Le
devenir post-mortem de nos animaux de compagnie et la
question de leur succession.
Nous
abordions le mois passé l’apport des technologies médicales
modernes appliquées à nos amis les animaux, soit des progrès
qui leur assurent à eux aussi une meilleure espérance de vie.
Toutefois, comme pour nous, vient immanquablement l'échéance
finale, un moment douloureux, parfois, pour la bête... [ 4/5/2004
Opladis: Mais vous êtes là pour effectivement faciliter ce passage, et il y a moins de discussions quant aux droits à l'euthanasie que pour nous-mêmes. Le moment où l’on perd son animal de compagnie est douloureux aussi pour le maître. Et une question se pose : que faut-il faire lorsque l'on perd son compagnon à quatre pattes?
Docteur Liétar : La cause de la mort de l'animal est multiple : tantôt son âge, tantôt la maladie, ou encore un accident ou, parfois, une nécessité suite à un problème grave. L’avantage qu’ils ont sur nous, comme vous le disiez, c'est qu’on peut décider pour eux d’abréger la souffrance.
Se pose le problème qu'à partir du moment où l'animal est mort, nous sommes confrontés à l'élimination du cadavre. Le cadavre en lui-même, jadis, c'était classique, tout le monde avait une maison avec jardin dans la campagne ou en province. On enterrait son petit animal dans un coin du jardin. Mais malheureusement les civilisations évoluant et les modes de logement des gens et des villes ont fortement changé, ce qui fait que l'enterrement privé est complètement interdit par la loi belge pour les risques de contamination de maladies, pour des raisons sanitaires, de pollutions d'eau et de terrains. Donc, à l'heure actuelle, nous ne pouvons plus légalement enterrer nous-mêmes notre animal à l'endroit où l’on veut.
Opladis: La solution légale classique, c'est l'équarrissage. Mais, je dirais, savoir que son animal va être transformé en engrais à l'abattoir municipal n'est pas une chose très agréable.
Docteur Liétar :Effectivement, la filière «déchets d'abattoir », soit tout ce qui était déchets d’animaux, y compris cadavres d’animaux de rente ou d'animaux domestiques, a été longtemps privilégiée . C'était détruit par brûlage avec récupération de cendres pour l'usage du phosphore, du potassium, de tout ce qu'on peut trouver dans les cendres. Notamment pour les engrais.
Mais, compte tenu de la place qu’un brave toutou a occupé dans la maison et dans le cœur de ses maîtres, savoir qu’il va terminer en engrais sur une prairie est psychologiquement difficile à accepter pour beaucoup de personnes. Donc, on a mis en place des solutions intermédiaires consistant à normalement les faire brûler en groupes d'animaux de compagnie ou même les faire brûler en incinération privée. Dans ce dernier cas, vous pouvez même récupérer les cendres de votre animal dans une urne que vous pouvez garder chez vous ou enterrer dans votre jardin, par exemple, en toute légalité cette fois.
Et si vous n’optez pas pour l’incinération, Il existe aussi encore quelques cimetières pour animaux en Belgique, détenus par des sociétés protectrices, où là les inhumations sont encore tolérées par la législation.
Opladis: Question prix, est-ce qu'une concession dans un cimetière vétérinaire n'est pas d'un coût plus élevé que l'incinération?
Docteur Liétar : Il est un fait certain qu'une incinération a un prix de départ qui généralement n'est pas tellement élevé. Si on veut récupérer les cendres, c'est un brûlage individuel, donc c'est plus cher. Et il va de soi qu'on ne va pas vous rendre les cendres comme cela dans votre main. Donc on vous propose différents modèles de boîtes ou d'urnes qui sont évidemment payantes aussi, avec des prix variables selon le modèle.
Pour un enterrement classique dans les cimetières dépendant des sociétés protectrices, vous devez louer votre concession. Et là, au bout d'un certain temps, vous devez repayer votre annualité d'emplacement. Sinon on enterre un autre animal à cette place-là. Si vous voulez garder longtemps votre emplacement, cela constitue, l’instar d’une concession dans un cimetière pour humains, une rente excessivement onéreuse à longue terme. L’incinération semble donc la meilleure solution actuellement.
Opladis: Quel est le processus à suivre si on perd son animal pour effectivement lui accorder cette solution de la crémation privée?
Docteur Liétar : Il y a trois solutions :
- s'adresser à un des services de sociétés protectrices la plus proche ou la plus connue par vous, qui eux vont vous guider soit sur leur service de transport personnel, soit sur un service de transport privé agréé ;
- contacter directement un des crématoriums du pays, lequel vous proposera que vous ameniez l'animal sur rendez-vous ou qu'eux vous délèguent quelqu'un pour venir chercher l'animal à votre domicile. Il est même possible, dans certaines crémations d'animaux en privé, de pouvoir assister à la crémation, tout à fait comme cela se fait pour les êtres humains.
- Maintenant, le meilleur système et le plus pratiqué car le plus simple, c'est de contacter votre vétérinaire. Il vous donnera la démarche à suivre et vous conseillera les gens à contacter. Il pourra notamment vous aiguiller quant aux divers tarifs pratiqués.
Opladis: Il y a bien évidemment le décès accidentel, mais lorsque le propriétaire est amené à décider de l'euthanasie de son animal, personnellement, par rapport à la gestion de deuil du propriétaire, par rapport au sentiment de culpabilité qu’il éprouve à devoir décider de retirer la vie à son animal préféré, comment procédez-vous?
Docteur Liétar : Généralement, étant donné le choc psychologique que représente l'euthanasie de l'animal, que ce soit au domicile du propriétaire ou dans mon cabinet, je propose au propriétaire de garder moi-même le corps, de façon à ce qu'il ne se trouve pas là, en face du cadavre de son compagnon de tous les jours, chez eux, pendant des heures, voire des jours dans certains cas. Je préfère moi que l'animal soit hors du domicile de son maître à partir du moment où il est décédé – quelle que soit la cause de la mort – parce que c'est déjà assez pénible de l'avoir perdu, sans encore devoir être confronté à sa dépouille.
Et là, en fonction de ce que le propriétaire a décidé, et de la société qui doit s'occuper de la crémation ou de l'enfouissement, je prends contact et m'arrange avec eux de façon à libérer mes clients de ce tracas.
Opladis: Une dernière question à propos de cette situation délicate : que faut-il faire pour dépasser ce deuil, faut-il dans les jours qui suivent déjà, chercher un nouveau compagnon, visiter un refuge, s'adresser déjà à un éleveur ou faut-il laisser passer plusieurs semaines, plusieurs mois avant d'envisager l’acquisition d’un nouveau compagnon?
Docteur Liétar : A ce propos, on peut se lancer dans une polémique pas évidente. Remplacer directement sur un coup de tête n'est pas nécessairement une solution judicieuse : on risque, en agissant aussi directement, d'en vouloir à l'animal de remplacement de ne pas être aussi parfait que le disparu, dont on a tendance à gommer tous les défauts, pour ne se remémorer que les qualités et les bons moments qu’il nous a procurés.
Mais si un maître sombre dans la déprime parce que son animal n'est plus là, et parfois même pourrait développer des idées de suicide parce qu'il se sent tout à fait seul, l'urgence d'un nouveau compagnon est évidente. Un cas n'est pas l'autre. Si la personne qui a perdu son animal est une personne seule et isolée, il est certain qu'elle n'aura pas le réconfort de son entourage pour surmonter les émotions, pour éviter le cafard… Donc, ce sera préférable de remplacer plus vite.
De même pour la question de reprendre ou non un animal. J'entends couramment des gens qui me disent "On n'en reprendra pas parce que c'est trop douloureux, c'est trop ci, c'est trop cela." On leur propose un chat ou un chien ou un autre animal pour qu'ils aient une présence et c’est un refus catégorique. Et puis, subitement, un ou deux mois après, ils reviennent avec un autre animal qu'ils ont trouvé malheureux – "Oh le pauvre malheureux" – et c'est leur nouveau dieu et ils redémarrent pour une nouvelle vie ensemble.
Opladis: Un problème à gérer chacun à sa manière et, en tout cas, pour dépasser le chagrin que l'on a, adopter un nouvel animal n'étant pas oublier le précédent, n'est-ce pas?
Docteur Liétar : Il est exact qu'adopter un nouveau n'est pas synonyme d’oubli ou de trahison de la mémoire de son animal précédent. Pour éviter mauvaise conscience et penchant à toujours comparer, je suggère volontiers de changer de race. A un client qui vient de perdre un caniche noir, je déconseille de reprendre directement un caniche noir, parce que leur nouveau caniche noir ne sera jamais l'autre caniche noir. Alors, à la limite, je leur suggère : "Vous avez eu un caniche, prenez un berger allemand ou prenez un malinois ou n'importe quoi qui ne lui ressemble pas du tout." Pas la même couleur, ni le même modèle, et donc pas le même caractère. Cela simplifie le problème des comparaisons, parce qu'il n'y a plus beaucoup de points de comparaison.
Opladis: Je vais vous contrarier Docteur. J'en suis à mon troisième boxer, toujours des bringés et que nous avons été chercher très rapidement après la perte du précédent.
Docteur Liétar : Je suis d'accord, c'est comme dans les voitures. Il y en a qui ne jurent que par Lada et d'autres par Lamborghini. Cela, c'est toujours une question de goût, d'habitude et aussi de tempérament. Et ce n’est pas un mauvais choix dès lors que vous recherchez les caractéristiques générales de la race et pas une copie conforme de l’animal disparu.
J'ai connu une dame qui ne s'était pas remise de la mort de son chien. Elle a eu une grosse dépression et s'est promenée pendant des mois avec le collier de son chien autour du cou. Un beau jour, elle m'a téléphoné :
- Yves, j'ai quand même fini par craquer, j'ai repris.
- Vous avez repris un chien?"
– Non, non, non. J'ai été dans une société protectrice par hasard à une journée portes ouvertes, j'en ai vu qui étaient malheureux dans une cage, et finalement j'en ai pris deux qui étaient ensemble parce qu'il y avait trois mois qu'ils étaient en cage. Quand j'étais au comptoir, quelqu'un amenait un chien abandonné, un peu du même style. Il a joué directement avec les deux autres et je l'ai pris aussi. Ainsi, maintenant j'en ai trois, donc je ne vais plus m'y attacher.
-Ah, Madame, on verra. Je n'en suis pas si sûr que vous."
Et effectivement elle est trois fois plus tracassée qu'avant parce que, plutôt qu'une fois un poil de travers sur son chien, elle est là trois fois plus souvent, parce que c'est chacun leur tour à avoir un poil de travers.
Opladis: Mais elle reçoit trois fois plus d'amour.
Docteur Liétar : Ah c'est certain. Trois fois plus
d'amour et puis elle a fait trois petits miracles, quoi.
Rubrique conçue et réalisée par notre partenaire Memogrames, concessionnaire
belge des Mémoiries, avec la collaboration du Docteur Yves LIETAR,
vétérinaire à Anderlecht.