Jettois de naissance, Hervé DOYEN, âgé de
47 ans, marié et père de 3 enfants, exerce
les fonctions de bourgmestre depuis le 18 novembre 1999,
date du décès de son prédécesseur
Jean-Louis THYS, un mayeur à la forte personnalité,
réputé bien au-delà des limites de sa
commune et qui fut aussi Ministre à plusieurs reprises.
Enseignant de formation, Hervé DOYEN est entré en
politique dès 1986, en qualité de président
du Foyer culturel, avant d’être conseiller au
CPAS de 1988 à 1995, puis d’exercer des responsabilités échevinales,
ayant notamment le logement et les Travaux publics dans ses
attributions.
Hervé DOYEN nous a confié être exclusivement
un municipaliste, avec une devise pleine de bon sens, mais
que tous n’appliquent pas : « La mission première
d’un mandataire communal est d’être à l’écoute.» Nous
avons été à la sienne. Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, la commune de Jette, c’est,
paraît-il, une des communes bruxelloises les plus verdoyantes.
On dit cela et je pense que c’est vrai. Je me souviens d’un tableau
statistique paru voici quelques années à ce propos, dans lequel
la commune de Jette venait en tête. Ce tableau mettait en avant le nombre
de mètres carrés d’espaces verts accessibles au public par
rapport à la population globale de la commune. Et Jette était, à cet égard,
la commune la plus verte parce que ayant le plus de parcs et conséquemment
le plus de mètres carrés accessibles pour l’ensemble de ses
habitants. C’est un des tout gros attraits de cette commune du Nord-Ouest
de Bruxelles : de très nombreux parcs, au nombre desquels un immense parc
appartenant à la Région de Bruxelles-Capitale, le Parc régional
Roi Baudouin.
Opladis : Jette, c’est pour beaucoup de Bruxellois, pour beaucoup de Belges,
la commune qu’a longuement présidé votre prédécesseur,
Jean-Louis Thys, qui fut par ailleurs ministre à plusieurs reprises.
Mais c’est aussi une commune où a résidé René Magritte,
où est né le plus célèbre de nos barytons, José Van
Damme, et où également vit toujours Roba, le papa de Boule & Bill…
Tout à fait.
Opladis : Cela fait beaucoup de célébrités de premier ordre …
Beaucoup de célébrités, oui, mais je pense qu’à y
chercher, on trouve des célébrités dans toutes les communes,
donc… Pour autant, on n’est pas peu fier ! La commune de Jette
a été en effet présidée longuement par Jean-Louis
Thys, ce qui est un des plus longs règnes mayoraux sur l’ensemble
du territoire. Il est malheureusement décédé fin 1999
et j’ai eu l’honneur de lui succéder.
Mais c’est vrai qu’il y a un certain nombre de gens relativement
connus qui ont vécu sur le territoire de Jette ou qui y vivent encore.
Magritte a vécu très longtemps dans une petite rue, la rue Esseghem,
où se trouve actuellement un musée privé baptisé « musée
Magritte », dont j’appelle de mes vœux qu’il se développe
davantage dans les années qui viennent.
Auteur célèbre de bandes dessinées, Jean Roba, le père
de Boule & Bill, vit à Jette. Jette lui a rendu hommage en érigeant
une statue Boule & Bill dans le haut de la commune, une oeuvre réalisée
par Tom Frantzen. Tom Frantzen n’est peut-être pas un nom très
connu du grand public, mais si je vous cite l’Agent 22 de la place Sainctelette
ou encore ce petit chien qui fait pipi sur un petit poteau dans le centre-ville,
ces scuptures qui appartiennent désormais au quotidien des Bruxellois
sont aussi du même Tom Frantzen. Cette sculpture de Boule et Bill, tout à fait
réaliste et totalement sympathique, à la gloire des deux personnages
les plus célèbres du dessinateur sont d’ailleurs à proximité du
domicile de Jean Roba.
Opladis : A part cela, comment peut-on définir Jette ? Quel est son profil
sociologique ?
La commune de Jette s’est définie par une formule qui résume
bien ce qu’elle est : « Jette, un village dans la ville ».
Jette, c’est une ancienne bourgade, du Nord de la région de Bruxelles
Capitale. Si on remonte à plusieurs siècles, c’était
vraiment une espèce de hameau agricole, au même titre que le furent
Ganshoren ou Berchem-Sainte-Agathe. Ultérieurement, c’est un village
qui va bénéficier d’un essor urbanistique et donc démographique
très conséquent après la seconde guerre mondiale et encore
plus à partir de 1958 et durant les Golden Sixties. Récemment
encore, de nouveaux quartiers se sont construits. Jette est donc une commune
qui a très vite grandi, mais tout en gardant ce côté village
qu’elle avait d’antan. Par exemple, elle n’est pas du tout
comparable à Schaerbeek ou Ixelles, qui sont des communes historiques
bruxelloises, qui ont toujours été des villes. Cela remonte à très
longtemps.
Jette est un ancien village et a essayé de garder cet esprit villageois,
tout en devenant une commune urbaine, avec une croissance démographique
relativement conséquente, singulièrement ces dernières
années : nous étions encore à 36.000 habitants il y a
une dizaine d’années et nous sommes à 43.000 aujourd’hui
! Et donc, Jette continue à être une commune en pleine croissance.
Le vrai défi pour nous, gestionnaires de la cité, c’est
de maintenir ce côté « villageois » -qualifions-le
comme cela- de la commune, qui en fait son attrait et sa singularité,
tout en devenant une cité moderne, tout en répondant au défi
d’une commune urbaine avec beaucoup de monde, un tissu scolaire dense,
avec un hôpital, avec une université, avec tout cela… tout
ce qui fait que Jette n’est plus un hameau de campagne.
« Un village dans la ville », cela résume bien l’esprit
de la gestion que nous entendons mener depuis 25 ans, cela veut dire préserver
son attrait villageois par ses parcs - on en a parlé là tout
de suite, par son marché dominical. C’est une des dernières
communes où il y a un si grand marché, qui est réputé,
avec celui de la place Bara, pour être le plus grand de la région
bruxelloise.
Opladis : Et qui attire bien plus de monde aussi, dirait-on…
Et qui attire énormément de monde tous les dimanches,… Par
son marché annuel aussi qui, avec celui d’Anderlecht, est un des
plus grands marchés annuels de Belgique: on y accueille bon an mal an
entre 120.000 et 150.000 visiteurs !
Parallèlement à ce souci de préserver une ambiance « villageoise »,
nous veillons à devenir une véritable commune urbaine, en relevant
les défis d’une commune urbaine, en attirant les jeunes ménages,
en ayant des activités culturelles, associatives, je vais dire à la
hauteur de ce que les gens sont en droit d’attendre quand ils habitent
en ville.
Opladis : Vous avez notamment, au niveau associatif, un nombre très important
d’associations seniors.
On a beaucoup d’associations en tous genres, au nombre desquelles nous
avons beaucoup des clubs seniors. Il faut savoir aussi que, sur la commune
de Jette, nous avons encore une proportion relativement importante de Néerlandophones – on
estime qu’il y a 17 % de Néerlandophones sur la commune pour 83
% de Francophones. La commune de Jette depuis toujours et plus particulièrement
depuis la communautarisation au début des années 80, a très
fort mis l’accent sur le développement associatif et le soutien
au tissu associatif, quel qu’il soit, qu’il soit sportif, qu’il
soit culturel ou qu’il soit un milieu associatif pour seniors. Et il est vrai que nous avons davantage privilégié le soutien
du milieu associatif que le développement d’une politique de diffusion
culturelle, estimant qu’en étant à 8 minutes du Botanique
ou à 15 minutes du centre-ville, voire à 7 minutes seulement
du Kinépolis, sur le site du Heysel, , on ne doit pas développer
cela une deuxième fois sur le territoire de la commune. Les Jettois
sont mobiles : ils savent prendre le tram, le métro, leur voiture pour
aller à tous les endroits de diffusion culturelle,… Donc, nous,
notre singularité, ou tout au moins notre choix politique au sens noble
du terme, a été de soutenir les activités associatives
de la commune. Ainsi, soutenons-nous, au même titre que les autres associations,
les associations dites seniors et du troisième âge, au nombre
desquelles une initiative particulière est à épingler
: l’antenne inter universitaire de la commune.
Opladis : Qu’est-ce exactement que cette antenne ? Parlez-nous-en un peu
plus, s’il vous plaît.
Ce n’est pas un club, ni club de voyages, ni club de rencontres. Un certain
nombre de personnes se sont regroupées, pour organiser à un rythme
mensuel, en collaboration avec l’ULB et l’UCL, des rencontres de
type intellectuel. Tous les mois, l’antenne inter universitaire s’efforce
de mettre sur pied -et elle le fait avec brio- un thème, un sujet, à propos
duquel elle fait venir un grand spécialiste, professeur d’université, écrivain,
essayiste, … pour exposer ce thème pendant deux à trois
heures, devant un public régulièrement conquis et systématiquement
très nombreux. C’est une initiative qui nous semblait digne du
soutien de la commune, notamment parce qu’elle se démarque sensiblement
de ce qu’on a coutume de voir dans l’agenda des associations du
troisième âge, même si ces autres activités plus
classiques sont au demeurant tout à fait intéressantes, utiles
et nécessaires.
Opladis : Vous avez également un service communal du troisième âge
que l’on dit très dynamique.
Il est en effet dynamique en ce sens que le service du troisième âge
de la commune organise des voyages, de très beaux voyages, le plus souvent à l’étranger,
dont la fréquentation constante confirme la bonne qualité, mais
aussi un certain nombre d’autres activités fort intéressantes,
tantôt à caractère ludique, tantôt à vocation
plus culturelle, par exemple une sortie collective au théâtre.
Ces activités de notre service du 3e âge sont proposées à prix
démocratique, sont annoncées via notre journal communal mensuel
et participent à rompre l’isolement des seniors seuls.
Opladis : Et à destination de ceux que l’on peut qualifier de grands
seniors, j’entends nos aînés de quatre-vingts ans et plus
- étant entendu que désormais, avec les progrès de la
médecine et des conditions de vie, les seniors de soixante ans sont
aujourd’hui des gens jeunes - quelle est la politique que vous développez,
notamment au niveau de votre CPAS ?
Il faut savoir que Jette est une commune disposant d’un grand nombre
de seniories privées, en plus de notre home public, home baptisé Iris
en souvenir de la fleur qui poussait abondamment ici dans les marais de Ganshoren.
Opladis : Qui est devenue la fleur bruxelloise par excellence…
Qui est devenue effectivement le symbole de la Région de Bruxelles-Capitale.
Jette a consenti d’importants investissements pour une totale rénovation
du home en question, non seulement afin de le mettre aux nouvelles normes officielles,
mais aussi pour en faire davantage un lieu de vie. Les seniors qui entrent
au home y arrivent désormais bien plus tard que jadis, généralement
dans des situations de plus grande dépendance. Les installations, équipements
et infrastructures d’accueil doivent être adaptés à ces
utilisateurs désormais plus âgés. C’est dans cette
optique que nous avons consenti de très gros investissements pour une
radicale modernisation de notre home et un renforcement de l’encadrement.
Il ne suffit pas, effectivement, de rénover les murs, d’aménager
de belles chambres, de disposer de toilettes individuelles ou d’infrastructures
de kiné. Il convient aussi d’encadrer ces personnes, d’assurer
des animations ou de les accompagner, compte tenu de l’état de
plus en plus dépendant dans lequel elles se trouvent. Un effort considérable
a été fait ici, au home Iris , sous la houlette de l’actuelle
présidence du CPAS, de Madame Francq.
Je vous citerai un petit exemple parmi d’autres, qui peut sembler anecdotique
mais ne l‘est pas tant que cela. Notre home Iris a acquis un bus, pour
pouvoir sortir avec les pensionnaires, les emmener en excursion. Et ce n’est
pas une dépense excessive, superfétatoire, que non. Les homes
doivent devenir de véritables lieux de vie dans lesquels les personnes âgées
trouvent l’encadrement et l’accompagnement à la fois professionnels,
mais également humains, bien utiles, à l’état psychologique
dans lequel ces personnes se trouvent le plus souvent.
La commune de Jette est couverte par de très nombreuses seniories privées,
très belles et proposant d’excellents services, je l’ai
déjà dit, mais il est clair aussi que tout le monde n’y
a pas accès financièrement. Dès lors, un home public comme
le Home Iris, au-delà de sa mission médicale, remplit aussi un
rôle social non négligeable, puisqu’il est, lui, a priori
accessible à tout le monde, et en particulier aux personnes qui ont
des très faibles revenus.
Opladis : Et vis-à-vis des seniors qui n’ont plus une mobilité totale,
mais qui se refusent à entrer au home et souhaitent, coûte que
coûte, rester à leur domicile? Quelles sont alors vos solutions
?
Mmm… C’est l’accompagnement à domicile, on va l’appeler
comme cela. Le CPAS de Jette a développé également toute
une série de services à l’endroit de ces personnes-là.
Le CPAS a, par exemple, une convention avec une société, le Droit
de Vivre à Domicile : c’est un service qui marche relativement
bien. Le CPAS de Jette a également une convention d’accompagnement
des personnes à domicile pour les soins et pour les ménages,
ce qu’on appelle les aides familiales et les aides seniors : nous en
comptons trente-deux ! Et c’est un service qui fonctionne bien, preuve
s’il en est qu’il y a une demande constante par rapport à cela.
Opladis : Maintenant, la question traditionnelle. Pour le senior qui nous lit et
qui aurait envie de faire un crochet à l’occasion par Jette, quel
est le bon moment pour venir à Jette, que faut-il voir, que faut-il
absolument visiter, que faut-il goûter… ?
Je mentirais en disant que Jette est une commune qu’il faut absolument
visiter pour son patrimoine, pour tel ou tel monument extraordinaire qu’il
y a lieu d’y voir. Jette n’est pas une commune avec un passé historique à l’instar
de Schaerbeek, Bruxelles-ville, Ixelles et d’autres. En revanche, je puis vous garantir que ceux qui veulent passer une journée à l’air, à faire
des promenades bucoliques, à découvrir des espaces très
différents d’un endroit à l’autre, des espaces verts
remarquables, seront ravis. Par exemple, le Parc Roi Baudouin est très
long, rythmé par une première partie plus urbaine, par un second
tronçon plus humide, à vocation aquatique, et une troisième
partie beaucoup plus sauvage, beaucoup plus boisée,… Une promenade
inoubliable et bienfaisante, à coup sûr !
Opladis : Et si les promenades solitaires dans le Parc Baudouin vous laissent indifférent,
venez au marché de Jette un prochain dimanche : le bain de foule est
garanti ! Je vous remercie de nous avoir accueilli et d’avoir répondu à nos
questions. Bonne continuation, Monsieur le Bourgmestre.
Une
interview réalisée le 21 janvier 2004 par
Memogrames sprl, pour compte de Opladis.