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  SAINT - GILLES

> La commune de DILBEEK
Monsieur Charles PICQUE

MonsieurStephaan PLATTEAU

Né en 1934, Stefaan PLATTEAU est Docteur en Droit de la KUL, spécialiste du droit pénal international. Il est bourgmestre de Dilbeek de 1989 à 1992, et à nouveau à partir de 1995, après un passage au Parlement national en qualité de député VLD.
Entré au Conseil communal de Dilbeek en 1983, il a été immédiatement échevin, notamment des finances, une matière qu’il affectionne aussi en tant que député régional au Parlement flamand (depuis 1995).

Flamand convaincu, mais partisan de la paix linguistique et d’une bonne volonté réciproque entre nos communautés, Stefaan PLATTEAU s’exprime dans un français châtié qui ne ferait certes pas rougir de honte ses ancêtres huguenots, que la révocation de l’Edit de Nantes avait jadis exilés chez nous… Ses convictions libérales lui dictent, nous a-t-il affirmé, une attitude de tolérance et d’ouverture, ce que nous avons effectivement perçu tout au long de notre rencontre.

Monsieur Stephaan PLATTEAUOpladis : Monsieur le Bourgmestre, Dilbeek, c'est la première commune en Flandre lorsqu'on quitte Bruxelles, côté ouest…
Exactement. Et c'est là que commence la Flandre, puisque nous sommes voisins d'Anderlecht, de Molenbeek, de Berchem-Sainte-Agathe et puis de Zellik, qui est déjà la Flandre. Mais effectivement, lorsque vous quittez Bruxelles vers la côte, vers l'ouest, la première commune que vous rencontrez, c'est Dilbeek. Et c'est la Flandre. La Flandre commence à Dilbeek.

Opladis : Pour le Bruxellois moyen, quand on dit Dilbeek, il pense à Dilbeek , ainsi qu’à Grand-Bigard. Mais Dilbeek, c'est également d'autres villages qui ont fusionné avec vous en 1977.
Exactement. Il y en a six. D’abord la commune pilote, Dilbeek même, qui constitue la moitié de la population, et puis il y a Grand-Bigard, le numéro deux, mais aussi Sint-Ulriks-Kapelle, Sint-Martens-Bodegem, Schepdaal et Itterbeek. Et les six ensemble font la commune du grand Dilbeek qui compte 39.000 habitants.

Opladis : Dilbeek, c'est un peu comme Waterloo, avec les Européens en moins : c'est une commune où habite une population relativement aisée, voire très aisée. Ce ne sont pas des HLM de logements sociaux, mais plutôt des villas, du bel-étage, de la belle habitation. Mais c'est aussi, encore partiellement, de tradition rurale. Il y a des fermiers à Dilbeek !
Absolument.

Opladis : Et c'est par ailleurs, notamment et essentiellement du côté de Grand-Bigard, des industries, industries non polluantes et modernes, mais un important zoning industriel en bordure du ring.
Exactement. Vous connaissez bien le Le Château de Dilbeekgrand Dilbeek. Ce que vous dites est tout à fait vrai. Il y a le côté, disons, "citadin" ou "urbain" et il y a le côté "rural". Rural, c'est plutôt Sint-Martens-Bodegem, Sint-Ulriks-Kapelle, Schepdaal, le reste, spécialement Grand-Bigard, a déjà des tendances urbaines. Je dois dire que cela donne de temps en temps quelques frictions mais, en fait, tout le monde s'adapte et on s'arrange.

Au point de vue population, on voit quand même les différents caractères. On voit la différence. Partout, évidemment, on parle le néerlandais, mais il y a tout de même une population francophone qui s'adapte et qui parle français entre eux et souvent aussi aux magasins, mais qui, quand même, n'est pas en conflit avec la majorité néerlandophone.

Opladis : Une commune avec autant de facettes, tantôt beaucoup d'habitations d'un certain standing, tantôt industries ou exploitations agricoles... Cela ne pose pas de problème à gérer tout cela?
C'est assez complexe. Comme vous l’avez souligné, c'est souvent résidentiel, et c'est une population aisée, mais il y a quand même quelques quartiers avec des logements sociaux. D'ailleurs, nous sommes sur le point d’en aménager de nouveaux : j'ai encore eu une réunion hier à ce propos avec des sociétés de logement social. Nous disposerons d’une quarantaine de nouveaux logements sociaux qui vont s'ajouter à ce que nous avons déjà. Nous en avons à Grand-Bigard, à Dilbeek-centre, ainsi qu’à Schepdaal, Mais, dans l'ensemble, tout le monde se sent Dilbeekois, grand Dilbeekois, et je dois dire, qu'en fait, il n'y a pas de problème.

Opladis : On me disait également que votre commune est à la pointe au niveau de son souci des seniors. Vous avez même, il y a déjà de nombreuses années, été épinglé, en parallèle à une commune wallonne ,comme les plus accueillantes pour la population aînée.
C'est vrai. On nous a attribué le titre de "Seniorenvriendelijkste gemeente van Belgie" avec une commune wallonne. Et effectivement, je crois que nous méritions – et méritons toujours - ce titre. Nous accordons une attention soutenue à nos seniors. Par exemple, nous organisons des voyages en Belgique au mois de mai, avec des bus. Et les gens apprécient très fort. Nous programmons régulièrement des fêtes. Nous organisons au "Westrand", qui est une sorte de théâtre, toutes sortes de spectacles.

Pour les seniors, nous avons aussi ce que nous appelons le "Vervoerdienst", le service de transport. Parce qu'à Dilbeek, il y a certes des transports en commun, mais il n'est pas pour autant facile, par exemple, de se rendre de Dilbeek à l’AZ, la clinique universitaire de la VUB, à Jette. Eh bien, nous disposons d’un service de transport : ce sont des volontaires qui, à la demande des gens qui veulent se déplacer, vont les chercher, comme un taxi, et qui font cela à prix tout à fait réduit. C'est un service très important qui est assez unique, je crois, en Belgique, avec des volontaires donc, qui font le taxi, ici, à Dilbeek et en dehors de Dilbeek.

Nous avons des locaux pour le troisième âge, où sont organisés des repas, des fêtes, des tournois de cartes, etc. Aussi au point de vue des soins médicaux, nous sommes très bien organisés, spécialement pour les seniors.

Opladis : Et qu'en est-il des maisons de retraite à Dilbeek ?
Nous avons une série de maisons de retraite privées, mais aussi des établissements relevant du CPAS de la commune. Nous avons même une maison de retraite, le home "Albert", qui est destiné aux pensionnés militaires. La Reine Fabiola est déjà venue le visiter et c'est tout de même un home assez particulier.

Opladis : Une maison de retraite qui dépend de la défense nationale, je présume ?
Exactement. Quant à nos maisons de retraite propriétés de la commune, nous y adjoignons de plus en plus des extensions d’u type nouverau, ce que nous appelons des "services flat". Par exemple, nous sommes occupés, à Sint-Ulriks-Kapelle, à construire des maisonnettes : il y en a une dizaine, qui sont occupées par des couples de seniors. Les services de la maison de retraite sont proches, mais nos seniors occupent des maisons, vraiment des maisons.

Opladis : C'est une nouvelle tendance que nous constatons. La volonté se précise en faveur de solutions alternatives à la maison de retraite, avec une proximité médicale.
Exactement. Nous avons Haviland, Volkshuisvesting et Providentia, trois grandes sociétés s'occupant de logements sociaux, qui développent de telles solutions et avec lesquelles nous avons des liens financiers, de sorte que nous donnons priorité aux Dilbeekois qui sont en dessous d'un certain niveau de revenus. Il y a une série de conditions qu'il faut remplir.

Et il y a des sociétés qui construisent des maisons sociales également, des logements sociaux pour les vendre. Donc on peut les acheter. Et cela a pas mal de succès aussi. Providentia fait cela. C'est un autre public puisqu'ils sont propriétaires. Je dois dire que notre population à Dilbeek vieillit.

Opladis : Quelle est la quote-part des plus de soixante ans?
Je ne la connais pas par cœur. Mais la quote-part est très importante et devient de plus en plus importante. Donc, le troisième âge pour nous est primordial. Même sur le plan politique, dans le sens que ce sont des gens qui votent. Soyons ouverts. Et honnêtes.

Opladis : Dilbeek, c'est aussi, notamment pour les Bruxellois, un lieu où trouver quelques bons restaurants…
C'est exact. Nous avons quelques excellents restaurants. Mentionnons notamment le restaurant "Michel" ou encore "De Bijgaarden", qui ont chacun une étoile. Nous en avons plusieurs autres, très bons également, par exemple Arconati, De Kapblok, De Rare Vos, Bijgaarden 2000, etc. il y a pas mal de Bruxellois ou d'étrangers qui viennent déjeuner à midi ou le soir. Nous avons des hôtels aussi, à Schepdaal, à Dilbeek même ou encore à Grand-Bigard. Plusieurs hôtels donc, qui sont très propres et bien réputés.

Les Bruxellois viennent aussi pour les manèges. Nous avons plusieurs manèges et ceux qui aiment pratiquer le cheval, ils peuvent s'en donner à cœur joie à Dilbeek.

Opladis : Et il y a un karting, également.
A Grand-Bigard, en effet, dans le zoning industriel, nous avons le Brussels Kart, dans un magnifique complexe avec restaurant et salles d’expositions.

Donc, disons que les Bruxellois et les étrangers en général aiment bien venir ici et qu'il y a pas mal de possibilités. La seule chose qu'on demande à Dilbeek, c'est que l'on respecte la culture, la langue, la tradition. Et je dois dire, en tant que bourgmestre, qu'il n'y a jamais de problème. Je peux dire cela, contrairement à ce qu'on pense et on dit, il n'y a pas de problème linguistique ici à Dilbeek. Nous avons la paix linguistique.

Opladis : Dilbeek,c'est aussi une destination touristique, en tout cas pour le tourisme d'un jour puisque vous avez, sur Grand-Bigard notamment, de très beaux édifices anciens, que la place communale de Grand-Bigard vient de subir un lifting très réussi. Et, qu'à deux pas, se trouve le château de Grand-Bigard, dont le parc, de printemps en printemps, fleurit abondamment, parce qu'y est organisé une manifestation florale.
Exactement. La famille Pelgrims de Bigard est propriétaire du château de Grand-Bigard depuis des siècles et cette famille a fait beaucoup pour Grand-Bigard. Un de leurs aïeux a construit la maison communale, par exemple. Puis il l'a vendue à la commune. Ils ont construit la cure et entretiennent depuis pas mal de temps le château. Il a été un peu négligé ces temps-ci, disons depuis une vingtaine d'années. Mais maintenant Xavier Pelgrims de Bigard a pris les choses en main et il est occupé à restaurer le château. Et en plus, il a fait planter par des spécialistes hollandais 800.000 bulbes qui seront en fleur probablement à partir de fin avril début mai. Et ce sera un paradis de fleurs.

Opladis : Donc, je dirais une très bonne occasion pour visiter Dilbeek et particulièrement Grand-Bigard.
Absolument. Et il y a des tarifs spéciaux pour les jeunes et pour les seniors.

Opladis : En dehors du château de Grand-Bigard, que faut-il voir également quand on vient à Dilbeek?.
Il existe beaucoup de châteaux à Dilbeek. Et ils ne sont pas toujours tous connus. Nous avons cité le château de Grand-Bigard. Il y a le château, de style classique, dans lequel nous nous trouvons, qui appartenait à la famille de Viron. Vous pouvez voir aussi un château à Sint-Ulriks-Kapelle, le "Nieuwermolen" qui date du 16e siècle. C'est un magnifique château, propriété privée de la famille de Ghellinck Il existe des châteaux à Itterbeek aussi. Puis il y a plusieurs couvents, notamment un couvent assez renommé, des frères de la charité chrétienne, qui ont une excellente école là. C'est un couvent, mais, en même temps, il y a des jardins magnifiques et cela vaut la peine d'être visité.

En plus de nos châteaux et couvents, mentionnons aussi le Westrand, notre théâtre et centre culturel, qui est très beau. Et puis - et c'est tout de même très important – il y a ce que nous appelons De Wolfsputten, les nids de loup, les putten, les puits où les loups logeaient avant. De Wolfsputten, c'est un parc naturel propriété de la commune, d’une superficie de plus de 80 hectares. Et vous avez une flore et une faune là, quelque chose d'extraordinaire. Cela vaut la peine de faire une promenade dans les Wolfsputten maintenant, à cette saison-ci, parce qu'il y a déjà les premières fleurs, les myosotis notamment. qui sont à contempler. Cela vaut la peine de faire une promenade dans les Wolfsputten pour voir les arbres, pour voir les buissons, pour voir les fleurs, pour voir le parc, c'est vraiment…

Et ce qui il y a de bien, c'est de connaître l'histoire des Wolfsputten. Comment est-ce que les Wolfsputten ont trouvé leur origine ? C'est très simple, ce sont des carrières en fait. On ignorait cela, mais des professeurs de l'Université de Louvain ont établi qu'il s'agissait là de carrières : on y a extrait des pierres pour la construction de l'hôtel de ville de Louvain et, pour une bonne partie, de l'hôtel de ville de Bruxelles. Donc, les pierres de l'hôtel de ville de Bruxelles, par exemple, sont originaires partiellement de Dilbeek. On ignorait cela. On a établi ces faits voici une dizaine d'années, au départ de factures qui ont été payées par la Ville de Bruxelles à des Dilbeekois et où il était indiqué que les pierres étaient extraites des Wolfsputten.

Opladis : Et, tant qu'à venir à Dilbeek… on a parlé des restaurants qui ont bonne renommée, mais y a-t-il une spécialité particulière à déguster?
Je crois que cela se perd maintenant mais, en fait, les Dilbeekois ont un surnom : Konijnenfretters. C'est parce que, quand Charles Quint est venu à Dilbeek au 16e siècle, il a visité le château que vous voyez derrière notre Maison communale, en fait le premier châteaui de Dilbeek, qui date du 13-14e siècle. Et il est venu visiter ici Marguerite d'Autriche. Et il y a des légendes qui disent qu'il avait demandé à obtenir de la viande de lièvre. Et en fait, on ne trouvait pas de lièvre et on lui a servi du lapin. Lorsqu’il a découvert ce subterfuge, il aurait bien ri et aurait ajouté : "Eh bien désormais vous aurez le surnom de "konijnenfretters", ceux qui bouffent les lapins. Et donc, c'est une particularité de Dilbeek.

Et même, il y a des koekjes, des biscuits sous forme de lapin, "de konijntjes", on appelle cela des "konijntjes". On les vend dans les pâtisseries, ici, sur la chaussée de Ninove. Un jour, mon épouse se trouvait dans une de ces pâtisseries : tout à coup, est entrée la Reine Fabiola qui rendait visite à une famille noble, dans un château à Itterbeek. Elle a acheté les konijnkoekjes, les biscuits de lapin si vous voulez, pour les offrir sans doute à ces hôtes.

Opladis : Je vous remercie de toutes ces précisions, Monsieur le Bourgmestre et vous souhaite bonne continuation.

Je vous remercie de votre visite.

 Une interview réalisée le 9 mars 2004 par Memogrames sprl, pour compte de Opladis.
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