Petite
question à l'attention des sportifs: le massage améliore-t-il
la performance physique et facilite-t-il la récupération
musculaire?
Avant et après l'effort, un grand nombre de sportifs
abandonnent volontiers leurs jambes, leurs bras et leur cou
aux mains des masseurs.
La plupart témoigneront alors
mordicus que cela leur procure un bien fou et que c'est même
indispensable à la performance! Et pourtant, le massage
fait difficilement la preuve de sa pertinence sur le plan
scientifique. Est-il utile avant l'effort?
Pierre Portero,
maître de conférences à l'université de
Paris XII et chercheur au Centre d'explorations fonctionnelles
neuromusculaires de l'Institut de myologie à Paris,
se montre réservé. Sur le plan physiologique,
le seul intérêt du massage avant une compétition
serait d'élever très légèrement
la température musculaire. Mais cela ne suffit pas!
Aucun
massage –même vigoureux!- ne dispense
de se prêter à un véritable échauffement
sous la forme d'un exercice physique modéré pendant
au moins 20 minutes. Le détour par les mains du masseur
serait donc purement une question de rituel qui sous-tend
la préparation mentale de chaque athlète. S'y
dévoilent d'ailleurs deux profils de sportifs très
différents: celui qui éprouve le besoin d'être
constamment secoué et trituré et celui qui évite
au contraire de faire l'objet de trop d'attentions pour ne
pas perturber sa gestion du stress.
Pétrissage anti-acide Dans la sphère de la récupération,
le massage est censé remplir une double fonction:
contribuer à l'élimination de la fatigue musculaire
et empêcher la survenue de courbatures. Répond-il
aux espoirs placés en lui? Pas sûr.
Il a beau
avoir une tradition millénaire, peu d'études
scientifiques prouvent son efficacité. En tous cas,
il faut abandonner cette idée simpliste qu'en massant
le muscle, on lui permet de se débarrasser de son
acide lactique. Beaucoup d'athlètes considèrent, à tort,
ce composé comme responsable de tous leurs maux. La
fatigue musculaire trouve son origine dans une multitude
de facteurs dont beaucoup sont encore mal connus. Mais cela
n'a rien à voir avec l'accumulation transitoire d'un
composé dont on peut éventuellement se servir
pour évaluer l'intensité d'exercice, mais certainement
pas pour lui faire porter le chapeau de tous les symptômes
de l'épuisement.
Certes, il est possible que les stimuli
mécaniques
du massage induisent des réponses physiologiques bénéfiques.
Mais cela varie selon les individus et, de toute façon,
on ne doit s'attendre à aucun miracle. Un muscle fatigué reste
fatigué même après être passé dans
les mains du masseur.
Et contre les jambes de bois? Le rôle éventuel du massage dans la prévention
des courbatures a également fait couler beaucoup d'encre.
Rappelons que la courbature résulte d'une accumulation
de microlésions au niveau des fibres musculaires.
S'ensuivent une inflammation liée au nettoyage des
débris cellulaires et un œdème. Ce dernier
met les tissus sous tension et génère ainsi
une douleur qui atteint habituellement son apogée
entre 24 et 48 heures après la fin de l'exercice physique.
"
Une croyance très répandue dans les
milieux sportifs est que les courbatures sont dues à l'acide
lactique", reprend Pierre Portero. "Ça n'a
aucun sens, puisque celui-ci est éliminé en
deux heures au maximum. Or, après une balade en montagne
le dimanche, c'est le mardi qu'on a mal aux jambes!".
Et dans ces conditions, il apparaît qu'aucun massage
ne peut empêcher la survenue des courbatures ou les
faire disparaître lorsqu'elles sont engagées.
En revanche, il produit souvent un sensation de bien-être
et cela suffit à en justifier la pratique.
En résumé, le massage vaut surtout pour son
action psycho-relaxante. On disait du coureur italien Claudio
Chiapucci qu'il suffisait que son masseur russe lui pose
les mains sur le visage pour qu'il s'endorme aussitôt!
Dans ces conditions, il semble relativement vain de chercher
une explication physiologique à ses bienfaits alors
que l'essentiel de son action dépend de la qualité d'un échange
non verbal (pour une fois!) entre l'athlète et son
masseur.