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  GANSHOREN
> La commune de GANSHOREN

Madame Michèle CARTHE

Michèle CARTHE

Née en 1951 à Etterbeek, Michèle CARTHÉ est diplômée dans le domaine de l’information.
Elle fut animatrice auprès des jeunes, déléguée syndicale et experte auprès d’un réseau d’informations européen.

Conseillère communale PS dans l’opposition à Ganshoren depuis 1989, elle en est devenue bourgmestre en janvier 2001, mettant ainsi fin à plusieurs décennies de majorité absolue sociale-chrétienne.
Députée régionale bruxelloise depuis 1995, c’est le domaine social qui retient prioritairement son attention de parlementaire.

Madame Michèle CARTHEOpladis : Madame la Bourgmestre, la commune de Ganshoren n’est pas parmi les plus célèbres du pays. C’est une petite commune de 2,5 kilomètres à la périphérie nord-ouest de Bruxelles. Beaucoup de gens transitent pourtant par votre territoire puisque l’avenue Charles Quint les mène de l’autoroute de Gand ou du ring vers le tunnel Léopold et le centre-ville. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils se savent à Ganshoren !

Oui, effectivement c’est une commune très petite, mais qui a néanmoins pas mal de charme. C’est dommage que les navetteurs de la semaine ou les Bruxellois qui partent en week-end à la mer ne prennent pas, à l’occasion, plus de temps pour découvrir, au passage, cette petite commune caractérisée par beaucoup de contrastes, notamment au niveau urbanistique. On y découvre de grandes tours de logements sociaux, mais aussi des anciennes petites fermettes qui témoignent de la vie du passé.

Donc, une commune qui a beaucoup de charme, mais qui est néanmoins fort agressée, si je puis dire, par la circulation, les entrées, les sorties vers la région bruxelloise, notamment par l’avenue de l’Exposition d’une part et l’avenue Charles Quint par ailleurs.

Opladis : Vous êtes un peu comme vos voisines, Berchem-Sainte-Agathe et Jette, un village rattrapé par la ville ?
Oui, exactement, rattrapée par la ville et surtout rattrapée par la circulation de transit. C’est là le gros problème. C’est que nous sommes étouffés vraiment par une circulation de transit qui déborde sur les quartiers résidentiels de la commune et donc, là, il nous faut absolument trouver des solutions, notamment par un plan de circulation que nous envisageons depuis plusieurs années, mais que nous devrions réaliser aussi avec les subsides de la région bruxelloise, nous l’espérons dûment !

GanshorenOpladis : Ganshoren, c’est un tissu urbain assez particulier. Des immeubles de taille moyenne, quand on est avenue Charles Quint, dans certaines rues du cœur historique, de petites maisons individuelles, puis ses grandes tours et au total de l’offre de logement, plus de 10 % de logements sociaux, paraît-il.
Oui, effectivement nous avons 10 à 11 pourcents de logements sociaux, qui sont localisés d’une part dans de grandes tours, mais, par ailleurs aussi, dans quelques maisons bien intégrées dans les quartiers.

Mais, caractéristique qui nous réjouit, ces nombreux logements sociaux ne créent pas de problèmes majeurs dans les relations entre les personnes. La convivialité est toujours présente, bien que nous soyons bien évidemment attentifs à ce que cette ambiance puisse être préservée.

Opladis : Vous avez aussi comme particularité d’être une des communes avec le plus haut taux de seniors. Selon les statistiques, vous êtes à près de 30 % de gens ayant plus de 60 ans. Cela s’explique en partie par un grand nombre de maisons de retraite, mais n’y a-t-il pas là aussi un risque de ne pas rajeunir votre population ?
Effectivement, près de 30 % de personnes âgées, cela constitue un record non seulement sur la région bruxelloise, mais aussi, peut-être, à l’échelle de toute la Belgique. Cela s’explique aussi, je pense, parce que beaucoup de personnes ont acheté ou se sont installées en début de vie familiale, au lendemain de la seconde guerre ou dans les années soixante, et aujourd’hui retraitées, se sentent bien à Ganshoren et veulent y rester.

L’importance, pour ces personnes âgées, c’est de préserver la qualité des services et de tout mettre en œuvre pour éviter leur isolement. Il est primordial qu’elles puissent être accompagnées par une série d’activités, activités de loisirs ou de sports par exemple, afin qu’elles puissent rencontrer aussi d’autres catégories de la population. Nous développons des activités de loisirs à destination de nos seniors avec cet objectif.

Nous sommes également attentifs à l’aspect social. Il est évident qu’il faut veiller à ce que les personnes, lorsqu’elles prennent de l’âge, puissent aussi bénéficier de soins, si possible à domicile ou alors les orienter vers d’autres infrastructures publiques qui sont là pour les aider. Nous avons, par exemple, toute une équipe d’aides familiales et d’aides ménagères qui vont aider ces personnes âgées mais aussi les familles nombreuses, à entretenir leur ménage et qui servent par ailleurs, en quelque sorte, de relais vers la commune lorsqu’il y a des problèmes qui risquent de s’aggraver. Ce personnel a un rôle social important à ce niveau-là, que ne mesure pas toujours suffisamment l’opinion publique.

Opladis : Nous disions tout de suite qu’un certain nombre de maisons de repos étaient installées sur le territoire de Ganshoren, des maisons de repos d’initiative privée. Vous avez aussi une maison de retraite publique qui dépend du CPAS. Mais, particularité de Ganshoren, vous avez également, au niveau public, développé une résidence-service, alors que, généralement, ce type de réalisation relève d’initiatives privées et surtout, pour l’essentiel, sont des lieux relativement onéreux.
C’est bien dommage qu’il en soit généralement ainsi. Je pense que l’infrastructure résidence-service, soit des appartements où les personnes âgées peuvent rester en toute autonomie tout en bénéficiant de soins liés, par exemple, à une infrastructure très proche, tels que le CPAS ou la maison de repos du CPAS, est un type d’infrastructure à développer. Et qui devrait être développé pour l’ensemble de la population, notamment à l’initiative du secteur public. Il n’y a aucune raison que ce soit disponible uniquement pour ceux qui sont plus nantis et qui ont plus de facilités financières.

Donc, développons ce type d’infrastructure, notamment sur la région bruxelloise, en obtenant que les pouvoirs publics régionaux non seulement aident et subsidient la création de ce type d’infrastructure, mais aussi leur fonctionnement. A ce jour, la Région intervient au niveau du fonctionnement, mais pas dans le financement de la construction des bâtiments. Et je pense qu’il y a là encore tout un travail à faire pour permettre à tout un chacun de bénéficier de ce type de possibilité.

Opladis : Donc, l’initiative dont nous parlons a été financée entièrement par le budget communal… ?
La construction de la résidence-service a effectivement été financée sur les fonds propres du CPAS, donc par les finances communales.

GanshorenOpladis : N’est-ce pas là une gageure pour une commune, qui d’après ce que je lisais dans des coupures de presse, éprouve des difficultés financières significatives. Je crois que vous avez hérité d’une situation financière difficile lorsque vous êtes devenue bourgmestre.
Effectivement, lorsque je suis devenue Bourgmestre en 2001, avec une toute nouvelle majorité, que l’on peut qualifier de majorité arc-en-ciel, nous avons succédé à une majorité PSC-CVP qui était en place depuis plus de quarante ans et nous avons découvert une situation financière plus que difficile. C’est-à-dire que, si la dotation de la région aux communes diminuait progressivement, les clignotants alertant de la situation étaient déjà allumés depuis un certain temps et la majorité précédente n’avait pris aucune mesure pour l’avenir, ni pour éviter de se trouver dans une situation difficile aujourd’hui.

Je m’explique : lorsque la situation budgétaire communale devient problématique, on peut envisager une légère hausse des impôts, en s’alignant au moins sur la moyenne régionale. Et, parallèlement, il faut aussi maîtriser les dépenses. Or, nous avons là des charges d’emprunts pour une série de dépenses importantes qui ont été faites en quelques années, notamment à la fin des années nonante, ce qu’il faut évidemment rattraper maintenant. Longtemps, la commune a été bien gérée, mais le dérapage se situe dans la dernière décennie, durant les années nonante : il y a eu de nombreuses dépenses et les réserves ont été épuisées. Réserves épuisées, pas de nouvelles mesures, une dotation de la région qui diminue… le constat est évident et très mathématique.

En conséquence, nous devons maintenant redresser absolument la situation financière de la commune et mettre la priorité sur les services essentiels et la qualité des prestations à la population.

Opladis : Si je vous entends, votre équipe ne peut donc pas entreprendre obligatoirement tous les projets qui lui tiendraient à cœur ?
Non, nous avions effectivement toute une série d’initiatives que nous aurions bien voulu prendre, mais nous devons déterminer des priorités et ainsi casser l’endettement de la commune.

Un problème évident, c’est notamment la piscine, pour l’instant fermée. Au-delà de l’aide que nous obtenons pour des travaux, nous devrions bénéficier de subsides régionaux pour la gestion, laquelle est déficitaire puisque ce qui est souvent le cas pour un service public. Nous devons absolument avoir l’aide d’autres niveaux de pouvoir si nous voulons sauver cette piscine qui est un gouffre financier évident. Nous ne pouvons pas la sauver au détriment d’autres services sociaux.

Opladis : Revenons-en au phénomène des 30 % de seniors et, par ailleurs, de ce fort pourcentage de logements sociaux. Cela ne pose-t-il pas des problèmes sur le plan sécuritaire, au niveau de la gestion notamment de la cohabitation des jeunes générations avec les anciens ?
Effectivement, nous sommes très attentifs à éviter que la situation ne devienne tendue. Ce n’est pas le cas pour l’instant parce que nous avons négocié, avec la région, ce qu’on appelle un contrat de prévention. Et à l’aide de subsides de la région, nous avons pu engager une équipe dite de prévention, avec des travailleurs sociaux spécialisés : des médiateurs, éducateurs de rues, et gardiens de parcs ou d’espaces publics. Et ces personnes-là sont très sensibles à favoriser les contacts entre les générations, entre les personnes âgées et les plus jeunes. Il est vrai que certaines personnes âgées, en voyant un petit groupe de jeunes, peuvent être inquiets, spontanément et souvent sans raison. Nous essayons de briser cette inquiétude-là en favorisant des activités, des contacts et, surtout par la présence de cette équipe de prévention qui, nous espérons, permettra de préserver la convivialité et les contacts entre les générations.

GanshorenOpladis : Qu’en est-il de votre service seniors ? Quelles sont les activités qu’il propose aux seniors pour notamment, je dirais, les forcer un petit peu à quitter leur salon et leurs habitudes cathodiques…
Oui, vous avez entièrement raison ! Ce qu’il faut absolument faire, c’est décrocher les personnes – pas seulement les seniors d’ailleurs – de leur télévision, parce que c’est un peu une tendance que pourrait avoir la personne âgée, et ce serait regrettable. Parce ce qu’il faut avant tout, c’est briser l’isolement de la personne âgée : dans cette perspective, nous organisons, depuis de longues années d’ailleurs, toute une série d’activités : thés dansants, excursions, voyages, qui permettent des contacts avec ces personnes-là et aussi entre elles.

Il existe aussi, répartis sur la commune, différents lieux de rencontre où on les invite à venir pour éventuellement prendre un repas en provenance du CPAS, ce qui permet aussi à l’alimentation d’être suivie. Et aussi, si elles le souhaitent, avoir un café dans l’après-midi avec un morceau de tarte, rencontrer des voisins, des voisines d’autres quartiers.

Mais surtout susciter l’envie de sortir de chez eux, de briser l’isolement, et servir en quelque sorte d’intermédiaire pour organiser une série d’activités : spectacles, voyages, visites d’expos et autres.

Opladis : Est-ce que vous pensez déjà à initier vos seniors à l’informatique ?
Oui, nous avons pris des contacts avec une société d’informatique. Cela a démarré quelque peu, mais ce n’est, à mon sens, pas encore assez développé. C’est important de sensibiliser encore plus, même s’il y a un frein de la part de certains seniors. On sent maintenant - et c’est peut-être les petits-enfants qui suscitent cet intérêt - une demande, une curiosité et il faut, je pense, la favoriser en mettant à disposition un ordinateur, un clavier... Et ce n’est pas compliqué, mais il faut, je crois, familiariser les personnes âgées avec cet outil remarquable qu’est l’informatique. On peut découvrir des tonnes de choses sur Internet. Mais je le ferais plutôt en groupes pour que les seniors, une fois de plus, ne se retrouvent pas seuls devant un écran.

GanshorenOpladis : Petite astuce : leur recommander surtout de visiter très régulièrement websenior.be.
Très certainement. J’ai moi-même découvert ce site qui peut, d’évidence, leur apporter une série d’informations favorisant une ouverture sur le monde, une envie de sortir, ainsi qu’une foule de renseignements pratiques. Websenior.be constitue un apport tout à fait moderne et que les personnes âgées vont apprendre à consulter de plus en plus, j’en suis persuadée.

Opladis : Je vous remercie de votre accueil, Madame la Bourgmestre. Bonne continuation.

C’est moi qui vous remercie.


 Une interview réalisée le 13 février 2004 par Memogrames sprl, pour compte de Opladis.

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