Né en 1942 à Ensival, Claude DESAMA est Docteur
en Philosophie et Lettres. Professeur à l’Université de
Liège depuis 1984, il est titulaire des chaires d’Histoire économique
et sociale et d’Histoire de l’Europe.
Conseiller communal de 1983 à 1987, puis de 1995 à nos
jours, il a choisi de renoncer à son mandat de député européen
qu’il exerçait depuis 1988 pour se consacrer à sa
ville de Verviers, après que le rapport de forces
PS-PSC ait été inversé lors des élections
communales de 2000 (14 élus PS – 9 PSC)
Entré en fonction en mars 2001, il est ainsi devenu
le 4e bourgmestre socialiste verviétois de l’après-guerre,
après Alexandre Duchesne, Hubert Parotte et Henri
Leclercq. Il est particulièrement attaché à la
notion de services publics et s’intéresse de
très près aux questions d’énergie.
Opladis : Monsieur le Bourgmestre, Verviers,
ville de 53.000 habitants, à l'Est de Liège, à deux
pas de la région germanophone… C'est une cité au
passé industriel important puisqu’elle était,
au 19e siècle, capitale mondiale de la laine, rivalisant
avec la Française Roubaix ou l’Anglaise Bradford.
Elle ne l'est plus, mais aujourd'hui elle se proclame capitale
wallonne de l'eau. Expliquez-nous tout cela, s’il
vous plaît.
En fait, il existe une continuité très forte entre le passé lainier
et, aujourd'hui, le statut de capitale wallonne de l'eau. C'est que la prospérité extraordinaire
de la ville de Verviers de la fin du 18e siècle à la première
moitié du 20e siècle, était lié quand même,
d'une manière indirecte, à l'eau. En effet, ce sont les qualités
chimiques particulières de l'eau de la Vesdre, essentiellement la partie
de l'eau de la Vesdre qui vient des Fagnes, qui donnait précisément à la
laine de Verviers cette qualité du toucher, cette douceur tout à fait
exceptionnelle qui rendait ses tissus très recherchés de par le
monde.
C'est sur cette base-là, qu'à la fin du 18e
siècle, la laine de Verviers a assis, en quelque sorte,
sa réputation et était vendue partout dans
le monde, aussi bien à Istanbul qu’à la
cour des tsars de Russie, par exemple, à une clientèle
en quête de tissus de qualité. Ensuite, au 19e
siècle, avec la révolution industrielle, Verviers
s'est trouvée véritablement à la pointe
du progrès puisque l'industrie lainière verviétoise était
aussi performante que les grandes zones industrielles de
l'Angleterre ou du Pays de Galle. Donc, nous sommes un des
grands centres mondiaux, à ce moment-là, de
la révolution industrielle.
L'innovation technologique a pour effet qu'on augmente de
façon considérable la production et les techniques
de vente habituelles des Verviétois, qui voyagent à travers
le monde en quête de clients, donnent à la ville
une prospérité exceptionnelle. On peut dire
que, hormis Anvers, la ville de Verviers était la
plus riche de Belgique au 19e siècle. Elle contribuait
très largement au produit national. Vraiment, il y
avait une très grande richesse, bien entendu très
inégalement répartie entre les fabricants qui étaient
très riches, une classe moyenne qui était déjà bien
prospère et une classe ouvrière qui était
relativement misérable, même si elle n'a jamais
atteint à Verviers des niveaux de misère comme
celle que l'on rencontrait par exemple chez les mineurs du
Borinage ou chez les métallurgistes de Liège.
Il y a toujours eu un syndicalisme fort ici à Verviers.
Et c'est d'ailleurs à Verviers qu'a été signée
la première convention collective au niveau mondial.
Cela est une grande première au début du 20e
siècle. Le syndicalisme y était fort et s'était
fait respecter très vite. Et donc je dirais que, de
ce côté-là, on avait quand même
amorti un peu la prolétarisation.
Verviers a connu, au début des années 1960,
une crise extrêmement importante. En un laps de temps
de dix à quinze ans, toute cette industrie textile
a pratiquement disparu du paysage industriel de Verviers.
La raison en est assez claire. C'est d'une part les effets
du Marché commun. L'abaissement des droits de douane
a mis, je dirais, les tissus de Verviers en concurrence directe
avec les tissus italiens et autres. Et on a pu s'apercevoir, à ce
moment-là, que les représentants de la troisième
génération verviétoise de fabricants
de textiles ne s'étaient pas inspirés de leurs
glorieux prédécesseurs, en ce sens qu'ils n'avaient
pas réinvesti. Les machines étaient généralement
obsolètes, vieillottes. L'organisation de la production
se faisait toujours d'une façon largement dépassée
et les entreprises avaient conservé un caractère
beaucoup trop familial. Si bien qu'elles n'ont pas vraiment
résisté au choc de la concurrence, d'autant
plus que l'apparition des fibres synthétiques et autres
nouveautés ne conférait plus à la laine
cette espèce de monopole qu'elle avait eu au niveau
de la qualité.
Donc, on a assisté véritablement à une
disparition rapide de l'industrie textile verviétoise
qui a laissé des traces importantes. Des traces au
niveau de l'emploi parce que Verviers et sa banlieue (Pepinster
notamment) ont perdu à peu près 15.000 emplois à ce
moment-là dans le secteur textile. La chance, si j'ose
dire, entre guillemets, des Verviétois, à l'époque,
c'est d'avoir connu cette catastrophe économique durant
une période de haute conjoncture. A la fin des années
60-début des années 70, nous bénéficiions
d’une grande expansion économique : beaucoup
de Verviétois ont retrouvé de l'emploi dans
la région de Liège ou à Bruxelles, dans
les administrations, dans les grands services publics, mais
aussi dans des zonings industriels qui ont été créés
très rapidement à cette époque au pourtour
de la région verviétoise, à Battice,
par exemple, etc.
voilà un peu les choses telles qu'elles se sont passées.
Mais il n'en reste pas moins vrai que, malgré tout,
malgré cette reconversion rapide, cette diversification
très grande au niveau des PME, il y a quand même
aujourd'hui, à Verviers, à peu près
18 à 19 % de taux de chômage, ce qui montre
bien les limites de cette reconversion. Verviers est encore
en attente, en quelque sorte, d'éléments de
relance. Et c'est là qu'apparaît évidemment
le facteur de l'eau.
Opladis : Quelle est l’origine de ce label
de « capitale wallonne de l’eau » ?
Lors de l’émergence de la Région wallonne, les responsables
politiques ont réparti les compétences entre les grandes villes
: on a essayé de dire "Mons, c'est la capitale de la culture", "Liège,
ce sera l'économie", "Charleroi, c'est le social", "Namur,
c'est la capitale administrative", et puis … "Verviers, ce
sera la capitale de l'eau" parce que c'est dans la région de Verviers
que se situent les grands barrages de la Gileppe et de la Vesdre. Et c'est à Verviers
qu'est venue s'installer la Société Wallonne de Distribution
d'Eau. C'est à Verviers aussi qu'est venue s'installer la SPGE, c'est-à-dire
la Société Publique de Gestion de l'Eau, qui s'occupe notamment
de l'épuration. C'est à Verviers aussi qu'il y a la première
grande station de traitement d'une eau de distribution, à Stembert exactement.
C'est à Verviers aussi que se trouve la première grande station
d'épuration des eaux de la Vesdre, première grande station d'épuration
wallonne. Donc Verviers véritablement a assuré pleinement son
statut de capitale wallonne de l'eau.
Le but que nous recherchons maintenant au niveau de la ville,
c'est que ce statut de "Capitale wallonne de l'eau" constitue
un levier, en quelque sorte, pour une relance économique
de Verviers autour de l'eau. Notre démarche vise à ce
que les entreprises qui vont travailler dans le secteur de
l'eau aient une bonne raison de venir à Verviers.
Certes, la présence des institutions, ainsi que des
grands barrages est un atout primordial. Mais il fallait
autre chose : nous venons de le créer avec la région
wallonne, c'est ce qu'on appelle le Polygone de l'Eau c'est-à-dire,
dans l'Est de la ville, un grand centre de formations et
de compétences du Forem en matière de métiers
de l'eau, associé à un centre de gestion de
l'eau qui va être en fait un centre de transfert des
technologies de l'eau. Donc cela veut dire qu'une entreprise
qui veut se lancer dans le secteur de l'eau, il n'y aura
pas photo : à Verviers, elle trouvera tout. Elle trouvera
les institutions, elle trouvera les technologies et aussi
la main-d'œuvre qualifiée.
Opladis : Effet secondaire de ce statut, c'est
que la ville a démultiplié les fontaines.
Vous n’ignorez pas que tout est toujours une question d'image. Verviers
continue à traîner derrière elle une image de cité lainière.
Même quand on évoque l’équipe de football de Verviers,
on parle des béliers, par exemple, en référence à la
laine. Ce n'est pas gênant parce que nous sommes fiers de notre passé,
mais ce n'est pas une vision très proactive, offrant effectivement des
perspectives. Donc, ce que nous voulons de plus en plus, c'est substituer ou
superposer, plus exactement, une nouvelle image, celle de la ville de l'eau.
La ville d'eau, c'est Spa, mais la ville de l'eau, c'est Verviers.
Et
là, nous essayons de créer, de modeler et de
diffuser cette image. D'abord en créant une maison
de l'eau, qui sera ouverte fin 2004, dans une superbe maison
du 18e qui a été rénovée et dans
laquelle nous avons mis en place une scénographie
très active, qui va être précisément
une sorte de vitrine de l'eau à Verviers. Mais nous
voulons aussi que ce nouveau destin verviétois se
traduise dans le physique de la ville. Et donc, comme vous
l'avez remarqué, la multiplication des fontaines s’inscrit
effectivement dans ce projet.
Il y avait les fontaines existantes, mais nous avons ajouté cette fameuse
Fontaine secrète de la place Verte, qui est absolument merveilleuse
et constitue un des éléments d'attraction exceptionnels. Nous
avons aussi une roue à aubes à l'entrée de la ville. Nous
allons encore inaugurer prochainement, encore en 2004, une nouvelle fontaine,
dite "des busettes" par référence au passé lainier
de Verviers. La busette, c'était cet instrument où s'enroulait
le fil dans les filatures. Nous avons la fameuse fontaine "Rio + 10", à savoir
le globe terrestre supporté par un mouvement d'eau, sur la place des
Martyrs. Bref, nous continuons partout où nous le pouvons à donner
des signes physiques de « Verviers, ville de l'eau ».
Opladis : Et les immeubles jadis dédiés à l'industrie
lainière, quel est leur sort?
ll faut en distinguer deux types : tout d’abord, ceux qui ont une valeur
patrimoniale considérable. Sachez qu’une des caractéristiques
de l'habitat verviétois des 19e et début du 20e, c'est cette
espèce d'entrelacement de l'habitat ouvrier ou employé comme
on disait à l'époque, à savoir de petites maisons modestes,
et d'autre part, de maisons patriciennes, de grandes maisons bourgeoises, mais
aussi des anciennes industries. Les usines au 18e et au début du 19e, étaient
elles-mêmes des ensembles architecturaux tout à fait remarquables.
Par exemple, le visiteur qui se rend au Centre technique de la Laine et de
la Mode, se trouve dans un bâtiment absolument extraordinaire de la fin
du 18e : il doit savoir que c'était en réalité une fabrique.
Il y avait le corps de logis du patron, jouxtant la fabrique, bâtiment à l’allure
tout à fait remarquable.
Nous avons donc comme cela quelques grands ensembles qui étaient
destinés à l'industrie et dont nous avons fait
des éléments patrimoniaux. Certains d'entre
eux, par exemple, sont reconvertis en logements sociaux.
C'est le cas de la maison de Jules Cerexhe, ce sera le cas
demain, je dirais, de l'ancienne usine Boucoms. Citons aussi à l'Est
de la ville l'usine Le Chat, célèbre puisque
c'est là que fut installé le premier métier
de cardage de filature du monde par Cockerill, aujourd’hui
reconvertie aussi en logements sociaux.
A côté de ces immeubles ayant une réelle
valeur historique ou architecturale et auxquels on a trouvé de
nouvelles destinations, nous avons évidemment un certain
nombre de bâtiments industriels qui ne présentent
aucun intérêt patrimonial ou autre. Et nous
sommes engagés maintenant dans un grand programme
d'assainissement de ces friches industrielles. Pour mener
cette tâche beaucoup plus rapidement, nous avons créé d'ailleurs
une société mixte avec la société provinciale
d'industrialisation : l’objectif est de nettoyer ces
friches industrielles et remettre à disposition des
terrains dûment réhabilités et réaménagés,
généralement le long de la Vesdre, qui seraient
des opportunités exceptionnelles, à la fois
pour des petites et moyennes entreprises, mais aussi pour
du logement privé de qualité.
Il y a beaucoup de logements de qualité depuis maintenant
deux, trois ans. De plus en plus d’investissements
se font dans les anciennes usines où l’on emménage
des lofts par exemple, qui ont un succès tout à fait
considérable, conséquence probable de l'exemple
donné par Maastricht, notre ville voisine, à 15
kilomètres de Verviers.
Opladis : Parlons maintenant des Verviétois,
des quelque 53.000 habitants. Quelle est la part de seniors?
Les seniors représentent un gros tiers des Verviétois. Nous avons
organisé, comme dans toutes les villes wallonnes bien entendu, des structures
d'accueil pour le troisième âge. Mais nous constatons que les
activités traditionnelles comme les goûters ou les tournois de
cartes sont en régression. Nous assistons à l’apparition
d’une nouvelle génération de seniors, qui sont en meilleure
condition physique et en meilleure santé, qui bénéficient
quand même de pensions généralement plus confortables qu'elles
ne l'étaient dans le passé, et qui sont beaucoup plus intéressés
par des activités de voyage, des activités physiques sportives
ou des activités culturelles. Nous avons, à l'initiative de l'échevin
des affaires sociales, une association qui s'occupe des 3 X 20 et organise
tout cela. Et cela a énormément de succès.
Enfin, pour les plus âgés, pour ceux qui ont
perdu l'autonomie, nous avons actuellement engagé un
grand programme de rénovation des maisons de retraite.
Opladis : Qui sont au nombre de cinq, je pense?
Qui sont aujourd’hui au nombre de cinq, mais qui, progressivement, vont
probablement être ramenées à quatre, puis à trois.
Notre objectif est d’élargir l'offre qualitative : à côté de
maisons de retraite et de soins qui accompagnent les gens en perte d'autonomie,
ce seront de plus en plus des maisons d'accueil qui offriront des petits appartements,
etc., aux personnes, des maisons de service en quelque sorte.
Opladis : Des résidences-services, mais
d'initiative publique…
C'est cela oui. Exactement ! Mentionnons aussi que nous avons des associations
très actives en matière de service d'aide à domicile,
qui fonctionnent très bien et rencontrent beaucoup de succès,
en raison d’une large palette de services. En conclusion, Je dirais que,
d'une manière générale, le troisième âge à Verviers
est bien pris en main, à la plus grande satisfaction de nos seniors.
Opladis :
Satisfaction aussi des seniors verviétois
suite à l’amélioration sensible de
la sécurité, ai-je entendu dire ?
C’est exact. Généralement, les seniors développent
plus facilement que d’autres, à tort ou à raison, un sentiment
d’insécurité, notamment parce qu’ils sont souvent
plus fragilisés. Ce peut être simplement le sentiment qu’après
18 heures, il vaut mieux quitter le centre-ville plutôt que de prendre
encore un verre ou de pousser la porte d’un restaurant, parce qu’on
a peur, qu’on ne se sent plus en sécurité…
Nous avons opté pour une politique de sécurisation
de la cité. La zone de police à laquelle participe
Verviers a entrepris vraiment un programme de très
grande sécurisation du centre-ville. D'abord en y
installant une maison de police, donc un commissariat décentralisé,
ce qui inclut une présence physique plus importante
des policiers sur le terrain. Nous avons aussi mis en place
un réseau de caméras de vidéosurveillance,
qui n'a pas fait problème ici à Verviers, qui
est bien perçu et qui donne d'excellents résultats,
je dois dire.
Opladis : Et surtout, je lisais que vous aviez
innové quant à la gestion de la petite délinquance
parmi la jeunesse.
Tout à fait. Grâce à une bonne collaboration entre le Parquet
et la ville de Verviers, nous avons mis en place ce qu'on appelle un "Service
de Réaction Rapide". On avait constaté avec le Procureur
du Roi que bien souvent, pour des actes de petite délinquance - et notamment
ce qu'on appelle la primo délinquance, c’est-à-dire la
première fois qu'on fait vraiment une grosse bêtise - cela se
traduisait par un classement sans suite du dossier. Il n'y avait pas de suivi
!
Une telle situation ne pouvait que développer un
sentiment d’inpunité, Arrestation par les policiers,
déposition et puis… plus rien : rien ne se passe
: c’est une invitation à continuer, à remettre
le couvert. Donc, nous avons décidé précisément
d'agir dans ce domaine-là. C'est vrai que le parquet
ne saurait pas poursuivre tous les actes de délinquance,
ce n'est pas possible, il y a déjà suffisamment
d'encombrement. On ne va pas renvoyer immédiatement
un jeune devant le Juge de la jeunesse parce qu'il aura commis
une bêtise, un vol de GSM ou que sais-je encore. Mais
on ne peut pas non plus lui laisser accréditer l'idée
qu'il peut faire tout et n'importe quoi sans être poursuivi.
Notre réponse, à savoir le service de réaction
rapide, c'est très simple: il n'y a plus de classement
sans suite. Lorsqu’un jeune commet un acte de délinquance,
il est pris en charge dans l’une ou l’autre filière
selon la nature de l'acte ou son caractère répétitif
ou non.
A un premier degré, le degré le plus banal,
un criminologue engagé par la Justice reçoit
le jeune délinquant, seul ou généralement
avec ses parents puisque, la plupart du temps, il est mineur
et c'est ce que j'appelle le "gros doigt" : "Attention,
vous êtes mal parti. Vous venez de déraper.
Si vous continuez, cela va s'aggraver. Donc c'est le moment
de vous arrêter."
Si l'acte de délinquance est déjà plus
important ou s'il est répétitif, à ce
moment-là, il y a alors intervention du substitut.
Le substitut vérifie s'il y a une structure parentale
suffisamment forte que pour dire "Maintenant les parents, écoutez,
c'est maintenant le moment de le reprendre en main. Parce
que si vous ne le faites pas maintenant, c'est trop tard." Si
la structure parentale n'est pas suffisamment forte, on passe
alors d'emblée au troisième degré qui
est la prise en charge du jeune par le service de prévention
de la ville de Verviers. Ce dernier organise alors des modules
de rééducation - disons cela entre guillemets
- ou de resocialisation où un certain nombre d'intervenants
sociaux, mais d'une façon relativement soft, relativement
détendue, vont prendre en charge un jeune, essayent
de l'amener vers des activités sportives, des activités
sociales, pour lui faire comprendre qu'il y a une autre réalité que
la rue dans la vie en société.
Au quatrième degré – juste avant que
l'on passe chez le juge éventuellement – c'est
alors vraiment des modules de rééducation,
de resocialisation sous la forme de travaux d'intérêt
général.
Opladis : Des mesures contraignantes pour le
jeune?
A ce stade-là, elles ne sont pas contraignantes véritablement.
Mais le jeune qui refuse ce circuit-là, automatiquement, le Substitut
l'envoie devant le Juge de la jeunesse. Et là, évidemment, ce
sont des interventions plus lourdes et strictement contraignantes.
Notre expérience est tout à fait unique en Belgique. C'est une
expérience tout à fait exceptionnelle. Il y a eu des tentatives
qui ont été faites ailleurs, par exemple à Louvain, mais
qui n'ont jamais pris l'ampleur qu'elles ont ici, parce que dans ces cas-là,
il n'y a jamais eu la collaboration entre le Parquet et la Ville, c'est-à-dire
une collaboration entre une structure judiciaire et une structure sociale.
A Verviers, nous y réussissons notamment en raison des excellents rapports
entre le Procureur et moi-même.
Opladis : N'y a-t-il pas un risque que certains
milieux associatifs fort portés sur le thème
des droits des jeunes ne vous accusent d'une sorte de justice
parallèle et expéditive ?
Ce serait à mon avis un mauvais procès parce qu'en réalité nous
ne jugeons pas. Je dirais que c'est surtout une volonté d'accentuer
le dispositif de prévention qui existe depuis longtemps à Verviers.
Notre démarche vise à éviter que le jeune ne tombe véritablement
dans la vraie délinquance. Cela, c'est l'objectif : qui va nous le reprocher
?
Jusqu'à présent, nous avons donné une
large publicité à ces initiatives. Est-ce l'air
verviétois, je n'en sais rien, mais c'est vrai qu'à Verviers
nous n'avons pas des réactions négatives, pas
même, par exemple, vis-à-vis du système
de caméras de vidéosurveillance. Au contraire,
je dirais qu'il y a une sorte de consensus général,
ici à Verviers qui fait que les gens apprécient
cette façon de travailler, sans doute parce que nous
le faisons avec une certaine modération et avec un
souci permanent de respecter l'individu et la liberté individuelle.
Opladis : Revenons-en maintenant à l'aspect
touristique. Pour nos lecteurs qui, comme vous le disiez
tout à l'heure, préfèrent dorénavant
les voyages ou les excursions aux goûters et autres
tournois de cartes, quand faut-il venir à Verviers?
Que faut-il voir? Visiter la nouvelle maison de l'eau et
le centre technique de la laine, évidemment. Et
que faut-il éventuellement déguster?
A Verviers, vous pouvez venir n'importe quand. Verviers est une ville disposant
d’une infrastructure touristique importante et qui mérite d'être
vue pour plusieurs raisons. Le centre technique de la laine et de la mode présente
un parcours-spectacle incontournable, offrant aux visiteurs une excellente
synthèse de notre passé lainier. Le bâtiment dans lequel
il se trouve abrite généralement un grand nombre d'expositions.
Actuellement, par exemple, vous pouvez y voir une superbe exposition sur les
masques d'Orient que nous avons montée avec le musée du masque
de Binche. Par le passé, nous y avions accueilli aussi une exposition
consacrée à Barbie ou encore une exposition autour du chocolat,
avec des dégustations : ce fut un très grand succès !
Il y aura bientôt la maison de l'eau avec une scénographie extraordinairement
dynamique mise au point par un Canadien, celui-là même qui a réalisé la
scénographie de l'Archéoforum à Liège.
Ce qui mérite d'être vu aussi c'est un certain
nombre d'éléments du patrimoine, l'hôtel
de ville, par exemple, l'église Saint-Remacle, l'hôtel
de Biolley ou encore la rue du Cerexhe, ensemble homogène
du 18e siècle tout à fait remarquable. Il y
a les fontaines, bien entendu, dont on parlait tout à l'heure.
Et puis, ce qu'on oublie parfois, c'est que Verviers est
une ville où l'activité culturelle est extrêmement
importante. Nous avons un grand théâtre qui
produit des spectacles de qualité. Nous avons maintenant
un nouvel ensemble avec une nouvelle salle de 250 places
destinée à accueillir des spectacles plus branchés,
et un complexe cinématographique tout nouveau.
Verviers, c'est aussi un superbe musée des Beaux
Arts, trop peu connu, parfois même des Verviétois
eux-mêmes, et qui abrite des collections tout à fait
remarquables.
A Verviers, il y en a donc pour tous les goûts. Et
puisqu'on parle de tous les goûts, il faut peut-être
dire un petit mot sur la gastronomie verviétoise.
Verviers, c'est un temple de la pâtisserie et du chocolat.
La spécialité verviétoise, la tarte
au riz, appelée aussi gâteau de Verviers, est
absolument à déguster. Elle a d’ailleurs
des adeptes en dehors de Verviers, à commencer par
Eddy Merckx. Lorsque nous avons eu l'étape du Giro
en 2001, ici, à Verviers, quand le tour d'Italie a
fait le tour de l'Europe, le souci d'Eddy Merckx, c'était
de voir si on allait lui réserver quelques bonnes
tartes au riz, ce que nous avons fait bien volontiers. Et
son épouse est venue spécialement pour déguster
cette spécialité. Donc, c'est vous dire…
Nous avons le chocolat verviétois qui est aussi une
de nos grandes spécialités puisque nous abritons
dans nos murs quelques grands chocolatiers dont un d'ailleurs,
je ne vais pas citer son nom pour ne pas faire de publicité évidemment,
mais dont un …
Opladis : On peut. Avec un G pour commencer?
Effectivement ! …qui a été primé à plusieurs
reprises, y compris sur le plan mondial. Mais nous avons plusieurs chocolateries.
Vous venez de faire allusion à Galler, on peut aussi mentionner le chocolat
Belsy qui est remarquable. Et d’autres artisans encore, qu'on a pu découvrir
pour certains d'entre eux lors de la fameuse exposition du chocolat dont je
vous parlais à l’instant.
Cette activité artisanale du chocolat n'est pas surprenante
parce que Verviers possédait, au 19e siècle
et au début du 20e, un certain nombre de grandes chocolateries,
qui ont disparu depuis lors : la chocolaterie de l'Aiglon,
la chocolaterie Clovis ou encore le chocolat Jacques qui
est maintenant installé à Eupen, mais a commencé sa
vie économique à Verviers. Donc, il y a de
longue date une grande tradition gastronomique à Verviers.
Si vous consultez le Gault-Millau ou le Michelin, vous vous
apercevez qu'il y a de nombreux restaurants dans la périphérie
immédiate de Verviers qui sont effectivement bien
côtés. Donc, Verviers est une ville gourmande.
Et les Verviétois le sont aussi.
Opladis : En conséquence de quoi, rendez-vous
est pris un de ces jours à Verviers pour déguster
la tarte au riz, pour admirer vos fontaines, visiter vos
musées et admirer vos beaux édifices, dont
votre splendide Hôtel de ville. Merci de votre accueil
Monsieur le Bourgmestre.
Merci également et bienvenue à Verviers !
A ne pas manquer, la présentation touristique de Verviers réalisée
par Opladis, cliquez ici.
Une
interview réalisée le 8 mars 2004
par Memogrames sprl, pour compte de Opladis.