Né le
1er avril 1967, Philippe Goffin est originaire de Crisnée.
Après ses humanités à Liège,
chez les Jésuites, au Collège St-Servais, il
obtient sa licence en droit et en notariat à l'UCL.
Marié, père de 3 enfants, il partage son temps
entre la commune, son travail de juriste indépendant,
sa famille et son sport favori, le vélo.
Lancé en
politique par le Ministre Pierre Hazette, lors des élections
régionales de 1999, il se présente pour la
première fois aux élections communales en 2000.
Coup de maître, puisqu'il devient directement bourgmestre.
Très attaché à l'environnement, il met
un point d'honneur à ce que la commune de Crisnée
soit propre.
A côté de cela, attaché au
principe de l'accès généralisé à l'offre
culturelle diversifiée, il a notamment doublé l'espace
de la bibliothèque publique qu'il a dénommée,
récemment, la bibliothèque communale Françoise
Giroud.
Il a également doté la commune d'un
cyber espace, d'une salle de loisirs dénommé «carrefour
générations ». Il estime que la petite
taille de sa commune permet une citoyenneté active
et éclairée. Ainsi, depuis sa prise de fonction,
il raconte, par le biais d'une lettre mensuelle à tous
les habitants de Crisnée, la vie communale. Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, Crisnée, c’est pour
beaucoup de gens qui circulent sur l’autoroute E 40 Bruxelles-Liège,
simplement la sortie 30.
C’est aussi et avant tout une
entité composée de 5 villages, une entité résultant
d’une fusion antérieure à la vague des
fusions du milieu des années septante, puisque intervenue
dès 1965. Crisnée, c’est aujourd’hui
près de 3.000 habitants.
2.650 habitants….
Opladis : Mais encore ?
2.650 habitants, 5 villages, 1.683 hectares de territoire, dont 88 % utilisés
par l’agriculture.
Opladis : Et l’impression, lorsqu’on arrive chez vous, que l’entité est
parcourue par de grandes nationales, puisque, en quittant l’autoroute,
on traverse Crisnée pour gagner la Flandre et particulièrement
Tongres et que, perpendiculairement à cet axe, une autre grande route
permet d’aller d’Oreye vers Liège. N’est-ce pas dérangeant,
perturbant, ce sentiment de tranchées routières quadrillant l’entité? Non, pas du tout! En fait, c’est une force ! En tout cas, il faut faire
en sorte que ces deux nationales le soient. Soulignons la proximité de
l’autoroute, qui permet d’être à Liège en dix
minutes, d’aller vers Namur ou Bruxelles sans aucune difficulté.
Donc, au niveau de la mobilité extra communale, pour la population,
c’est un avantage. Donc, à nous de faire en sorte que ces nationales
soient une force et un atout. L'urbanisation quasi complète de ces deux
axes, fait qu'il faut en faire des lieux de vie, au même titre que les
rues des villages. L’image d’une commune passe notamment par ce
que les gens en voient de prime abord, soit, pour Crisnée, ce qu'ils
voient sur les nationales mentionnées. Le rôle de l’administration
communale, en coordination avec les autorités régionales, puisque
ces chaussées dépendent du MET (Ministère de l’Equipement
et des Transports), c’est de faire en sorte que ces nationales soient
les plus agréables possibles et les plus conformes à ce qui ce
passe au sein des villages. Les gens qui y habitent le long de grandes nationales
ne constituent pas une sous-population, une sous-catégorie de citoyens.
Ils font partie intégrante de la vie de la commune! Par des fleurissements
adaptés, par des entretiens répétés, ces nationales
deviennent une carte de visite dont on peut être fiers.
Opladis : Je présume, quelques soucis de sécurité routière
pour le bourgmestre ?
Evidemment, comme sur toute nationale, il y a des soucis liés à la
vitesse, bien qu’on ait fait de gros efforts en coordination avec les
autorités régionales pour que ces nationales soient mois meurtrières.
Vous avez vu les aménagements centraux, les bandes rouges au centre
de la route pour éviter les dépassements intempestifs, les ilôts
de sécurité sur la N3, les ronds-points… Il y a donc une
attention soutenue des autorités vis-à-vis de ces nationales.
Les réformes de 1990, qui visaient à réduire les nationales à deux
bandes plutôt que trois, portent leurs fruits. Souvenons-nous qu’à l’époque
certaines personnes s’interrogeaient quant au bien-fondé de cette
mesure. On voit maintenant que, sur des communes comme la nôtre, deux
bandes de circulation constituent un ralentisseur de trafic assez naturel.
Imaginez, ici, sur un kilomètre huit cents, on ne peut plus dépasser.
C’est une mesure que nous avons prise voici un an et demi et nous ne
la regrettons pas.
Opladis : Le croisement des deux nationales s’effectue via un rond-point
flanqué d’un monument ressemblant à une immense borne.
De quoi s’agit-il ?
Justement, le point de départ de cette réappropriation citoyenne
des nationales, ce fut ce rond-point. Quand je suis arrivé à la
tête de la commune voici deux ans et demi, les autorités du MET
nous interrogeaient : « voulez-vous un aménagement particulier
du rond-point ? » On avons immédiatement accepté la proposition, à la
condition de pouvoir choisir nous-mêmes l’aménagement. Beaucoup
d'hommes et de femmes politiques annoncent, en période électorale,
qu’il convient de consulter la population, qu’il faut impliquer
les citoyens… Puis, certains oublient, n’ont pas le temps ou les
circonstances ne s’y prêtent pas… Peu importe ! Nous avions
l’occasion de le faire. La consultation ne prêtait pas à polémique,
il s’agissait d’un choix esthétique. Nous avons provoqué des
projets. Nous en avons eu quatre au total, assez divers les uns les autres.
Quel choix a été fait ? le choix d’un aménagement
rappelant une histoire ancienne de Crisnée, qui veut que nous étions
sur le trajet d’une importante chaussée romaine, disons, pour
simplifier, ce qu’on qualifierait de nationale aujourd’hui. Donc,
que symbolise ce rond-point ? Tout bonnement les bornes milliaires qui jalonnaient
les voies romaines tous les kilomètres huit cents. Et on a reproduit
cette fameuse voie romaine, puisqu’on est précisément sur
l’emplacement originel de la liaison routière de cette époque.
Autre aspect de cette borne, vous avez en son sommet, réparties sur
chaque face, des plaques en bronze qui symbolisent les quatre points cardinaux.
L’idée est de montrer qu’un rond-point, c’est l’ouverture
sur le monde, puisqu’à partir d’un rond-point, on peut aller
partout. On n’est pas le centre du monde tout en l’étant
: c’est le point commun de toutes les communes. Vous avez ainsi un appel
au voyage et à l'imaginaire. Sur ce projet-là, on a été chercher
là où il y avait de l’argent, car les finances communales
sont restreintes: on a été aidé par le MET (le ministère
de l’équipement et des Transports), mais aussi par le Ministre
Foret, lequel a dans ses compétences le sous-sol wallon et donc les
pierres wallonnes. Cette pierre est une remise en valeur de notre patrimoine
naturel.
Opladis : Quel est le profil sociologique de votre population ?
La pyramide des âges est très équilibrée et on a
une juste répartition entre jeunes, adultes, seniors. Toutes ces personnes
ont leur place dans la société locale et ne constituent pas de
minorité. A partir du moment où existe cette cohérence
dans la pyramide des âges, tout le monde peut y trouver son bonheur.
Opladis : Crisnée a beau être essentiellement tournée vers
l’agriculture, peu de personnes travaillent encore dans ce secteur d’activités,
je présume ?
Peu de gens effectivement : nous avons encore 35 agriculteurs recensés,
et encore, certains à titre complémentaire. Une profession marginalisée,
malgré les 88 % du territoire communal voué à l’agriculture.
Opladis : Donc, une population active qui, à l’exception des 35 agriculteurs
mentionnés et des personnes employées par les quelques PME du
zoning que j’ai aperçu en arrivant, est navetteuse et travaille,
par exemple, à Liège ?
Du côté de Liège, mais aussi en direction de Bruxelles.
Vous avez certainement remarqué que nous avons installé une zone
de covoiturage à la sortie de l’autoroute, parce que ça
répond à des réalités bien évidentes de
mobilité. Finalement, c’est le tertiaire qui vient s’installer à Crisnée,
avec ce que ça génère aussi comme vie. Pour une commune
de 2.600 habitants, nous avons quatre restaurants. C’est beaucoup. Si
vous nous faites l’amitié de passer le week-end, vous verrez que
ces restaurants sont remplis. Ce ne sont pas que les habitants de Crisnée
qui les fréquentent. Crisnée est ainsi devenu un pôle d’attraction
parce que le tertiaire s’y est installé avec bon aloi.
Opladis : Quelle est la proportion de seniors parmi votre population ?
Environ 550 personnes de soixante ans et plus. Sur 2.600 habitants, la proportion
est plus que raisonnable.
Opladis : Qu’est-ce que vous proposez concrètement à ces seniors?
La traditionnelle piste de pétanque, le voyage annuel à la côte
ou en ardennes ? Autre chose, peut-être ?
Cela mais aussi autre chose ! D’abord, on respecte les traditions : chaque
année, les pensionnés se voient offrir un repas, qui est totalement
gratuit. C’est l’occasion pour ces personnes de se retrouver en
un même endroit, convivial et agréable. Ca nous fait une réception
avec 150 personnes, plus ou moins. Vous avez aussi un goûter des pensionnés,
organisé dans le courant de l’hiver, pour casser un peu l’isolement
dû aux conditions climatiques saisonnières. De plus, j’ai
considéré que, vu la taille de la commune, je me devais d’avoir
un contact personnel avec les 60 ans et plus. Chaque année (on en est à trois
ans déjà), entre Noël et Nouvel An, je vais à la
rencontre de tous les retraités et je leur apporte deux gaufres à chacun.
Cela me permet de parler avec eux, d’être à l’écoute
de leurs problèmes, de briser l’isolement de certains d’entre
eux et, finalement, d’être sur le terrain. Je précise que
je ne prépare pas les gaufres moi-même ! C’est un groupe
d’une dizaine de pensionnés qui me les confectionnent.
Opladis : Egalement, m’avez-vous confié, une initiative pour les informatiser
?
Exactement. Si l’on consulte les statistiques nationales, on constate
que l’informatique fait aussi son entrée dans les ménages
qui sont retraités. Nous avons, grâce à la Région
wallonne et à un subside obtenu, pu créer un Espace Internet,
avec cinq ordinateurs. Un retraité est venu me trouver : « Monsieur
le Bourgmestre, je suis disposé à donner gratuitement des cours
d’initiation à l’informatique, dans le domaine des traitements
de texte, mais aussi de l’utilisation de l’internet, avec tout
ce que ça génère : courrier électronique, consultation
de sites… Nous avons organisé plusieurs formations (à raison
de 2 personnes par ordinateur, afin d’être efficace). Les personnes
ont répondu présent et on commence un nouveau cycle d’ici
quelques semaines.
Opladis : Donc, à Crisnée, des papys et des mamys branchés,
qui n’ont pas peur de leurs petits-enfants internautes.
Du tout ! Ils peuvent recevoir sereinement leurs petits-enfants internautes.
Ils ont le même niveau d’accès et ne sont donc pas dépassés,
bien au contraire !
Opladis : Vous leur recommanderez de visiter le site de websenior.be ?
Je l’ai visité et, effectivement, il y a là beaucoup d’éléments
intéressants, d’informations. C’est cela qui est essentiel.
Je trouve là un site qui permet d’accéder à l’information
rapidement, une sorte de concentration de l’information. On peut regretter
parfois, avec Internet, qu’en tapant un mot-clé sur un moteur
de recherche, on découvre de longues listes de liens plus ou moins en
rapport avec l’objet de votre recherche : c’est rébarbatif
! Votre site donne l’essentiel tout de suite. En trois clics, selon la
règle des internautes, on a l’information recherchée. Bravo
!
Opladis : Et à Crisnée, un site internet ?
Oui, un site construit en interne, avec l’aide d’un étudiant,
futur ingénieur, qui l’a préparé avec moi, puisque
je suis moi-même passionné d’informatique. Cela nous a permis
d’utiliser la subvention de la Région pour investir dans des machines
au service de toute la population. C’est sûr que notre site n’est
probablement pas le plus beau site que l’on puisse trouver, au niveau
dernier cri technologique. On a fait le choix du pragmatisme et donc, l’argent
qui était là, plutôt que de l’utiliser pour un site
qui effectivement serait du dernier cri, nous avons préféré acheté des
ordinateurs, à mettre à la disposition de la population.
Opladis : Pour conclure, même s’il n’y a pas de cathédrale à visiter à Crisnée
ou autre musée à conseiller à nos visiteurs, je retiens
toutefois qu’il y a quatre très bonnes adresses gastronomiques
que le bourgmestre recommande...
Quatre très bonnes adresses que je recommande et, en plus, pour déculpabiliser
ceux qui, effectivement, aiment vivre, la commune a passé un accord
de partenariat avec la société Decathlon, qui nous a purement
et simplement offert dix vélos, qui sont à la disposition des
citoyens, jeunes et moins jeunes (Il y a toute les catégories de vélos)
et peuvent être empruntés par n’importe qui : vous avez
des amis, par exemple, qui viennent à Crisnée pour un week-end
ou simplement une après-midi et vous voulez faire autre chose que discuter
autour d’un pot. Vous pouvez donc louer les vélos à la
commune et faire ainsi découvrir Crisnée et ses alentours à vos
visiteurs.
Opladis : Decathon, mécène désintéressé de Crisnée
?
Non, nous disposions d’un emplacement bien situé sur lequel cette
firme a installé un panneau publicitaire pour une durée de trois
ans. En échange de quoi, nous sommes devenus propriétaire de
cette flotte de vélos, dont le taux d’occupation, cet été,
dépassait les 70 pourcents.
Opladis : Donc, Crisnée tient la forme…
Crisnée, à fond la forme, oui, puisque, chaque année maintenant,
on organise une thématique tournée vers la santé pendant
une semaine entière. Une semaine essentiellement orientée vers
les jeunes, parce qu’il y a des problèmes comme le tabac et la
drogue ! Le week-end, par contre, on fait appel à toute la population,
avec une matinée « Testez votre forme ». Par le biais de
promenades pédestres ou cyclistes et d’exercices de natation (Nous
avons une piscine !), nous procédons, avec le service médical
de la province de Liège, à des tests généraux (tension
artérielle, glycémie, …) Cette semaine est le reflet d'une
mission importante d'une commune, premier niveau de pouvoir démocratique
: la proximité. !
Opladis : Merci Monsieur le Bourgmestre… Et plein succès dans votre
credo : la proximité de vos citoyens !
Une
interview réalisée le 27 août 2003 par Memogrames
sprl, pour compte de Opladis.