Si Joël Riguelle n’est pas le plus jeune bourgmestre
de Belgique (ce dernier s’est déjà confié à Websenior),
il était à coup sûr le plus fraîchement
nommé lorsque nous l’avons rencontré dans
son bureau mayoral le 25 novembre 2003, sa prise de fonction
datant du 14. Bien que né à Charleroi en 1954,
il est Berchemois depuis « toujours », puisque
domicilié sans interruption dans la petite commune
bruxelloise depuis ses six mois.
Agrégé en langues germaniques, Joël Riguelle
est enseignant depuis 1975. Toutefois, son engagement de
longue date au PSC l’a régulièrement éloigné de
l’enseignement : conseiller du Ministre Jean-Louis
Thys de 1989 à 1996, il est également conseiller
communal à partir de 1988 et échevin dès
1994. Depuis 1999, il siège comme député Cdh
au Parlement régional bruxellois, mandat qu’il
cumule désormais avec le mayorat de Berchem-Sainte-Agathe.
Joël Riguelle est par ailleurs artiste à part
entière : acteur et chanteur aux talents multiples,
présent notamment dans le spectacle satirique « Sois
Belge et tais-toi », une revue humoristique programmée
notamment au festival du Rire de Rochefort, Joël Riguelle
a pratiqué divers genres, de la chanson de jazz à la
chanson humoristique, en passant par le rock ‘n roll.
Il a aussi marié son engagement culturel et son attachement à Berchem-Sainte-Agathe
en créant, dans sa commune, un cabaret, « Le
Rendez-Vous au Village », où ont défilé des
Philippe Lafontaine, Philippe Anciaux et autre Anne Garfunkel.
Opladis
: Monsieur le Bourgmestre, Berchem-Ste-Agathe, c’est
une petite commune de Bruxelles qui aurait pu être, au
gré des aléas de l’histoire, en Flandre.
Ce sont des décisions politiques au lendemain de la
seconde guerre mondiale qui en ont fait une des 19 communes
de Bruxelles. Et c’est d’ailleurs la commune bruxelloise
où la quote-part de néerlandophones est la plus
importante. Mais encore ?
Jadis, Berchem ne constituait qu’un seul et même village avec Koekelberg.
Voici plus d’un siècle et demi, Berchem et Koekelberg se sont séparés
et ont formé 2 entités.
En 1948, Berchem-Sainte-Agathe a rejoint la région Bruxelloise, soit, à l’époque,
ce qu’on appelait l’Agglomération Bruxelloise. Nous sommes
aujourd’hui une des plus petites communes de la région de Bruxelles-Capitale,
avec 19.631 habitants environ, dont une quote-part importante de néerlandophones,
estimée aux alentours des 20%.
Opladis : Le Bourgmestre Guns, auquel avait succédé votre prédécesseur
Julien Gooskens, était un néerlandophone. C’était
une exception linguistique à Bruxelles ?
Effectivement, Monsieur Guns, qui a exercé le maïorat pendant plus
d'un quart de siècle et a donc laissé son empreinte à Berchem, était
néerlandophone : c’était le seul bourgmestre flamand de
la région de Bruxelles-Capitale. Mais tous ses prédécesseurs étaient
des francophones, parmi lesquels il convient de mentionner Josse Goffin, maître
des forges de Clabecq, qui habitait Berchem et s’occupait des destinées
de la commune.
Opladis : Quel est le profil de Berchem-Sainte-Agathe ?
Berchem est une commune plutôt résidentielle. Et en termes de
population, c’est la traditionnelle classe moyenne bruxelloise typique,
une population essentiellement d’origine belge, un peu moins de 15 %
de population étrangère, dont la moitié sont des Européens.
Il n’y a pas de grandes activités économiques sur le territoire
de la commune, à quelques exceptions près. La zone dite de la
gare de Berchem est appelée à connaître un bel essor dans
un futur très proche : on travaille à la mise en place urbanistique
et à une réglementation telle que cette zone puisse se développer.
Il y a aussi quelques petites entreprises dispersées dans le tissu urbain,
mais c’est essentiellement résidentiel. C’est ce que les
gens apprécient ! Berchem, c’est un peu le village à la
ville, un village à 10 minutes du centre de Bruxelles, avec ses théâtres,
ses cinémas, ses expositions... C’est très facile, car
on est très bien desservi en matière de transports en commun.
Opladis : Mais Berchem, ce ne sont pas que des maisons bourgeoises et de petits
immeubles privés. Vous avez aussi une offre non négligeable en
matière de logements sociaux. Je pense bien sûr au complexe Hunderenveld,
dans le bas de Berchem et aussi à la Cité moderne, un modèle
du genre.
Effectivement, Berchem accueille sur son territoire une société coopérative
de de logements sociaux dénommée « Cité moderne ».
La Cité Moderne en tant que telle est un ensemble d’immeubles
et de maisons dû à l’architecte Victor Bourgeois, avec un
style tout à fait particulier, typique du courant architectural moderniste.
L’ensemble est d’ailleurs régulièrement visité par
des touristes et amateurs d’architecture. Certes, ce complexe ne répond
plus aujourd’hui à tous les standards de confort, mais sa rénovation
est en cours. Par ailleurs, la société de logements a construit
trois blocs d’appartements sur le site dénommé Hunderenveld,
dont un réaménagement des abords est programmé d’ici
2006.
Par ailleurs, Sorello, une intercommunale de logements sociaux qui gère à peu
près un millier de logements sociaux sur la région de Bruxelles-Capitale
et dont Berchem est devenu un actionnaire important, va construire 31 logements
en plein centre de la commune : un projet de plus de 3 millions d’euros
( près de 130 millions de BEF) dont on pose la première pierre
courant 2004.
Opladis : On peut constater d’ailleurs que, sur Berchem-Ste-Agathe, les choses
bougent du point de vue urbanistique : par exemple, avenue du Roi Albert, les
terrains qui ont été consacrés à l’agriculture
pendant des décennies se sont transformés en lieux résidentiels
, l’ancien hôpital français a subi une très sérieuse
rénovation , les vieux bâtiments arrières ont été remplacés
par du logement individuel et un peu partout, là ou subsistaient encore
des dents creuses, on construit.
Tout à fait, c’est en fait assez curieux et assez prévisible
en même temps. Assez curieux parce que même des terrains parfois
difficiles à bâtir, comme les coins de rue, trouvent aujourd’hui
acquéreur et, manifestement, il y a même un engouement pour ça.
Dans le prolongement du PRD, le plan régional de développement,
Berchem a établi un plan communal de développement et est actuellement
la seule commune de la Région de Bruxelles-Capitale à avoir terminé complètement
son plan communal de développement (P.C.D.) et à l’utiliser
comme outil de gestion quotidien les jours. Cela nous permet d’évaluer
les perspectives de développement de la commune, d’étudier
de près notre tissu socio-économique et urbanistique, etc. Nous
disposons de divers terrains au centre de la commune et nous allons favoriser
l’implantation de logements moyens, ainsi que le remplissage des dents
creuses. Le plan communal de développement nous laisse entrevoir une
capacité de développement de 3.000 habitants en 10 ans, si on
le souhaite. A mon avis, il ne faut pas aller au-delà : on devrait alors
s’attaquer à des espaces qui ne sont pas destinés au logement
et on altèrerait l’intérêt d’habiter notre
commune.
Opladis : Il est évident que Berchem compte pas mal d’espaces verts.
C’est même ici que subsiste le dernier agriculteur bruxellois,
avec d’ailleurs un ministre pour lui tout seul (n.b. un ministre ayant
par ailleurs d’autres attributions que l’agriculture !)
Pour être tout à fait précis, ce monsieur est domicilié sur
Ganshoren, les terrains qu’il exploite sont sur le territoire de Berchem.
Malheureusement, il va cesser prochainement ses activités, ce qui pose
d’ailleurs problème en matière de gestion du grand site
du Zavelenberg, classé en partie et utilisé par ce fermier pour
le solde.
Opladis : Ce site champêtre est visible pour ceux qui entrent dans Bruxelles
via l’Avenue Charles-Quint, sur la droite après le croisement
avec la chaussée de Gand, juste en face du centre commercial Basilix.
Un vaste espace vert particulièrement vallonné.
C’est cela. Nous avons là effectivement des prairies avec des
vaches qui broutent paisiblement. Du surréalisme belge à la sauce
berchemoise, en quelque sorte !
Opladis : Et pas des vaches en polyester comme on en a vu cet été sur
les places et boulevards de la capitale !
Exactement. Ce sont de vraies vaches. Vous savez, le maintien d’espaces
verts, d’espaces de respiration participe au bon équilibre du
tissu urbain. Personnellement, je suis fondamentalement convaincu que la qualité de
l’espace dans lequel on vit induit les comportements sociaux. Quand on
a un espace de bonne qualité, quand il y a de la verdure, quand c’est
agréable à vivre, ça déstresse le citoyen et ça
réduit les tensions relationnelles.
Opladis : A l’autre extrémité de la commune, signalons aussi
qu’il y a un bois, avec statut de petite réserve naturelle.
Effectivement, on a le petit bois du Wilder, jadis parc privé très
bien entretenu. A l’abandon, la nature y a repris ses droits. Finalement,
la commune l’a acquis. Maintenant, c’est devenu une entité régionale
sur laquelle nous avons l’œil. Nous y terminons d’ailleurs
la rénovation de deux fermettes avec l’aide de la Région,
dont l’une sera affectée au logement d’un gardien.
Opladis : Maintenant, parlons un peu de votre politique en direction des seniors
qui constituent un cinquième de la population. Que fait-on particulièrement
pour les seniors à Berchem-Sainte-Agathe ?
A presque cinquante ans et donc à une décennie du statut de senior,
je me sens certes de plus en plus interpellé par cette tranche de la
vie et je constate avec bonheur que le senior n’est plus ce qu’il était.
C’est désormais un senior jeune, très actif, qui accepte
l’étiquette senior, mais n’a pas envie de se promener avec
cette étiquette sur le dos en permanence.
Je pense que toute la vie culturelle et associative ouverte à l’ensemble
de la population, quelle que soit la tranche d’âge, permet aux
seniors de trouver partie de leur loisirs. Je pense notamment à nos
deux centres culturels très actifs, notamment le centre culturel francophone
Le Fourquet, qui a démarré très fort depuis 3 ou 4 ans.
Beaucoup d’activités organisées par ce Centre culturel
sont fréquentées par des seniors. Je pense aussi à un
club de promenade qui va souvent se balader dans le Pajotenland et dont les
membres sont essentiellement des seniors. Donc, à mon sens, le tissu
associatif et culturel berchemois, tel qu’on le soutient et tel qu’il
existe, répond déjà en grande partie aux attentes de nos
aînés.
Opladis : Et plus spécifiquement à destination des seniors, exclusivement
?
Tout d’abord, les grands classiques qu’on retrouve ailleurs : des
chèques-taxis pour se déplacer, l’excursion annuelle organisée
par la commune, les après-midis spectacles organisés par la commune
ou par les associations que nous subsidions, etc.
Il faut mentionner ensuite tous les services assumés par le CPAS. Nous
avons bien entendu un home, lieu que l’on fréquente désormais
pour l’essentiel après 80 ans, voire plus tard. Ce Home pour grands
seniors, nous allons devoir incessamment le rénover pour répondre
aux normes du fédéral et des Communautés, soit un gros
investissement de l’ordre de 200 millions de francs belges, à peu
près 5 millions d’euros. Nous disposons aussi d’une institution
fort appréciée, l’hôpital Albert Laurent, qui est
un hôpital dit de revalidation, c’est-à-dire de 2ème
ligne . Certes, il est en difficulté financière et, pour nous,
c’est un défi de maintenir ce service sans faire peser encore
davantage cette charge sur la commune.
Opladis : Le déficit chronique de cet hôpital a tout de même
provoqué quelques remous au sein de votre conseil communal !
Oui, tout à fait, parce que ce ne sont pas 100% de Berchemois qui le
fréquentent, les Berchemois y sont même minoritaires. Toutefois,
beaucoup de familles berchemoises font appel à cet hôpital pour
leurs parents, de manière à pouvoir les ramener plus près
de chez eux et à pouvoir s’en occuper plus facilement. C’est
donc un service que nous devons tenir à l’œil, car il est
vraiment utile. La seule chose est que nous devons trouver des solutions via
des partenariats pour le maintenir sans que cela ne pèse trop sur la
commune et ses finances.
Autre aspect de l’action de notre CPAS, c’est le centre de soins
de jour TOURNESOL, qui a été développé. Ce centre
demande toute notre attention parce que, là non plus, et c’est
un peu logique en terme de services publics, nous n’atteignons certainement
pas un seuil de rentabilité. On doit donc faire attention sur le plan
financier, mais il semble bien que, compte tenu du vieillissement de la population,
ce centre de jour, je dirais ce type de centre de soins, soit vraiment une
solution d’avenir. Plutôt que l’hospitalisation ou la semi-hospitalisation
ou encore l’admission en home, ce type de centre est une solution alternative
particulièrement intéressante.
Mentionnons aussi la présence d’un nombre significatif de homes
privés d’excellente qualité sur le territoire de la commune.
Opladis : Mentionnons aussi que la présence à Berchem, depuis l’entre-deux-guerres,
d’un institut régional pour handicapés de l’ouïe
ou de la vue a pour conséquence que le pourcentage de personnes sourdes-muettes
ou aveugles habitant Berchem est supérieur à la moyenne. Cela
suppose quand même une attention de la part des autorités communales
par rapport à ce public que l’on ne retrouve pas dans les mêmes
proportions sur d’autres communes ?
Exact. Pour les mal-voyants, nous avons par exemple veillé à équiper
les feux de signaux sonores dans les carrefours. Nous avons également
rendu les services communaux accessibles aux personnes à mobilité réduite
ou aménagé les trottoirs au niveau des passages pour piétons
afin qu’ils soient accessibles aux fauteuils roulants.
Opladis : Il n’y a donc que votre bureau, à l’extrémité d’une
volée d’escaliers, qui soit très peu accessible.
Mon bureau n’est pas accessible directement, malheureusement, pour les
personnes à mobilité réduite. Quand un de mes visiteurs
est dans cette situation, c’est moi qui me déplace et le reçoit
dans la salle de réunion contiguë à l’accueil.
Opladis : Dernier sujet abordé : les curiosités locales, les monuments à voir
dans votre commune. Je pense que, sur Berchem, hormis la Cité moderne
et les vaches déjà évoquées, on ne sait pas montrer
grand-chose du point de vue touristique.
Non, non effectivement, à part l’ancien cœur du village qui
a été préservé ou l’ancien hôpital
français, dont le bâtiment central a été sauvegardé et
récemment rénové. Berchem n’a pas de monuments prestigieux:
les monuments, ce sont les Berchemois !
Opladis : Nous vous remercions pour votre accueil et vous souhaitons bonne continuation,
Monsieur le Bourgmestre.
Une
interview réalisée le 25 novembre 2003 par
Memogrames sprl, pour compte de Opladis.