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  VERVIERS
> La commune de VERVIERS

Monsieur Claude DESAMA

 
 
 



Né en 1942 à Ensival, Claude DESAMA est Docteur en Philosophie et Lettres. Professeur à l’Université de Liège depuis 1984, il est titulaire des chaires d’Histoire économique et sociale et d’Histoire de l’Europe.

Conseiller communal de 1983 à 1987, puis de 1995 à nos jours, il a choisi de renoncer à son mandat de député européen qu’il exerçait depuis 1988 pour se consacrer à sa ville de Verviers, après que le rapport de forces PS-PSC ait été inversé lors des élections communales de 2000 (14 élus PS – 9 PSC)

Entré en fonction en mars 2001, il est ainsi devenu le 4e bourgmestre socialiste verviétois de l’après-guerre, après Alexandre Duchesne, Hubert Parotte et Henri Leclercq. Il est particulièrement attaché à la notion de services publics et s’intéresse de très près aux questions d’énergie.


Monsieur Claude DESAMAOpladis : Monsieur le Bourgmestre, Verviers, ville de 53.000 habitants, à l'Est de Liège, à deux pas de la région germanophone… C'est une cité au passé industriel important puisqu’elle était, au 19e siècle, capitale mondiale de la laine, rivalisant avec la Française Roubaix ou l’Anglaise Bradford. Elle ne l'est plus, mais aujourd'hui elle se proclame capitale wallonne de l'eau. Expliquez-nous tout cela, s’il vous plaît.
En fait, il existe une continuité très forte entre le passé lainier et, aujourd'hui, le statut de capitale wallonne de l'eau. C'est que la prospérité extraordinaire de la ville de Verviers de la fin du 18e siècle à la première moitié du 20e siècle, était lié quand même, d'une manière indirecte, à l'eau. En effet, ce sont les qualités chimiques particulières de l'eau de la Vesdre, essentiellement la partie de l'eau de la Vesdre qui vient des Fagnes, qui donnait précisément à la laine de Verviers cette qualité du toucher, cette douceur tout à fait exceptionnelle qui rendait ses tissus très recherchés de par le monde.

C'est sur cette base-là, qu'à la fin du 18e siècle, la laine de Verviers a assis, en quelque sorte, sa réputation et était vendue partout dans le monde, aussi bien à Istanbul qu’à la cour des tsars de Russie, par exemple, à une clientèle en quête de tissus de qualité. Ensuite, au 19e siècle, avec la révolution industrielle, Verviers s'est trouvée véritablement à la pointe du progrès puisque l'industrie lainière verviétoise était aussi performante que les grandes zones industrielles de l'Angleterre ou du Pays de Galle. Donc, nous sommes un des grands centres mondiaux, à ce moment-là, de la révolution industrielle.

L'innovation technologique a pour effet qu'on augmente de façon considérable la production et les techniques de vente habituelles des Verviétois, qui voyagent à travers le monde en quête de clients, donnent à la ville une prospérité exceptionnelle. On peut dire que, hormis Anvers, la ville de Verviers était la plus riche de Belgique au 19e siècle. Elle contribuait très largement au produit national. Vraiment, il y avait une très grande richesse, bien entendu très inégalement répartie entre les fabricants qui étaient très riches, une classe moyenne qui était déjà bien prospère et une classe ouvrière qui était relativement misérable, même si elle n'a jamais atteint à Verviers des niveaux de misère comme celle que l'on rencontrait par exemple chez les mineurs du Borinage ou chez les métallurgistes de Liège. Il y a toujours eu un syndicalisme fort ici à Verviers. Et c'est d'ailleurs à Verviers qu'a été signée la première convention collective au niveau mondial. Cela est une grande première au début du 20e siècle. Le syndicalisme y était fort et s'était fait respecter très vite. Et donc je dirais que, de ce côté-là, on avait quand même amorti un peu la prolétarisation.

Verviers a connu, au début des années 1960, une crise extrêmement importante. En un laps de temps de dix à quinze ans, toute cette industrie textile a pratiquement disparu du paysage industriel de Verviers. La raison en est assez claire. C'est d'une part les effets du Marché commun. L'abaissement des droits de douane a mis, je dirais, les tissus de Verviers en concurrence directe avec les tissus italiens et autres. Et on a pu s'apercevoir, à ce moment-là, que les représentants de la troisième génération verviétoise de fabricants de textiles ne s'étaient pas inspirés de leurs glorieux prédécesseurs, en ce sens qu'ils n'avaient pas réinvesti. Les machines étaient généralement obsolètes, vieillottes. L'organisation de la production se faisait toujours d'une façon largement dépassée et les entreprises avaient conservé un caractère beaucoup trop familial. Si bien qu'elles n'ont pas vraiment résisté au choc de la concurrence, d'autant plus que l'apparition des fibres synthétiques et autres nouveautés ne conférait plus à la laine cette espèce de monopole qu'elle avait eu au niveau de la qualité.

Donc, on a assisté véritablement à une disparition rapide de l'industrie textile verviétoise qui a laissé des traces importantes. Des traces au niveau de l'emploi parce que Verviers et sa banlieue (Pepinster notamment) ont perdu à peu près 15.000 emplois à ce moment-là dans le secteur textile. La chance, si j'ose dire, entre guillemets, des Verviétois, à l'époque, c'est d'avoir connu cette catastrophe économique durant une période de haute conjoncture. A la fin des années 60-début des années 70, nous bénéficiions d’une grande expansion économique : beaucoup de Verviétois ont retrouvé de l'emploi dans la région de Liège ou à Bruxelles, dans les administrations, dans les grands services publics, mais aussi dans des zonings industriels qui ont été créés très rapidement à cette époque au pourtour de la région verviétoise, à Battice, par exemple, etc.

voilà un peu les choses telles qu'elles se sont passées. Mais il n'en reste pas moins vrai que, malgré tout, malgré cette reconversion rapide, cette diversification très grande au niveau des PME, il y a quand même aujourd'hui, à Verviers, à peu près 18 à 19 % de taux de chômage, ce qui montre bien les limites de cette reconversion. Verviers est encore en attente, en quelque sorte, d'éléments de relance. Et c'est là qu'apparaît évidemment le facteur de l'eau.

Opladis : Quelle est l’origine de ce label de « capitale wallonne de l’eau » ?
Lors de l’émergence de la Région wallonne, les responsables politiques ont réparti les compétences entre les grandes villes : on a essayé de dire "Mons, c'est la capitale de la culture", "Liège, ce sera l'économie", "Charleroi, c'est le social", "Namur, c'est la capitale administrative", et puis … "Verviers, ce sera la capitale de l'eau" parce que c'est dans la région de Verviers que se situent les grands barrages de la Gileppe et de la Vesdre. Et c'est à Verviers qu'est venue s'installer la Société Wallonne de Distribution d'Eau. C'est à Verviers aussi qu'est venue s'installer la SPGE, c'est-à-dire la Société Publique de Gestion de l'Eau, qui s'occupe notamment de l'épuration. C'est à Verviers aussi qu'il y a la première grande station de traitement d'une eau de distribution, à Stembert exactement. C'est à Verviers aussi que se trouve la première grande station d'épuration des eaux de la Vesdre, première grande station d'épuration wallonne. Donc Verviers véritablement a assuré pleinement son statut de capitale wallonne de l'eau.

Le but que nous recherchons maintenant au niveau de la ville, c'est que ce statut de "Capitale wallonne de l'eau" constitue un levier, en quelque sorte, pour une relance économique de Verviers autour de l'eau. Notre démarche vise à ce que les entreprises qui vont travailler dans le secteur de l'eau aient une bonne raison de venir à Verviers. Certes, la présence des institutions, ainsi que des grands barrages est un atout primordial. Mais il fallait autre chose : nous venons de le créer avec la région wallonne, c'est ce qu'on appelle le Polygone de l'Eau c'est-à-dire, dans l'Est de la ville, un grand centre de formations et de compétences du Forem en matière de métiers de l'eau, associé à un centre de gestion de l'eau qui va être en fait un centre de transfert des technologies de l'eau. Donc cela veut dire qu'une entreprise qui veut se lancer dans le secteur de l'eau, il n'y aura pas photo : à Verviers, elle trouvera tout. Elle trouvera les institutions, elle trouvera les technologies et aussi la main-d'œuvre qualifiée.

Opladis : Effet secondaire de ce statut, c'est que la ville a démultiplié les fontaines.
Vous n’ignorez pas que tout est toujours une question d'image. Verviers continue à traîner derrière elle une image de cité lainière. Même quand on évoque l’équipe de football de Verviers, on parle des béliers, par exemple, en référence à la laine. Ce n'est pas gênant parce que nous sommes fiers de notre passé, mais ce n'est pas une vision très proactive, offrant effectivement des perspectives. Donc, ce que nous voulons de plus en plus, c'est substituer ou superposer, plus exactement, une nouvelle image, celle de la ville de l'eau. La ville d'eau, c'est Spa, mais la ville de l'eau, c'est Verviers.

La fontaine de VerviersEt là, nous essayons de créer, de modeler et de diffuser cette image. D'abord en créant une maison de l'eau, qui sera ouverte fin 2004, dans une superbe maison du 18e qui a été rénovée et dans laquelle nous avons mis en place une scénographie très active, qui va être précisément une sorte de vitrine de l'eau à Verviers. Mais nous voulons aussi que ce nouveau destin verviétois se traduise dans le physique de la ville. Et donc, comme vous l'avez remarqué, la multiplication des fontaines s’inscrit effectivement dans ce projet.


Il y avait les fontaines existantes, mais nous avons ajouté cette fameuse Fontaine secrète de la place Verte, qui est absolument merveilleuse et constitue un des éléments d'attraction exceptionnels. Nous avons aussi une roue à aubes à l'entrée de la ville. Nous allons encore inaugurer prochainement, encore en 2004, une nouvelle fontaine, dite "des busettes" par référence au passé lainier de Verviers. La busette, c'était cet instrument où s'enroulait le fil dans les filatures. Nous avons la fameuse fontaine "Rio + 10", à savoir le globe terrestre supporté par un mouvement d'eau, sur la place des Martyrs. Bref, nous continuons partout où nous le pouvons à donner des signes physiques de « Verviers, ville de l'eau ».

Opladis : Et les immeubles jadis dédiés à l'industrie lainière, quel est leur sort?
ll faut en distinguer deux types : tout d’abord, ceux qui ont une valeur patrimoniale considérable. Sachez qu’une des caractéristiques de l'habitat verviétois des 19e et début du 20e, c'est cette espèce d'entrelacement de l'habitat ouvrier ou employé comme on disait à l'époque, à savoir de petites maisons modestes, et d'autre part, de maisons patriciennes, de grandes maisons bourgeoises, mais aussi des anciennes industries. Les usines au 18e et au début du 19e, étaient elles-mêmes des ensembles architecturaux tout à fait remarquables. Par exemple, le visiteur qui se rend au Centre technique de la Laine et de la Mode, se trouve dans un bâtiment absolument extraordinaire de la fin du 18e : il doit savoir que c'était en réalité une fabrique. Il y avait le corps de logis du patron, jouxtant la fabrique, bâtiment à l’allure tout à fait remarquable.

Nous avons donc comme cela quelques grands ensembles qui étaient destinés à l'industrie et dont nous avons fait des éléments patrimoniaux. Certains d'entre eux, par exemple, sont reconvertis en logements sociaux. C'est le cas de la maison de Jules Cerexhe, ce sera le cas demain, je dirais, de l'ancienne usine Boucoms. Citons aussi à l'Est de la ville l'usine Le Chat, célèbre puisque c'est là que fut installé le premier métier de cardage de filature du monde par Cockerill, aujourd’hui reconvertie aussi en logements sociaux.

A côté de ces immeubles ayant une réelle valeur historique ou architecturale et auxquels on a trouvé de nouvelles destinations, nous avons évidemment un certain nombre de bâtiments industriels qui ne présentent aucun intérêt patrimonial ou autre. Et nous sommes engagés maintenant dans un grand programme d'assainissement de ces friches industrielles. Pour mener cette tâche beaucoup plus rapidement, nous avons créé d'ailleurs une société mixte avec la société provinciale d'industrialisation : l’objectif est de nettoyer ces friches industrielles et remettre à disposition des terrains dûment réhabilités et réaménagés, généralement le long de la Vesdre, qui seraient des opportunités exceptionnelles, à la fois pour des petites et moyennes entreprises, mais aussi pour du logement privé de qualité.

Il y a beaucoup de logements de qualité depuis maintenant deux, trois ans. De plus en plus d’investissements se font dans les anciennes usines où l’on emménage des lofts par exemple, qui ont un succès tout à fait considérable, conséquence probable de l'exemple donné par Maastricht, notre ville voisine, à 15 kilomètres de Verviers.

Opladis : Parlons maintenant des Verviétois, des quelque 53.000 habitants. Quelle est la part de seniors?
Les seniors représentent un gros tiers des Verviétois. Nous avons organisé, comme dans toutes les villes wallonnes bien entendu, des structures d'accueil pour le troisième âge. Mais nous constatons que les activités traditionnelles comme les goûters ou les tournois de cartes sont en régression. Nous assistons à l’apparition d’une nouvelle génération de seniors, qui sont en meilleure condition physique et en meilleure santé, qui bénéficient quand même de pensions généralement plus confortables qu'elles ne l'étaient dans le passé, et qui sont beaucoup plus intéressés par des activités de voyage, des activités physiques sportives ou des activités culturelles. Nous avons, à l'initiative de l'échevin des affaires sociales, une association qui s'occupe des 3 X 20 et organise tout cela. Et cela a énormément de succès.

Enfin, pour les plus âgés, pour ceux qui ont perdu l'autonomie, nous avons actuellement engagé un grand programme de rénovation des maisons de retraite.

Opladis : Qui sont au nombre de cinq, je pense?
Qui sont aujourd’hui au nombre de cinq, mais qui, progressivement, vont probablement être ramenées à quatre, puis à trois. Notre objectif est d’élargir l'offre qualitative : à côté de maisons de retraite et de soins qui accompagnent les gens en perte d'autonomie, ce seront de plus en plus des maisons d'accueil qui offriront des petits appartements, etc., aux personnes, des maisons de service en quelque sorte.

Opladis : Des résidences-services, mais d'initiative publique…
C'est cela oui. Exactement ! Mentionnons aussi que nous avons des associations très actives en matière de service d'aide à domicile, qui fonctionnent très bien et rencontrent beaucoup de succès, en raison d’une large palette de services. En conclusion, Je dirais que, d'une manière générale, le troisième âge à Verviers est bien pris en main, à la plus grande satisfaction de nos seniors.

Opladis : Satisfaction aussi des seniors verviétois suite à l’amélioration sensible de la sécurité, ai-je entendu dire ?
C’est exact. Généralement, les seniors développent plus facilement que d’autres, à tort ou à raison, un sentiment d’insécurité, notamment parce qu’ils sont souvent plus fragilisés. Ce peut être simplement le sentiment qu’après 18 heures, il vaut mieux quitter le centre-ville plutôt que de prendre encore un verre ou de pousser la porte d’un restaurant, parce qu’on a peur, qu’on ne se sent plus en sécurité…

Nous avons opté pour une politique de sécurisation de la cité. La zone de police à laquelle participe Verviers a entrepris vraiment un programme de très grande sécurisation du centre-ville. D'abord en y installant une maison de police, donc un commissariat décentralisé, ce qui inclut une présence physique plus importante des policiers sur le terrain. Nous avons aussi mis en place un réseau de caméras de vidéosurveillance, qui n'a pas fait problème ici à Verviers, qui est bien perçu et qui donne d'excellents résultats, je dois dire.

Opladis : Et surtout, je lisais que vous aviez innové quant à la gestion de la petite délinquance parmi la jeunesse.
Tout à fait. Grâce à une bonne collaboration entre le Parquet et la ville de Verviers, nous avons mis en place ce qu'on appelle un "Service de Réaction Rapide". On avait constaté avec le Procureur du Roi que bien souvent, pour des actes de petite délinquance - et notamment ce qu'on appelle la primo délinquance, c’est-à-dire la première fois qu'on fait vraiment une grosse bêtise - cela se traduisait par un classement sans suite du dossier. Il n'y avait pas de suivi !

Une telle situation ne pouvait que développer un sentiment d’inpunité, Arrestation par les policiers, déposition et puis… plus rien : rien ne se passe : c’est une invitation à continuer, à remettre le couvert. Donc, nous avons décidé précisément d'agir dans ce domaine-là. C'est vrai que le parquet ne saurait pas poursuivre tous les actes de délinquance, ce n'est pas possible, il y a déjà suffisamment d'encombrement. On ne va pas renvoyer immédiatement un jeune devant le Juge de la jeunesse parce qu'il aura commis une bêtise, un vol de GSM ou que sais-je encore. Mais on ne peut pas non plus lui laisser accréditer l'idée qu'il peut faire tout et n'importe quoi sans être poursuivi. Notre réponse, à savoir le service de réaction rapide, c'est très simple: il n'y a plus de classement sans suite. Lorsqu’un jeune commet un acte de délinquance, il est pris en charge dans l’une ou l’autre filière selon la nature de l'acte ou son caractère répétitif ou non.

A un premier degré, le degré le plus banal, un criminologue engagé par la Justice reçoit le jeune délinquant, seul ou généralement avec ses parents puisque, la plupart du temps, il est mineur et c'est ce que j'appelle le "gros doigt" : "Attention, vous êtes mal parti. Vous venez de déraper. Si vous continuez, cela va s'aggraver. Donc c'est le moment de vous arrêter."

Si l'acte de délinquance est déjà plus important ou s'il est répétitif, à ce moment-là, il y a alors intervention du substitut. Le substitut vérifie s'il y a une structure parentale suffisamment forte que pour dire "Maintenant les parents, écoutez, c'est maintenant le moment de le reprendre en main. Parce que si vous ne le faites pas maintenant, c'est trop tard." Si la structure parentale n'est pas suffisamment forte, on passe alors d'emblée au troisième degré qui est la prise en charge du jeune par le service de prévention de la ville de Verviers. Ce dernier organise alors des modules de rééducation - disons cela entre guillemets - ou de resocialisation où un certain nombre d'intervenants sociaux, mais d'une façon relativement soft, relativement détendue, vont prendre en charge un jeune, essayent de l'amener vers des activités sportives, des activités sociales, pour lui faire comprendre qu'il y a une autre réalité que la rue dans la vie en société.

Au quatrième degré – juste avant que l'on passe chez le juge éventuellement – c'est alors vraiment des modules de rééducation, de resocialisation sous la forme de travaux d'intérêt général.

Opladis : Des mesures contraignantes pour le jeune?
A ce stade-là, elles ne sont pas contraignantes véritablement. Mais le jeune qui refuse ce circuit-là, automatiquement, le Substitut l'envoie devant le Juge de la jeunesse. Et là, évidemment, ce sont des interventions plus lourdes et strictement contraignantes.
Notre expérience est tout à fait unique en Belgique. C'est une expérience tout à fait exceptionnelle. Il y a eu des tentatives qui ont été faites ailleurs, par exemple à Louvain, mais qui n'ont jamais pris l'ampleur qu'elles ont ici, parce que dans ces cas-là, il n'y a jamais eu la collaboration entre le Parquet et la Ville, c'est-à-dire une collaboration entre une structure judiciaire et une structure sociale. A Verviers, nous y réussissons notamment en raison des excellents rapports entre le Procureur et moi-même.

Opladis : N'y a-t-il pas un risque que certains milieux associatifs fort portés sur le thème des droits des jeunes ne vous accusent d'une sorte de justice parallèle et expéditive ?
Ce serait à mon avis un mauvais procès parce qu'en réalité nous ne jugeons pas. Je dirais que c'est surtout une volonté d'accentuer le dispositif de prévention qui existe depuis longtemps à Verviers. Notre démarche vise à éviter que le jeune ne tombe véritablement dans la vraie délinquance. Cela, c'est l'objectif : qui va nous le reprocher ?

Jusqu'à présent, nous avons donné une large publicité à ces initiatives. Est-ce l'air verviétois, je n'en sais rien, mais c'est vrai qu'à Verviers nous n'avons pas des réactions négatives, pas même, par exemple, vis-à-vis du système de caméras de vidéosurveillance. Au contraire, je dirais qu'il y a une sorte de consensus général, ici à Verviers qui fait que les gens apprécient cette façon de travailler, sans doute parce que nous le faisons avec une certaine modération et avec un souci permanent de respecter l'individu et la liberté individuelle.

Opladis : Revenons-en maintenant à l'aspect touristique. Pour nos lecteurs qui, comme vous le disiez tout à l'heure, préfèrent dorénavant les voyages ou les excursions aux goûters et autres tournois de cartes, quand faut-il venir à Verviers? Que faut-il voir? Visiter la nouvelle maison de l'eau et le centre technique de la laine, évidemment. Et que faut-il éventuellement déguster?
A Verviers, vous pouvez venir n'importe quand. Verviers est une ville disposant d’une infrastructure touristique importante et qui mérite d'être vue pour plusieurs raisons. Le centre technique de la laine et de la mode présente un parcours-spectacle incontournable, offrant aux visiteurs une excellente synthèse de notre passé lainier. Le bâtiment dans lequel il se trouve abrite généralement un grand nombre d'expositions. Actuellement, par exemple, vous pouvez y voir une superbe exposition sur les masques d'Orient que nous avons montée avec le musée du masque de Binche. Par le passé, nous y avions accueilli aussi une exposition consacrée à Barbie ou encore une exposition autour du chocolat, avec des dégustations : ce fut un très grand succès ! Il y aura bientôt la maison de l'eau avec une scénographie extraordinairement dynamique mise au point par un Canadien, celui-là même qui a réalisé la scénographie de l'Archéoforum à Liège.

Ce qui mérite d'être vu aussi c'est un certain nombre d'éléments du patrimoine, l'hôtel de ville, par exemple, l'église Saint-Remacle, l'hôtel de Biolley ou encore la rue du Cerexhe, ensemble homogène du 18e siècle tout à fait remarquable. Il y a les fontaines, bien entendu, dont on parlait tout à l'heure.

Et puis, ce qu'on oublie parfois, c'est que Verviers est une ville où l'activité culturelle est extrêmement importante. Nous avons un grand théâtre qui produit des spectacles de qualité. Nous avons maintenant un nouvel ensemble avec une nouvelle salle de 250 places destinée à accueillir des spectacles plus branchés, et un complexe cinématographique tout nouveau.

Verviers, c'est aussi un superbe musée des Beaux Arts, trop peu connu, parfois même des Verviétois eux-mêmes, et qui abrite des collections tout à fait remarquables.

A Verviers, il y en a donc pour tous les goûts. Et puisqu'on parle de tous les goûts, il faut peut-être dire un petit mot sur la gastronomie verviétoise. Verviers, c'est un temple de la pâtisserie et du chocolat. La spécialité verviétoise, la tarte au riz, appelée aussi gâteau de Verviers, est absolument à déguster. Elle a d’ailleurs des adeptes en dehors de Verviers, à commencer par Eddy Merckx. Lorsque nous avons eu l'étape du Giro en 2001, ici, à Verviers, quand le tour d'Italie a fait le tour de l'Europe, le souci d'Eddy Merckx, c'était de voir si on allait lui réserver quelques bonnes tartes au riz, ce que nous avons fait bien volontiers. Et son épouse est venue spécialement pour déguster cette spécialité. Donc, c'est vous dire…

Nous avons le chocolat verviétois qui est aussi une de nos grandes spécialités puisque nous abritons dans nos murs quelques grands chocolatiers dont un d'ailleurs, je ne vais pas citer son nom pour ne pas faire de publicité évidemment, mais dont un …

Opladis : On peut. Avec un G pour commencer?
Effectivement ! …qui a été primé à plusieurs reprises, y compris sur le plan mondial. Mais nous avons plusieurs chocolateries. Vous venez de faire allusion à Galler, on peut aussi mentionner le chocolat Belsy qui est remarquable. Et d’autres artisans encore, qu'on a pu découvrir pour certains d'entre eux lors de la fameuse exposition du chocolat dont je vous parlais à l’instant.

Cette activité artisanale du chocolat n'est pas surprenante parce que Verviers possédait, au 19e siècle et au début du 20e, un certain nombre de grandes chocolateries, qui ont disparu depuis lors : la chocolaterie de l'Aiglon, la chocolaterie Clovis ou encore le chocolat Jacques qui est maintenant installé à Eupen, mais a commencé sa vie économique à Verviers. Donc, il y a de longue date une grande tradition gastronomique à Verviers. Si vous consultez le Gault-Millau ou le Michelin, vous vous apercevez qu'il y a de nombreux restaurants dans la périphérie immédiate de Verviers qui sont effectivement bien côtés. Donc, Verviers est une ville gourmande. Et les Verviétois le sont aussi.

Opladis : En conséquence de quoi, rendez-vous est pris un de ces jours à Verviers pour déguster la tarte au riz, pour admirer vos fontaines, visiter vos musées et admirer vos beaux édifices, dont votre splendide Hôtel de ville. Merci de votre accueil Monsieur le Bourgmestre.

Merci également et bienvenue à Verviers !

A ne pas manquer, la présentation touristique de Verviers réalisée par Opladis, cliquez ici.


 Une interview réalisée le 8 mars 2004 par Memogrames sprl, pour compte de Opladis.

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