Nous vous le disions : au sein de l’UTAN, Paulin Duchesne est
incontournable.
Nous l’avons rencontré.
Opladis : Paulin Duchesne, vous êtes un homme
de proverbes et de mémoire et vous êtes particulièrement
attentif à ce que l'informatique peut apporter dans
le cadre des relations intergénérations. Pourquoi
?
Il faut vivre avec son temps. S’adapter à son époque.
Je cite souvent une anecdote de famille. Ma grand-mère,
née en 1861, est décédée l’année
de l’inauguration de l’expo de Bruxelles, en
1958. A sa naissance, le vélo n’existait pas.
Elle a connu deux guerres mondiales, a vu l’invention
de la télévision et le départ du Spoutnik,
en 1957. Mais le plus important, ce dont je me souviendrai
toujours, c’est qu’elle savait parler à ses
petits-enfants, leur raconter des histoires et qu’elle
est sans doute décédée quand elle n’avait
plus d’histoires à raconter parce que nous étions
devenus trop grands pour l'écouter.
Opladis : Constat
amer ?
Détrompez-vous ! C’est même le ressort
de mon action. Aujourd’hui, si les grands-parents
veulent intéresser leurs petits-enfants, ils doivent
continuer à parler le même langage qu’eux.
Et ce langage, c’est celui de l’ordinateur,
de l’informatique. C’est la raison pour laquelle
nous avons lancé un premier CD d’initiation à l’ordinateur
il y a trois ans. Il fut tiré, en collaboration avec
l’Agence Wallonne des Télécommunications, à 10.000
exemplaires. Ce fut un beau succès, mais nous avons
remis l’ouvrage sur le métier en ce début
d’année 2005 pour en proposer une version modernisée
(1).
Opladis : Quelle fut la réaction
des seniors ? Ils se sont écriés : « Comment ! ! Ce
n’est pas plus compliqué que ça ! » Eh
bien, non, ce n’est pas chinois de manier une souris
et de cliquer sur les thèmes qui vous intéressent.
Il y a même beaucoup de petits-enfants qui montrent à leurs
grands-parents la manière de faire. Résultat
: plusieurs de ces personnes ont acquis un ordinateur.
Opladis : Un de vos dadas,
c’est la gérontagogie.
Pourquoi ?
Elle est devenue, dans le contexte démographique
actuel, une nécessité. C’est une méthode
d’enseignement, une pédagogie appliquée
aux seniors.
Parce que les carrières professionnelles
sont de plus en plus courtes et nos vies de plus en plus
longues. Il faut donc que les personnes âgées
retournent périodiquement sur les bancs de l’école
pour garder un certain contact avec les réalités
de la vie.
Opladis : Vous êtes un homme de proverbes, à tel
point que vous avez publié deux livres (2) sur le
sujet. Fascination ?
Je vous répondrai par un adage arabe : Les proverbes
sont la lumière des mots. Ils sont également
pour moi un inépuisable fond de sagesse. Et ce qui
est très curieux, c’est que nombre d’entre
eux sont repris dans diverses langues, comme si ce fond
de sagesse était partagé par l’homme,
quelle que soit son origine, sa langue ou la couleur de
sa peau.
(1) Petits et grands, tous devant l’écran,
Premiers pas dans les TIC, un CD qui peut être obtenu
gratuitement à l'Agence Wallonne des Télécommunications
( Tél : 081/240.280). (2) A l’école des proverbes et La lumière des mots, les
deux volumes aux Editions namuroises.
(En vente à l'UTAN et en librairie : 19 € et 17 €).