de l’actuel bâtiment en appartements de type « résidence-service » par
notre société de logement.
Opladis : Parfait. Nos seniors restant jeunes
et dynamiques, sont notamment des adeptes du tourisme
d’un jour. S'ils veulent venir à Welkenraedt… quel
moment de l’année leur conseiller, pour
faire quoi, pour goûter quelles spécialités
?
Le tourisme à Welkenraedt, c'est toute l'année. Toute l'année,
parce qu'il y a une foule de ma-nifestations et je ne saurais que leur conseiller
de se renseigner au niveau du Centre culturel, au 087/89.91.70. Mais je voudrais
quand même en épingler quelques-unes.
Tout l'été, donc de mai à octobre, chaque dimanche, il y
a un marché aux puces. Toute la place des Combattants est remplie. Et
le premier dimanche de chaque mois, en plus du marché aux puces, un marché des
produits du terroir regroupant une vingtaine de professionnels a vu le jour depuis
peu. Voilà donc déjà un idée pour une sortie dominicale
! En complément, ils peu-vent visiter le cimetière militaire américain
d’Henri-Chapelle, un des plus grands que compte notre pays, ou choisir
une de nos nombreuses promenades, à propos desquelles le S.I. peut fournir
tous les renseignements utiles.
Le dernier samedi du mois d'août, nous avons aussi un grand marché nocturne,
consacré cette année aux métiers d’antan. Enfin, le
deuxième week-end du mois de décembre s'organise ici le plus grand
marché couvert de Noël de Wallonie. Il occupe tout l’espace
du Centre culturel, du Centre sportif et de chapiteaux annexes.
Opladis : Voilà déjà quelques
rendez-vous incontournables ! Et pour celui qui se dirait "Après
tout, on va y passer plusieurs jours, on va loger sur
place, ce sera l'occasion de passer également
la frontière, d'aller voir Aix, …",
disposez-vous d'une infrastructure hôtelière
?
Hélas, pas encore actuellement. Mais Nous allons prochainement remédier à cette
carence. La commune a en effet racheté, à Henri-Chapelle, l'ancien
restaurant "La Couronne". En partenariat avec une société de
logement, nous allons réhabiliter le site, afin d’y disposer de
six chambres d’hôtes en plus du restaurant. Les travaux ont débuté.
Ce sera opérationnel dans deux ans.
Opladis : Dont acte ! Je vous remercie de
votre accueil, Monsieur le Bourgmestre. A bientôt à Welkenraedt,
pour un marché aux puces, du terroir ou de Noël,
par exemple.
Avec plaisir.
Une
interview réalisée le 11 mai 2004 par Memogrames
sprl, pour compte de Opladis.