Native de Huy, Anne-Marie Lizin en est la bourgmestre depuis
1983. Elle a été députée de 1991
à 1995 et siège au Sénat depuis 1995.
Ses multiples engagements en faveur des droits de l’homme
et de la démocratie, pour les droits des femmes en
Belgique et dans le monde, pour les droits des enfants aussi
sont les facettes les plus connues de la personnalité
complexe d’Anne-Marie Lizin.
Pour les Huttois, elle est aussi une bourgmestre rigoureuse
dans sa gestion, mais particulièrement accessible.
Elle mène, dans sa ville de Huy, une politique sociale
très en pointe, particulièrement à l’égard
des Seniors, qui constituent un quart de la population.
Opladis :
Madame la Bourgmestre, la ville de Huy, entre Namur et Liège,
en bord de Meuse, est bien connue de nos compatriotes, notamment
pour sa magnifique collégiale, son fort au passé tumultueux
ou l'étain qu'on y travaille d'une manière artisanale.
Huy, c'est également une centrale nucléaire,
la seule du côté wallon. Et puis une bourgmestre
pétillante, remuante et très médiatique…
Nous avons aussi le mur de Huy, la Flèche wallonne et le Tour de France,
soit un nombre assez impressionnant de choses à voir. Huy, c’est
aussi la Charte des Libertés de 1066, la première charte accordée à une
ville en Europe, arrachée par les bourgeois de Huy au Prince évêque
de Liège.
Nous sommes d'abord une ville tout à fait historique,
fondée à un moment où les villes
en bord de Meuse commençaient à paraître,
qui a été une ville de garnison pour
les troupes de la principauté contre l'armée
française pendant tout un temps. Aujourd’hui,
Huy est une ville où l’on retrouve beaucoup
de'éléments d'histoire.
C'est vrai qu'il y a une centrale nucléaire,
mais il y a aussi pas mal de choses à voir.
Nous accueillons même désormais le Centre
du Dalaï-lama, baptisé Centre Yeunten Ling
pour la pensée bouddhiste, en charge des bouddhistes
de Belgique, d’Allemagne et des Pays-Bas. Vraiment,
les événements ne manquent pas à Huy.
Par exemple, nous sommes actuellement en pleine préparation
de l'Année septennale. En effet, tous les sept
ans, nous organisons une énorme fête à la
Vierge Marie de la Sarthe qui descend et que l'on installe
dans la collégiale, symbole de bonheur pour
la ville. Huy est aussi une ville qui a gardé des
traditions extrêmement anciennes, perpétuées,
sans interruption tous les sept ans, depuis la contre-réforme,
donc depuis la fin du seizième siècle.
En même temps, c'est une ville très moderne,
ville de services où il se passe énormément
de choses.
Nous avons aussi des industries, essentiellement liées à Arcelor,
avec par conséquent toutes les difficultés
liées à l’évolution actuelle
de la sidérurgie.
Opladis : Parmi les monuments historiques
de Huy, le fort occupe une place particulière.
Un fort qui a connu des vicissitudes, qui a dû être
restauré.
Il y a le fort, effectivement, que l'on espère pouvoir développer
comme attraction touristique. Pour l’instant, on n'est pas encore arrivé à ce
que l'on veut. Il est restauré partiellement, mais on voudrait un grand
projet, beaucoup plus dynamique, pour en faire vraiment un centre de mémoire
pour la partie francophone du pays. Parce qu'il est, en terme d'histoire, l'équivalent
de Breendonk, mais le ministère de la défense place tout son
argent sur Breendonk. Et disons que cela, c'est un peu dommage pour nous.
Opladis : Huy est une ville très
vivante. Quelle est votre population ?
19.900 depuis hier. Nous sommes en marche vers les 20.000 habitants. Nous devrions
atteindre les 20.000 dans le courant de 2004.
Opladis : 20.000 Huttois ! quelles sont
leurs activités économiques, principalement
?
Une partie commerçante et assez bien de fonctionnaires. La ville de
Huy, personnel de l’hôpital inclus, est le premier employeur. Et
la centrale nucléaire, le premier employeur privé. On a aussi
un Palais de Justice, avec un Tribunal de Première Instance. Donc, pas
mal de personnels qualifiés et des niveaux de salaire assez élevés
dans les fonctionnaires en question. On a un niveau de vie assez important
dans le centre-ville, je dois dire. En comparaison avec des villes de même
ampleur de population, nous sommes largement au-dessus.
Opladis : Et parmi ces 20.000 Huttois,
quelle est la quote-part des seniors, des plus de
60 ans ?
Plus de 65 ans, il y en a 4.200. Plus de 60 ans, cela doit approcher les 5.500
personnes. Plus du quart de la population !
On
est en train justement de préparer, pour le
60e anniversaire de la libération de la ville,
un questionnaire pour les personnes qui habitent Huy
et qui ont soixante ans et plus. On va bien voir combien
se rappellent encore de cet événement.
Ce sera un beau test.
Nous venons aussi de diffuser un questionnaire auprès
des personnes de 65 ans et plus, pour leur collecter
leurs souhaits en matière de politique sociale.
Ce questionnaire a énormément de succès
et on est va l'exploiter ensuite pour déterminer
quels genres d'informations les seniors voudraient
dans la ville, plus d'informations sur les réunions
où ils peuvent venir, sur les réunions
des maisons de quartier, ou plus d'informations, peut-être
même, sur les services de l'hôpital, par
exemple.
Opladis : Bref, une démarche d'enquête,
je dirais, au-delà d'un Conseil consultatif
des seniors qui, probablement, existe chez vous aussi.
On n'a pas vraiment un Conseil consultatif. On dispose d’une ASBL de
la ville, qui a été créée par l'échevin
des affaires sociales et s'occupe des animations. Donc, on n'a pas créé de
Conseil consultatif des seniors. Cela pourrait être quelque chose que
l'on ferait à l’avenir, mais nous avons vraiment un rythme soutenu
de tournantes pour les activités de l'échevinat. C'est bien aussi,
parce que cela nous permet finalement de voir un peu tout le monde et non pas
de concentrer des monopoles entre les mains de mêmes personnes.
On
a plusieurs grandes associations et nous nous tournons,
avec le service des affaires sociales, dans les différents
groupes. Donc cela, c'est une des façons de
travailler avec des groupements existants permettant
que chacun se sente autonome aussi.
Ce n'est pas la ville qui dit de faire ceci ou cela,
c'est eux qui nous disent "Tiens là, on
va faire telle chose, est-ce qu'on peut être
aidés".
Opladis : En matière de maisons
de retraite, vous en avez sept ou huit. Et disons
que vous allez un peu à contre-courant de
ce que l'on croise dans beaucoup d'endroits en Wallonie
et à Bruxelles, à savoir qu'ici, je
dirais, les maisons de repos sont essentiellement
ou toutes, d'initiative publique.
Elles ne sont pas toutes d'initiative publique, mais nous avons repris toutes
les maisons privées qui avaient des difficultés, si bien qu’actuellement
la ville de Huy gère en propre 350 lits en maisons de repos, ce qui,
pour une population de 4.000 ou 5.000 seniors, n'est pas énorme. Il
y a aussi les lits des maisons de repos d’initiative chrétienne,
mais tant mieux parce que cela fait une bonne cohabitation.
Evidemment, le secteur public est, par les rachats
que nous avons faits, un secteur très important,
ici, en matière de maisons de repos, et je pense
qu'il doit encore se développer. C'est-à-dire
qu’on n'a pas fini cette démarche, mais
elle devrait être plus soutenue. C'est d'ailleurs
vrai aussi pour les maisons privées. Maintenant,
vous ne pouvez plus réussir une opération
de maison publique ou privée de repos en dessous
de quatre-vingt à nonante lits.
Opladis : Beaucoup de gestionnaires nous
parlent même de cent à cent vingt lits
pour atteindre la rentabilité...
Ce qui veut dire que c'est un poids lourd d'investissements et peu de privés
ont la capacité de faire cela, donc cela devient alors des grosses machines.
Pour notre part, nous essayons de rester à la dimension justement de
cent, cent vingt. Ce qui est notre dernière construction, c'est cent
vingt lits justement. Mais c'est quand même déjà grand
et impressionnant aussi.
Vous
n'êtes plus dans une petite maison de maître
comme il en existe encore dans la ville. Mais c'est
la condition pour être rentable. Alors donc on
est en train de créer cela. Et à côté,
nous créons un building d'appartements pour
personnes âgées, plutôt du type « studios »,
mais bien conçus.
Opladis : Donc, de la résidence
service.
Oui, des studios bien conçus avec la proximité des infirmières
qui viennent de la maison de repos, des médecins, etc. C'est une autre
façon… à la fois, on est libre mais, si l’on a un
problème, on est tout près de la solution. Et cela, on l'a déjà fait
au centre-ville avec un bâtiment d’environ trente-cinq appartements.
Le nouveau projet en cours, ce sont onze appartements au cœur d’un
village. Donc, on va bien voir. Il faut que les personnes de ce village, le
plus gros village de l’entité hors Huy, aient le sentiment de
rester chez eux.
Opladis : D'autres initiatives en direction
des seniors ?
Pour nous, la plus importante porte sur l'évolution justement du concept
de maison de repos et de prise en charge. Nous avons une de nos ASBL qui ouvre
un centre de titres services. Cela, ce n'est pas original, puisque les associations
de travail intérimaire le font aussi. Mais nous allons travailler prioritairement
en direction des personnes de cette catégorie d'âge, et des jeunes
couples ayant des enfants à charge avec des difficultés de garde
d'enfants. Si l’on couvre ce besoin de rester chez soi mais dans de bonnes
conditions de sécurité, c'est-à-dire avec des personnes
qui passent régulièrement dans la journée, nous aurons
partie gagnée..
D'autre
part, nous finançons des investissements pour
que les personnes âgées restent chez elles,
par exemple, si vous devez opter pour une cabine de
douche, parce que vous ne pouvez plus vous mettre dans
une baignoire, à savoir un exercice quand même
un peu acrobatique à quatre-vingts ans. Donc,
les seniors huttois qui décident d'installer
une douche dans leur habitation obtiennent une intervention
communale de cinquante pourcents des frais.
Même chose s’il s’agit d’installer
un ascenseur ou un remonte-personne, ou encore, si
le senior veut installer une chambre au rez, tout cela
nous finançons à cinquante pourcents.
Que le senior en question soit propriétaire
ou locataire et quel que soit son niveau de revenu,
parce qu'on n'a pas – évidemment il y
a des gens pauvres à Huy comme partout – mais
on pense que le besoin d'une personne âgée
même avec une pension convenable peut être
assez lourd pendant la période où elle
réinvestit dans sa maison.
Opladis : C'est original. Vous êtes
la première bourgmestre à me parler
d'une telle initiative.
Oui, et c'est pratique. Donc par exemple, on a des personnes qui disent "Moi,
je vais mettre des rampes partout.", suite notamment à une fracture
du col du fémur. Le côut n’est pas exorbitant, mais quand
même... Donc on aide à cinquante pourcents. C’est un procédé que
l'on trouve efficace. Mais cette disposition est encore trop peu connue de
nos concitoyens. On s'est rendu compte avec le questionnaire évoqué en
début d’interview. Et cela, alors même que nous répétons
cette information régulièrement dans les revues de la ville,
etc.
Opladis : Des solutions, des aides aussi
en faveur du déplacement des aînés….
Effectivement, on a le service des chèques taxi. Nous prenons en charge
cinquante pourcents des frais de taxi à condition d'acheter un carnet
de dix chèques, pour toute personne de plus de septante ans, même
si elle a encore une voiture. On encourage de la sorte les seniors à renoncer
définitivement, à un moment donné, à la voiture
et à recourir aux transports en commun et aux taxis.
On essaye de couvrir tous les besoins de nos seniors
: la garde à domicile, le subside pour l'investissement
chez soi, la maison de repos. On ouvre aussi maintenant
des lits de jour dans nos maisons de repos, c'est-à-dire
que la personne peut retourner chez elle le soir, par
exemple. A contrario, on peut dire qu'elle ne vienne
que pour la soirée ou que pour la nuit. On peut
aménager les horaires en discutant avec les
responsables des maisons de repos à condition
que la personne puisse le faire. C'est souvent aussi
avec la famille si, à telle période,
elle ne peut pas prendre en charge… Alors là,
on essaye de s'adapter chaque fois.
Bien sûr, l'hôpital reste pour nous l'investissement
le plus important de la ville. Nous sommes mobilisés
depuis deux ans en vue de son refinancement. Enfin,
on va moderniser tout l'hôpital. L'hôpital,
cela sert à tout le monde bien sûr, mais
surtout aussi aux personnes âgées. Dans
une ville où vous avez un quart de seniors,
c’est crucial…
Opladis : Un hôpital au service de
la santé des seniors et de tous les autres,
mais aussi gros pourvoyeur d’emplois !
L’hôpital de Huy, c’est à peu près 890 équivalents
temps plein, cela veut dire 1.000 à 1.100 personnes qui travaillent à l'hôpital.
Avec les 550 personnes employées par la ville de Huy, vous comprenez
pourquoi nous sommes le premier employeur. La centrale est en dessous de mille
maintenant. Donc voilà, cela fait déjà pas mal au niveau
des salaires qui sont distribués dans la région. La plupart habitent
Huy, pas tous, mais la plupart.
Opladis : Aux lecteurs de Websenior qui
seraient tentés par une excursion à Huy,
quel moment conseillez-vous pour une visite ?
Ah le mieux, c'est le mois d'août parce qu’il y a des activités
vraiment sans interruption. On va commencer, on ouvre la saison touristique
fin avril. On aura – cela, je ne le conseille pas aux seniors – des
activités de rollers parce que l'inventeur du roller est huttois, Monsieur
Merlin. Il a inventé cela il y a deux siècles à Londres
mais enfin, il est né à Huy et il y a commencé ses activités
d'inventeur d’automates, de roulettes, etc..
Opladis : Il a inventé également
des instruments de musique.
Oui, des instruments de musique et le fauteuil roulant, finalement. On organise
donc en son honneur une roller parade, mais cela, ça n'ira pas fort
pour les personnes âgées. Mais autour du thème de Merlin,
on aura aussi une exposition à partir de fin juin, pour découvrir
ce Monsieur Merlin, un personnage peu connu quand même.
Opladis : Cela n'a rien à voir avec
Merlin l'Enchanteur, bien entendu !
Non, non. On présentera des pièces en provenance de plusieurs
musées d'Europe. On connaît la roue depuis l’Antiquité,
mais la roulette qui équipe les fauteuils roulants, les lits d’hôpitaux
ou les rollers, c’est nettement plus récemment, et c’est
l’œuvre d’un Huttois ! A voir donc !
Je recommandais le mois d’août, car c’est
le mois des grands spectacles : musique, théâtre
en plein air… Un événement au moins
tous les week-ends !
Opladis : Et on mange bien à Huy… Vous
avez, paraît-il, de bonnes adresses gastronomiques,
même répertoriées au guide Michelin.
Oui, tout à fait. On a deux restaurants qui sont maintenant cotés
au Michelin, dont un juste à côté de l'hôtel de ville.
Et ce qui a de caractéristique, c'est que ce sont deux dames à la
tête de ces établissements renommés ! Une Chinoise qui
veille aux destinées du "Sorgho rouge" et une dame belge,
qui pratique une cuisine française de très haut niveau, pour
ce qui est de "L'Arabelle", ici, à côté de l'hôtel
de ville.
La
plupart des restaurants sont en général
excellents à Huy. Certains week-ends, il n'y
a plus une table de libre dans les restaurants de Huy.
Et dans certains d'entre eux, on retient une semaine à l'avance.
C'est un bon signe. C'est un signe aussi que les gens
viennent en soirée.
Opladis : Pour conclure, une question impertinente.
Les Huttois, sont-ils tous aussi rebelles que leur
bourgmestre?.
Ah non, non, non. Je pense qu'on
est Liégeois
d'abord dans la tête. Pas plus à Huy qu’à Liège,
on n’accepte pas la pensée unique ! Cela
dit, je pense qu'on est une petite ville dynamique,
c'est vrai, et où finalement il y a pas mal
d'initiatives.
Opladis : Et bien donc rendez-vous est
pris, à Huy, en juillet et août ou plutôt.
Et pour réserver un restaurant huttois à l’occasion
d’une telle escapade, n’oublions pas
que le guide Delta est accessible en ligne sur Websenior
!
Et pensez aussi que le 15 août au soir, c'est le grand feu d'artifice.
Opladis : Merci de votre accueil, Madame
la Bourgmestre, merci pour toutes ces précisions
utiles sur votre belle ville de Huy et bonne continuation.
Merci également. Au revoir.
Une
interview réalisée le 6 avril 2004 par Memogrames
sprl, pour compte de Opladis.