Il est plutôt discret, le champion d’autrefois.
Ce n’est pas lui qui hante plateaux télé,
cocktails et autres cérémonies officielles.
Il a fait une exception début novembre par amitié.
Un superbe livre lui est consacré et il se devait
d’être présent lors de la présentation.
Devant son public et plus de 500 personnes venues de
partout.
La salle du Bloso d’Herentals est pleine à craquer.
Plus moyen de trouver une chaise. Sur le devant de la salle,
une estrade. Un présentateur retrace à la
tribune la carrière de Rik Van Looy. Assis à la
table de l’estrade, l’éditeur Michel
De Sutter, et l’auteur du livre, Roger De Maertelaere, écoutent
religieusement, comme la salle tout entière. Rik,
72 ans, assis sur l’estrade lui aussi, ne bronche
pas. Visage de granit, mais on devine que l’homme
n’est pas impassible.
Et quand il se lève
pour recevoir une ovation de la salle et la remercier,
chacun peut se rendre compte qu’il n’a pas
pris un gramme depuis 1970, date à laquelle il mettait
un terme à sa carrière de champion.
Le visage de l’Empereur d’Herentals s’est
creusé, les rides sont là. Mais l’esprit
de répartie est aussi vif et cinglant qu’autrefois.
Il se laisse une dernière fois interviewer – il
n’aime plus trop ça. Et quand on lui demande
s’il adore encore faire du vélo avec ses petits-enfants,
il réplique que oui, mais que le meilleur moment
est celui du bain, après l’effort. Un peu
plus tard, au lieu de répéter pour la 1.000
fois comment il a été champion de monde ou
remporté Paris-Roubaix et le Tour des Flandres,
il revient à ses débuts, humblement. Il conte
tout le mal qu’il a eu un jour de 1948, quand après
bien des réticences, son père avait accepté qu’il
participe à sa première course cycliste,
dans le petit village de Herenthout. Le résultat
? Cinq fois doublé par le peloton ! 62e et dernier
! Humilié, il ne veut plus remonter sur un vélo
de course.
Mais le garçon est tenace, têtu.
Un an plus tard – un an de gamberge -, il remet ça.
Cette fois, cela se passe mieux. Il termine 3e. Puis remporte
sa première course. Le début d’une
fabuleuse carrière – jamais personne n’a
remporté comme lui toutes les classiques du calendrier,
Bordeaux-Paris ne pouvant être retenu à cause
de la spécificité aléatoire de ce
marathon de la route, qui du reste n’existe plus.
Le livre Rik Van Looy, Monument pour un Empereur, retrace
par le texte et par l’image les délicieux
moments de nostalgie d’un carrière qui a enflammé les
Belges de 1956 (première victoire dans Paris-Bruxelles) à 1970.
Et tant pis si l’auteur veut nous démontrer
coûte que coûte que Van Looy eût pu remporter
de grands tours, comme le Giro ou le Tour de France. Un
simple coup d’œil à la physionomie du
champion suffit à comprendre que les cols, ce n’était
pas sa tasse de thé, même s’il pouvait
atteindre, dans n’importe quelle discipline du vélo,
un niveau très satisfaisant.
En s’attachant à la
célèbre Garde Rouge, en explicitant les grands
moments de la carrière de Van Looy et les rivalités
qui l’ont jalonnée, Roger De Maertelaere
recrée toute une époque, celles des Van Steenbergen,
Post, De Bruyne, Anquetil et autre Poulidor.
Qui ne voient
pas arriver d’un bon oeil un certain Eddy Merckx.
Texte et photos : Marc Welsch
Rens. Editions de Eecloonaar, tél. 09 377 11 82
et www.eecloonaar.be