Il
peut arriver qu’enfants et petits-enfants décident d’une surprise
à leurs seniors, en leur offrant un compagnon. Est-ce un choix
opportun ...?
Docteur Liétar : Absolument. Vous savez, je connais
des médecins qui ont « prescrit » un petit compagnon pour
des personnes âgées, recommandant aux familles d’offrir au
plus vite un animal lorsque, par exemple, le senior se retrouve
seul après le décès du conjoint. Souvent, le veuvage et la
solitude qui l’accompagne sont sources de dépression : la
personne veuve ne mange plus, se laisse aller, vit mal sa
solitude de tous les instants et déprime. Dans ce contexte,
un petit compagnon pourrait mettre une touche de vie dans
leur maison, ne fût-ce que par sa présence, son mouvement
et égayer un peu les journées qui paraissent désormais si
ternes.
Opladis : Vous croyez qu’un animal va engendrer
une telle animation dans la maison ?
Docteur Liétar : Bien sûr ! Une preuve radicale : généralement,
si l’on a un petit chat ou un petit chien ou même un oiseau
chez soi, on laisse généralement la radio ou la télévision
allumée pour que la petite bête ait une compagnie quand on
sort faire les courses. Quand on rentre, la radio ou la télévision
allumée, c’est déjà une maison en vie, l’animal qui vient
vous dire bonjour et c’est une présence ! Vous n’avez pas
l’impression de vous ennuyer dans votre fauteuil tout le restant
de votre vie parce que vous êtes désormais tout seul. Donc,
du point de vue psychologique, nous avons beaucoup d’arguments
qui plaident pour notre idée de cadeau.
Opladis : Mais il faudra tenir compte de l’état
de santé du senior dans le choix de l’animal, je présume.
Un chien n’est pas un chat et un canari n’a pas les mêmes
exigences que les deux premiers.
Docteur Liétar : Evidemment, il faut prendre en considération
le profil du senior, son état de santé notamment. Il est bien
évident qu’à une personne souffrant de vertiges ou de maux
de dos, pathologies dans lesquelles se pencher ou s’abaisser
sont à proscrire, on ne va offrir un chat dont la vie se déroule
essentiellement à ras du sol et pour lequel on va devoir se
pencher pour changer la litière. On ne va pas multiplier les
risques de perte d’équilibre ou de chute. Je proposerais plutôt
d’offrir alors un canari, dont la cage posée sur une table
ou un meuble sera aisément accessible à notre senior, pour
lui donner à boire ou à manger. Même ce canari, c’est une
présence : on doit s’en occuper ! Cela met quand même un peu
de vie dans la maison : on est obligé d’ouvrir les tentures
le matin, de laisser pénétrer la clarté du jour pour l’animal.
Autrement, on a tendance à s’enfermer dans un cocon tout sombre.
Et pour le moral, c’est déjà beaucoup.
Opladis : Si le choix se porte sur un chien,
les contraintes seront certes plus importantes que pour le
canari !
Docteur Liétar : Si l’on offre un chien, il faut voir
l’âge de la personne et sa mobilité, de même que l’environnement
dont bénéficiera l’animal. Si l’animal dispose d’une maison
avec jardin, on peut encore dire que les jours où la personne
est moins bien pour aller le promener, elle peut le laisser
sortir tout seul dans la propriété. A partir du moment où
c’est un animal qu’on doit sortir quotidiennement à la rue,
parce qu’on vit en appartement et qu’on ne dispose pas de
la terrasse d’un penthouse, il faut voir si quelqu’un peut
suppléer le maître et sortir l’animal les jours où la personne
âgée se trouvera dans l’incapacité de sortir à cause d’une
bronchite, d’une grippe ou autre petit bobo fréquent à cet
âge-là. Tout cela doit être pris en considération. Ne pas
non plus offrir un gros chien très nerveux à une personne
fragile des os, souffrant notamment d’ostéoporose, et que
le chien risque de faire tomber, avec tous les dégâts majeurs
que cela peut supposer.
Opladis : Sachant que l’éducation d’un chiot
est quand même une période problématique, n’est-il pas opportun
pour un cadeau aux seniors, d’opter pour l’adoption d’un animal
auprès d’un refuge.
Docteur Liétar : La réponse n’est pas facile et doit
être nuancée. L’animal en refuge, pourquoi est-il là ? Si
ses précédents maîtres l’ont abandonné parce qu’il mordait,
déchirait ou aboyait sans cesse, il pourrait ne pas être le
cadeau idéal pour le senior, mais un cadeau empoisonné. De
même s’il s’agit d’un chien fugueur, toujours prêt pour l’école
buissonnière. Par contre, le chien qui est là parce que son
maître est décédé et que les héritiers n’ont pas pu ou pas
voulu le prendre, voilà bien un compagnon que l’on pourra
adopter et offrir à un senior. Cet animal retrouvera un même
rythme de vie que précédemment et sera un bon compagnon. C’est
la situation idéale tant pour le chien que pour le senior,
mais ce profil de chien n’est pas toujours disponible quand
on se présente au refuge.
Opladis : Je présume
que les responsables de refuges ont une déontologie à respecter
quand on les interroge sur le passé de l’animal et par rapport
aux contraintes liées à l’âge de son potentiel futur propriétaire.
Docteur Liétar :Probablement, mais le problème est
ailleurs. Lorsqu’un chien a été confié au refuge parce que
son maître est décédé et que les enfants ont dit au responsable
: « mon beau-père est mort et nous n’en voulons pas parce
que nous partons en vacances plusieurs fois par an et qu’on
ne va pas se mettre à payer des pensions et de toute façon
on ne veut pas ce genre de chien. Si on doit en prendre un,
ce n’est pas cette race. », les choses sont limpides et l’adoption
peut être envisagée. Mais beaucoup de chiens sont arrivés
là sans passé connu : les gens qui abandonnent ne disent jamais
que l’acquisition de cet animal est une de leurs lubies passagères,
ni que le chien a accumulé les bêtises. En abandonnant, ils
savent bien que si le chien n’est pas adopté rapidement, il
sera piqué à moyen terme, d’autant qu’il y a encombrement
dans les refuges avec l’accroissement des abandons. Et, ayant
déjà mauvaise conscience, ils ne vont pas dresser un portrait
accablant de la bête. Opladis : Lorsque nous
envisagions le mois passé d’offrir un chiot aux enfants, votre
conseil était de ne pas faire ce cadeau par surprise mais
effectivement de choisir l’animal avec l’enfant. Le conseil
est-il le même pour les seniors ? Conseilleriez-vous d’emmener
bonne-maman, bon-papa, soit au chenil, soit au refuge pour
choisir son futur compagnon ?
Docteur Liétar : De toute façon, il faut d’abord en
parler à la personne concernée. Il ne s’agit pas d’arriver
à l’improviste avec un chien ou avec un chat en disant : «
le docteur a dit que c’est bien pour toi et j’ai même acheté
deux boîtes de nourriture et un panier. C’est ton cadeau et
comme cela, tu n’es plus tout seul et tu le promènes deux
fois par jour, une fois le matin et une fois le soir avant
d’aller dormir et puis tu l’éduques un peu, il est gentil,
il sera propre.» Ce n’est pas comme cela qu’on aborde le sujet,
il faut d’abord en parler avec la personne et dire qu’elle
sera moins seule si elle avait un petit compagnon.
Opladis : Si l’on n’a pas opté pour le canari,
un chien ou un chat ?
Docteur Liétar : Sauf goût contraire et dans la mesure
où le senior est valide, c’est mieux d’offrir un chien qu’un
chat. Avec un félin, capable de sortir seul quand bon lui
semble, la personne âgée n’aura aucune motivation à sortir
et aura envie de rester à l’intérieur avec son chat, ses boîtes
et son panier. La même personne devra sortir un petit chien,
devra sortir et va rencontrer d’autres personnes qui promènent
leur chien, va parler avec ces personnes, va lier connaissance
et se créer de nouvelles amitiés, uniquement à cause de l’animal
qui va servir de jonction. Machinalement, on promène son chien,
on voit quelqu’un d’autre promener son chien, les chiens se
parlent entre eux et les maîtres se parlent aussi. Disons
que cela aide aussi à garder une certaine communication avec
l’extérieur pour la personne âgée, prompte à se replier sur
elle-même.
Opladis : Lorsque le maître vient à être hospitalisé,
quelles dispositions prendre vis-à-vis du compagnon ?
Docteur Liétar : Hospitalisé, les problèmes sont toujours
les mêmes. L’hospitalisation du maître exclut qu’il prenne
son animal avec lui. En vacances, on choisit l’hôtel qui l’accepte.
Mais à l’hôpital, ce n’est pas possible : il y a alors trois
solutions. - l’animal est accueilli momentanément dans la
famille ou chez des amis ; - l’animal reste chez lui et un
voisin passe s’en occuper deux à trois fois par jour (un solution
acceptable si l’hospitalisation est de courte durée) ; - l’animal
est placé en pension.
Opladis : En cas d’hospitalisation, rappelons
d’ailleurs que, sous certaines conditions, les mutuelles peuvent
participer aux coûts de pension de l’animal.
Docteur Liétar : Exactement, mais il faut encore voir
quelle assurance on a prise. Ce n’est pas automatique, mais
cela existe effectivement. IL vaut mieux appeler la mutuelle
pour connaître les conditions imposées pour une telle participation
de leur part.
Opladis : Et lorsque l’état de santé du senior
nécessite un placement en maison de retraite, l’animal doit
obligatoirement donné ou abandonné ?
Docteur Liétar : Le problème est pire quand la personne
doit être placée dans un home ou une institution. Mais il
faut se renseigner. C’est loin d’être une pratique généralisée,
mais certaines maisons de retraite acceptent que leurs pensionnaires
soient accompagnés de leur animal domestique. Le moral du
senior confronté à ce bouleversement n’en reste alors que
meilleur. Mais ce n’est pas évident à gérer, on le comprend
aisément. Opladis : Donc, comme pour les enfants,
un animal à offrir aux seniors, c’est oui. Nous avons vu que
cela constituait même une thérapie de rupture avec la solitude.
Mais on n’impose pas un animal à un senior : on le lui propose,
on y réfléchit ensemble et on l’associe au choix de son nouveau
compagnon en toute connaissance de cause.
Docteur Liétar : Oui, l’animal ne doit pas être perçu
comme une corvée et une obligation. Quand on dit que c’est
un peu le traitement de la solitude, il ne faut pas comparer
cela à un traitement comme un suppositoire à administrer tous
les jours. C’est une compagnie, une joie de vivre. Donc, cela
doit être présenté comme un cadeau agréable et avec un excellent
contact entre l’animal et la personne seule. Ce n’est pas
une imposition, une corvée supplémentaire, seulement un plaisir
convenu et consenti.
Opladis : Je vous remercie Docteur et vous fixe
rendez-vous l’année prochaine, dès janvier. D’ici là, de bonnes
fêtes !
Docteur Liétar :De bonnes fêtes aussi et mes meilleurs
vœux à Opladis et à ses lecteurs ! A bientôt.
Rubrique conçue et réalisée par notre partenaire Memogrames, concessionnaire
belge des Mémoiries, avec la collaboration du Docteur Yves LIETAR,
vétérinaire à Anderlecht