La symbolique du cygne noir
est souvent mal perçue ou incomprise
du grand public. Pourquoi cette ignorance
? Où cette symbolique trouve-t-elle
son origine ? Qui en a parlé le
premier ?
La rareté du cygne noir est proverbiale.
Si nous percevons mal sa signification
symbolique, c’est avant tout parce
que les philosophes s’en sont emparés
et que ces penseurs ne sont pas toujours
clairs dans leurs propos et écrits.
La théorie en elle-même
n’est pourtant pas si difficile à comprendre
et peut se résumer assez aisément.
Le caractère rare du cygne noir
avait déjà inspiré le
philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804).
Quand il fait référence
aux secrets partagés entre amis,
le partage des pensées les plus
secrètes allant bien au-delà de
la simple communauté d'impressions,
il évoque le cygne noir. Le Français
Jacques Derrida est revenu sur le sujet
récemment. Pour lui, la dimension
du secret est reliée au thème
du mystérieux et introuvable cygne
noir qui incarne l'ami idéal.
Mais pourquoi pas le cygne blanc, me
direz-vous.
Tout simplement parce que
le noir symbolise l’invisibilité et
que l’amitié ne se décerne
pas à l’œil nu. Il
représenterait donc une idée
rationnelle et une disposition aimante.
Cette amitié, dans son caractère
pragmatique, ne se contenterait pas de
souhaiter le bien et l'égalité des
hommes, elle se présenterait comme
le respect ou la défense de cette
idée d'égalité.
Il existe donc une double notion : idéale,
rare et invisible d’une part ;
concrète et vécue d’autre
part.
Ces explications de type philosophique
sont à prendre au sens strict.
Dans un sens plus large, les journalistes
parleront par exemple de cygne noir pour
relever le caractère exceptionnel
et rare d’une personnalité hors
du commun. Exemple : lors du décès
de l’acteur Anthony Quinn en 2001,
l’Humanité titrait : Mort
du " cygne noir ".
Mais ce
sont évidemment toujours les écrivains
et philosophes qui ont le plus disserté sur
ce sombre animal. Le dernier en date
est le Libanais Nassim Taleb, philosophe
des sciences, mathématicien et
statisticien. Il applique la théorie
du cygne noir aux grands événements
de l’Histoire.
Elle consiste à prétendre
que les horreurs que nous subissons sur
cette terre n’ont lieu qu’une
seule et unique fois. Exemples : la Grande
Guerre, la Seconde Guerre mondiale, le
11 septembre à New York. Pour être
tout à fait précis, il
distingue deux sortes de cygnes noirs
: les bénins et les vicieux. Les
bénins sont des catastrophes écologiques
(tornades, tsunamis, tremblements de
terre…), les vicieux paraissent
prévisibles mais ne le sont pas
car les hommes en sont responsables.
Et de conclure : « Je suis certain
que personne ne va attaquer New York
une deuxième fois. »
Enfin une bonne nouvelle !