EDOUARD
DESCAMPE DES MUTUALITES CHRETIENNES PROPOSE DE REORGANISER
LE MAF
Dans
son édito du journal 'En Marche' du 18 mars 2004 : Réorganiser
le Maximum à facturer [ 1/4/2004 ]
Source : édito dans le journal "En Marche"
du 18/03/2004
Il y a une dizaine d’années déjà
un système de franchise avait été installé
en assurance maladie. Le mécanisme en était
simple : pour bon nombre de personnes, les tickets modérateurs,
c’est-à-dire les montants qui restent à
payer après le remboursement de l’assurance maladie,
deviennent par accumulation des sommes parfois très
importantes. D’où l’idée de comptabiliser
pour chacun ces tickets modérateurs puis d’intervenir
en remboursant complètement dès que ceux-ci
dépassent un certain montant, un peu comme une assurance
qui rembourse un sinistre au-delà d’une franchise.
Bien sûr, les remboursements en général
doivent rester suffisants, mais ce système de franchise
aide ceux qui ont beaucoup de soins et qui ont donc besoin
d’être aidé davantage.
Avec le Ministre Vandenbroucke, sous la précédente
législature, le système a fortement évolué
: il a changé de nom et s’est appelé MAF,
Maximum A Facturer. Il s’est surtout fortement élargi
au point d’atteindre en 2003 une dépense qui
va approcher les 125 millions d’euros.
Plus de personnes sont concernées et plus de soins
sont comptabilisés. En effet, il comptabilise désormais
aussi les tickets modérateurs pour les médicaments
remboursés et les frais d’hôpital y compris
ce que les personnes hospitalisées doivent payer pour
les prothèses, implants ou matériel de synthèse
dont le remboursement n’est que partiel.
Le système s’est étendu aussi avec des
montants de franchise variables suivant le niveau de revenus.
Ceux qui appartiennent à un ménage dont les
revenus ne dépassent pas 13.956 euros par an ont une
franchise de 450 euros par an. A l’autre bout de l’échelle,
les ménages dont les revenus dépassent 56.600
euros par an ont une franchise annuelle de 2.500.euros.
Le système est devenu incroyablement complexe. Ainsi
quand on parle de ménage pour le système du
MAF, il ne s’agit pas du ménage mutualiste (titulaire
et personnes à charge), ni du ménage fiscal,
mais de personnes habitant sous le même toit.
Cela veut dire que les mutuelles sont tenues de globaliser
les tickets modérateurs de nombreuses personnes, souvent
même de plusieurs mutualités différentes.
Et je ne parle pas de la manière dont il faut alors
globaliser les revenus de ces personnes habitant sous le même
toit pour définir à partir de quel niveau de
franchise il faudra intervenir.
Ces complications, voulues par le précédent
Ministre des Affaires sociales, entraînent d’énormes
difficultés, mais aussi un manque de transparence très
important qui insécurise fortement ceux qui bénéficient
du MAF ou qui n’en bénéficient pas alors
qu’ils pensent entrer dans les conditions. Le système
est devenu très opaque dans son fonctionnement à
cause de cette complexité.
Double paiement
Récemment, un problème supplémentaire
s’est ajouté. Il est apparu, en effet, que des
personnes ayant dépassé leur franchise retouchaient
des remboursements via le MAF pour des montants qu’ils
n’avaient pas payés. Il s’agit essentiellement
de personnes qui ont souscrit et payé des assurances
hospitalisations complémentaires. Ces personnes reçoivent
leur facture d’hôpital, paient à l’hôpital
ce qui reste à leur charge puis se font rembourser
logiquement par leur assurance complémentaire souscrite.
Mais, s’ils ont dépassé le plafond de
leur franchise, ils reçoivent aussi un remboursement
du MAF pour des sommes qui leur ont déjà été
remboursées par leur assurance. Il ne s’agit
en rien d’une fraude car ils paient pour cette assurance
complémentaire, mais c’est une forme d’enrichissement
sans cause dans la mesure où une même somme est
remboursée deux fois. Nous avons estimé ces
doubles paiements à environ 12,8 millions d’euros
en un an. Ce n’est pas normal.
D’une façon plus générale, nous
pensons aussi que les évolutions de ce MAF et sa croissance
introduisent une forme de dérive dans l’assurance
maladie. Celle-ci, en effet, repose sur le principe d’une
assurance sociale: chacun souscrit et contribue en fonction
de ses revenus, et non des risques qu’il représente,
les interventions se font en fonction des besoins médicaux
et non des revenus des personnes. Avec le MAF actuel et les
remboursements différents suivant les revenus, le système
change de nature. Le Ministre Vandenbroucke n’hésitait
d’ailleurs pas à supprimer des remboursements
car, disait-il, le MAF était là pour intervenir.
Oui, mais en fonction des revenus, ce qui est contraire aux
principes des assurances sociales et s’apparente plus
à un système d’assistance sociale.
Nos propositions
Nous pensons qu’il faut réorganiser le MAF qui
peut et doit rester un dernier filet de sécurité.
Que proposons-nous ? Plusieurs choses dans le sens d’une
simplification :
• Abandonner la notion actuelle quasi impraticable de
famille habitant sous le même toit et la remplacer tout
simplement par la notion de titulaire et ses personnes à
charge ;
• Abandonner ce système d’échelle
comprenant 6 niveaux de revenus avec des montants de franchise
différents et des remboursements via le fisc deux ans
plus tard pour les catégories plus élevées.
Il serait beaucoup plus simple, comme nous l’avions
proposé autrefois, d’en revenir à deux
niveaux : un niveau pour les bénéficiaires du
remboursement préférentiel (BIM), les bénéficiaires
d’une allocation pour handicapé et pour les faibles
revenus. Pour ceux-là, le plafond de 450 euros par
an pourrait être conservé. Puis un autre niveau
unique valable pour tous les autres quels que soient leurs
revenus. La franchise serait à calculer en fonction
de l’impact financier possible. Il pourrait être
par exemple de 800 à 1.000 euros.
• Comme il n’y aurait plus d’échelle
de revenus, tout pourrait être géré au
niveau de la mutuelle, c’est-à-dire beaucoup
plus vite et sûrement qu’avec le système
de MAF fiscal qui intervient deux ans plus tard. On peut aussi
envisager que pour de grosses factures d’hospitalisation
le règlement du MAF se ferait directement de la mutuelle
à l’hôpital sans que le patient ait à
avancer les sommes pour se faire rembourser des mois, voire
des années plus tard. Les paiements cités ci-dessus
disparaîtraient puisque le montant du remboursement
MAF ne serait plus facturé au malade, mais payé
directement par sa mutualité dans le cadre du MAF.
Le MAF représente incontestablement un progrès
social, un filet de sécurité pour les malades
chroniques et malades graves surtout. Mais il ne faut pas
qu’il devienne un alibi pour des suppressions de remboursement.
Il faut aussi le réorganiser pour le rendre plus simple,
plus transparent et plus efficace.
Édouard Descampe
Secrétaire général
Mutualités Chrétiennes