Nous
avons retrouvé le Docteur Yves LIETAR dans son cabinet d’Anderlecht
alors que la neige recouvrait le pays.
Et ce sont donc naturellement
ces conditions climatiques hivernales et leurs conséquences
sur la vie de nos animaux domestiques qui ont constitué le sujet
de notre entretien de janvier... [ 8/1/2004 ]
Opladis : Bonjour Docteur, nous voici en janvier, la saison où le froid et la neige vont compliquer la vie de nos compagnons. Quelles précautions faut-il prendre, par exemple, pour la promenade quotidienne, lorsque la neige recouvre nos rues et nos parcs ?
Docteur Liétar : Le froid, la neige et le verglas ne posent en eux-mêmes pas de gros problèmes. Par contre, dans ces conditions, routes et accotements sont bien nourris en sel, ce qui peut provoquer des brûlures au niveau des pattes. Pour ces petites blessures, il peut y avoir des complications à cause des petites saletés et du sel qui viennent se mettre dans les plaies. Les coussinets sont quand même fort sensibles! On peut notamment avoir des problèmes sur des chiens à poils longs : la neige se met dans les poils et entre les doigts , provoquant la formation de cristaux de glace entre les doigts pouvant occasionner des blessures ou des complications
Opladis : Iriez-vous jusqu’à nous conseiller d’acheter des petites chaussures en caoutchouc pour nos compagnons ?
Docteur Liétar : Cela se trouve en magasin : tant mieux pour ceux qui les vendent, mais ce n’est pas tellement naturel comme solution. Le mieux, quand on sort dans des endroits où il y a beaucoup de sel, c’est de bien rincer les pattes au retour. Avec la neige, dans laquelle ils auront tendance à se rouler, ils seront mouillés : au retour, il convient de bien les essuyer pour qu’ils ne prennent pas froid et qu’ils n’aient pas de problèmes respiratoires, suite au chaud et froid et à l’humidité. Cela dit, en règle générale, à l’issue d’une promenade, il n’y a pas beaucoup de problèmes. Maintenant, c’est plus gênant si le chien ou le chat s’échappe et reste quelques jours dehors dans la neige, le froid. Quand il rentre au bercail, il faut nettoyer les pattes à l’huile et c’est compliqué avec le sel et les lésions qu’il aurait déjà. Une visite chez le vétérinaire s’imposera même naturellement.
Opladis : Et les petits manteaux qu’on voit fleurir en cette saison ? Cela donne-t-il seulement chaud au maître ou est-ce une nécessité pour certaines races ?
Docteur Liétar : En principe, des petits manteaux, dans la nature, ne sont pas prévus comme accessoires. Normalement, l’animal n’en a pas besoin. Mais l’animal contemporain est tenu au chaud, à l’intérieur, ce qui n’était pas programmé non plus dans la nature. Donc, on essaie de compenser cet excès de chaleur qu’on leur donne à l’intérieur en coupant un peu le coup de froid à la sortie. On voit aussi un autre phénomène : tout chien est prévu avec sa couche de graisse et son pelage, en fonction de sa race. Quand on rase un chien à poil long, l’animal de correspond plus au modèle de base dans sa construction. Son isolation thermique est altérée et ses réactions ne sont plus normales. Cela pose problème, vu qu’on a enlevé une des couches d’isolation.
Opladis : Donc, pour le caniche qui sort de la tonte, le manteau se justifie, puisqu’il supplée la protection thermique naturelle dont on vient de le priver ?
Docteur Liétar : Oui, si on ne l’avait pas tondu, il ne faudrait pas de manteau non plus. C’est une question de choix de vie.
Opladis : Lorsqu’il fait froid et notamment lorsqu’il gèle, faut-il limiter les durées des promenades ?
Docteur Liétar : Pas nécessairement parce qu’en promenade, le chien est en mouvement et en action, et donc, la musculature travaille et le tient chaud. C’est plutôt l’immobilisation qu’il faut éviter. Par exemple, laisser un chien dans une voiture pendant plusieurs heures où il ne sait pas bouger, pas se retourner parce que son espace est réduit, là il va prendre beaucoup plus froid qu’en promenade.
Opladis : Et au niveau alimentaire en cette saison ? Des dispositions particulières à prendre ?
Docteur Liétar : Oui, si ce sont des chiens d’extérieur, qui sont en niche ou des chiens qui travaillent en gardiennage ou en chasse, ils auront besoin d’un apport calorique beaucoup plus fort, d’une nourriture plus riche parce qu’ils vont devoir dépenser pour leur propre chauffage. Un chien qui est dans un salon ne doit pas nécessairement manger plus vu que, là, on va régler le thermostat du radiateur. Le chien ne va pas produire sa propre chaleur pour se réchauffer. Il va consommer presque la même quantité qu’en été. Seul un chien à l’extérieur va consommer plus de calories et devra donc compensez par une nourriture renforcée.
Opladis : Et pour nos compagnons à plumes ?
Docteur Liétar : Pour nos compagnons à plumes, c’est à peu près la même chose, il n’y a pas beaucoup de différence à faire. Pour ceux qui sont à l’extérieur, il faut une nourriture plus riche, car ils doivent se chauffer avec leur graisse.
Opladis :Et pour ce qui est des oiseaux du ciel ?
Docteur Liétar : Les oiseaux du ciel ne font pas exception. Ils ont difficile à trouver la nourriture s’il neige parce que tout est caché. Donc, il faudra essayer de les aider. Si on les aide, il faut le faire de façon judicieuse en donnant une nourriture quand même plus ou moins appropriée au genre d’oiseau qui vient dans votre secteur. Et surtout, ne pas donner à manger aux oiseaux à proximité d’un muret ou sur celui-ci : c’est un accès trop facile pour les chats et ce ne serait plus un service que vous rendriez aux volatiles… Préférez une mangeoire suspendue ou des endroits relativement protégés vis-à-vis des prédateurs qui, eux-mêmes en cette période-là, sont plus en quête de nourriture.
Je pense aussi aux canards et autres oiseaux qui vivent au bord de l’eau. Ne jamais les nourrir directement sur la glace ou au-dessus de l’eau parce que cette nourriture que vous donnez, si elle n’est pas complètement prise, va finir dans l’eau. Et en milieu aquatique, nous allons avoir les phénomènes de pourriture et de fermentation de ces aliments. Dès les premières chaleurs, des résidus alimentaires vont fermenter et nous aurons des intoxications de l’eau, toxiques pour les oiseaux qui y vont et pour les poissons.
Opladis : Vous parlez des poissons. De plus en plus de Belges ont aménagé une petite marre dans leur jardin et y accueillent des poissons, qui pour le moment sont en pleine hibernation. Quelles dispositions prendre autour de l’étang ?
Docteur Liétar : Généralement, les étangs ne sont pas chauffés parce que, techniquement, c’est faisable mais, financièrement, ce n’est pas évident. Donc, en général, on ne chauffe pas les étangs extérieurs. Le problème est de connaître la profondeur. Si celle-ci est suffisamment importante, l’eau reste relativement tiède à basse profondeur et la glace ne se forme qu’en surface. Si le bac est vraiment trop peu de profondeur, il faut sortir les poissons avant que la glace n’occupe l’ensemble du volume de la pièce d’eau. En général, les bacs sont conçus pour ne pas geler entièrement (n.d.l.r. : avec 80 à 100 cm de profondeur au minimum, il n’y a pas grand-chose à craindre) , mais il faut aussi avoir à l’esprit que vos poissons ont besoin d’oxygène sous la couche de glace. Pour des surfaces importantes, souvent, on fait appel à des ballots de paille qu’on met à la verticale dans l’eau de manière à ce qu’il y ait un échange d’air entre l’extérieur et l’eau liquide qui est sous de la glace. Mais pour des surfaces moindres, on peut utiliser le système de pompe à air pour oxygéner le fond. Mais de toute façon, il faut des trous dans la glaces pour que les bulles d’air envoyées dans l’eau puisse traverser la couche thermique. L’eau chaude d’une bouilloire fera le nécessaire, mais on s’abstiendra de casser la glace. Les ouïes de vos poissons n’apprécieraient guère !
Opladis : Et si la pièce d’eau est équipée d’une pompe, on l’arrête en hiver ou on la laisse tourner afin de provoquer au moins un redoux ?
Docteur Liétar : Les deux solutions sont envisageables, mais si l’on arrête la pompe, il faut la sortir : ce sera l’occasion de l’entretenir. A l’arrêt sous l’eau, elle risque de ne pas résister aux fluctuations de température, notamment s’il gèle, et de ne pas redémarrer au printemps. Par contre, les laisser tourner pour obtenir un certain mouvement, n’est pas un problème. A chacun sa solution.
Opladis
: Je vous remercie, Docteur, et je vous donne déjà rendez-vous pour notre
rubrique du mois de février, en espérant la météo sera déjà plus clémente à ce
moment-là. A bientôt sur Opladis.
Docteur Liétar : Merci et au plaisir de vous retrouver pour notre prochaine chronique d’Ani-Senior.
Rubrique conçue et réalisée par notre partenaire Memogrames, concessionnaire
belge des Mémoiries, avec la collaboration du Docteur Yves LIETAR,
vétérinaire à Anderlecht