Un
couple s’assure l’amitié d’une
vieille dame et capte son héritage. L’héritière
légitime se rebiffe. La justice met plus de deux ans à restituer
la partie visible de l’héritage détourné aux
ayants droits. Mais, cerise sur le gâteau, le Ministère
des Finances majore les droits de succession d’une
amende de 10 % pour déclaration tardive de la succession.
Bref, les Finances sanctionnent l’héritière
légitime d’avoir été initialement
flouée et d’avoir subi les lenteurs de la Justice. « Vous
pouvez introduire un recours », a suggéré le
fonctionnaire. Mais Jeanne doute à présent
de la justice. Pour tout recours, elle s’est confiée
au râleur d’Opladis.
Captation d’héritage : l’astucieuse
technique d’un employé de banque et de son épouse…
L’héritière, rétablie dans ses
droits par la Justice, est punie par les Finances.
Sa
vie durant, Sidonie a développé un talent
particulier à se disputer avec son entourage, essentiellement
pour des prétextes futiles et de mauvais aloi. Tantôt
elle se querelle avec sa belle-famille, tantôt avec
une voisine. Six mois plus tard, la voisine est à nouveau
la meilleure amie du monde et la belle-sœur est sa confidente
préférée, mais elle a rompu alors avec
son amie d’enfance et entretient des relations glaciales
avec sa fille. Etc…
Lorsque son mari tombe gravement malade, Sidonie accepte
de venir habiter Bruxelles, dans le même immeuble que
leur petit-fils, à un jet d’un grand hôpital.
Le couple loue alors sa maison en Brabant wallon. C’est
formidable. Au moindre problème, les petits-enfants
accourent, assurent les courses, règlent les petits
problèmes de la vie quotidienne. Mais l’idylle
familiale ne dure pas : Sidonie s’entête à contester
une somme que lui réclame légitimement la gérance
de l’immeuble (quelque cinq mille francs) et, puisque
son petit-fils assume la dite gérance, rompt brutalement
avec sa fille, son gendre, son petit-fils et son épouse
le lendemain de la naissance de son arrière-petite-fille.
Quelques mois plus tard, Sidonie et son mari retournent habiter
le Brabant wallon. Plusieurs années s’écoulent
: le mari décède et Sidonie n’en avertit
fille et petit-fils que quinze jours après les funérailles.
Le rapprochement avec les siens devient donc quasi impossible.
Sidonie, de toute façon, s’obstine à les
ignorer.
Désormais seule dans sa grande maison, elle est
approchée par une lointaine voisine qui se fait subrepticement
sa confidente et sa femme de ménage (en noir évidemment).
Marchant à présent avec des béquilles,
Sidonie décide finalement d’opter pour une maison
de retraite et met sa maison en vente, après accord
de sa fille - propriétaire pour moitié et en
nue propriété suite au décès
de son père - recueilli par l’intermédiaire
du notaire.
Sidonie est très influençable, encore plus
maintenant, à quatre-vingts ans, que durant toute
sa vie : un agent immobilier véreux la démarche à son
domicile, la persuade de ne plus vendre via le notaire, mais
par son intermédiaire. Elle signe finalement sous
la pression, mais se ravise quelques jours plus tard, comprenant
la supercherie dont elle est victime. Paniquée, elle
appelle sa fille au secours : « vous n’avez pas
signé le mandat à cette agence, n’est-ce
pas ? Ne le faites surtout pas. » Son petit-fils vient
de Bruxelles, lui trouve un avocat susceptible de la tirer
d’affaire, car l’agence immobilière peu
scrupuleuse réclame maintenant 200.000 francs belges
de dédommagement. Sidonie accepte dans un premier
temps, mais, le jour du rendez-vous, téléphone à son
petit-fils deux heures avant, pour lui signifier qu’elle
verra un autre avocat. Elle perdra en fin de compte son procès
car mal défendue.
Une fois en maison de retraite, sa
chère confidente
amplifie sa main mise : Sidonie confie au couple la gestion
de ses avoirs : l’homme, employé au siège
central d’une grande banque, ouvre simultanément
deux comptes, l’un au nom de Sidonie, avec procuration à leur
profit, l’autre à leur nom. Mais la simultanéité ne
fait pas de doute : les N° des comptes se suivent et
le titulaire du second est mandataire du premier. L’argent
de la vieille dame est transféré subito presto
sur le compte du couple, d’où régulièrement,
au prorata des besoins, des sommes seront transférées à nouveau
vers le compte de Sidonie, où arrive aussi désormais
sa pension. D’évidence, la vieille dame a été embobinée
par le couple : le fait que Monsieur X travaille au siège
central d’une grande banque en fait de facto le gestionnaire
indiqué de ses biens. C’est donc sans remords
qu’elle autorise la fermeture de tous ses comptes auprès
de la banque qu’elle et son mari avaient fréquentée
leur vie durant et consent au montage douteux des époux
X, qui l’encouragent dans sa rancœur contre les
siens et se positionnent en « enfants de substitution ».
Pendant deux ans, tous les frais de Sidonie sont ainsi réglés par le couple en question. Avec de multiples
transferts entre les deux comptes, sans que Sidonie ne doive
jamais rien signer : la procuration doublée de l’anonymat
des opérations bancaires réalisées via
Internet suffisent aux jongleries financières du couple.
Bien évidemment, les époux se rémunèrent
au passage pour ce « travail » non déclaré…
Lorsque Sidonie décède, ni les pompes funèbres
qu’elle a chargées de ses obsèques, ni
le couple infernal, ni la maison de retraite n’avertissent
la fille ou le petit-fils de la défunte. Elle aurait émis
le vœu que sa famille ne puisse assister à son
enterrement. (Mais personne ne pourra ultérieurement
exhiber une preuve écrite de telles volontés).
Pourtant, les responsables de la maison de retraite n’ignorent
pas les coordonnées de la fille et du petit-fils de
Sidonie : ce dernier a visité sa grand-mère à la
maison de retraite afin de recueillir diverses signatures
nécessaires dans le cadre de la vente de la maison
et a communiqué à cette occasion son adresse
et ses téléphones privé et professionnel
aux responsables de la résidence. Et quelques mois
avant que Sidonie ne décède, il est passé à nouveau
prendre de ses nouvelles, laissant une fois encore adresses
et téléphones indispensables à le contacter.
Le
petit-fils de Sidonie apprendra le décès
de sa grand-mère quinze jours après les obsèques,
par l’intermédiaire du notaire en charge de
ses affaires. Il se rend immédiatement à la
maison de retraite et s’étonne de n’avoir
pas été prévenu, au moins dès
le lendemain de l’enterrement, si telles étaient
vraiment les volontés de la défunte. Silence
gêné, puis affirmation mensongère selon
laquelle on n’avait pas les coordonnées de la
famille… Dans l’entre-temps, la chambre de Sidonie
a été vidée sans autre forme de procès
: ses meubles et ses objets personnels sont stockés
dans un garage, ouvert à tous vents, car entrée
des fournisseurs. Etrange : la télévision de
Sidonie, notamment, manque à l’appel, ainsi
que tous ses vêtements. Disparus aussi les extraits
de compte et autres documents administratifs accompagnant
chaque vie. La télévision, on ne sait pas… Les
vêtements, on les a donnés à d’autres
pensionnaires : de quel droit ? Les papiers : on ne l’aidait
pas à gérer ses affaires, c’est Madame
X, sa confidente, qui s’en occupait. Le petit-fils
embarque les quelques bibelots et petits meubles. Pour le
divan-lit et la belle garde-robe en chêne, il propose
au gestionnaire de la maison de retraite de contacter un
brocanteur et d’affecter la recette au personnel. Plus
tard, la maison de retraite lui réclamera d’importants
frais de remise en état et de déménagement,
représentant plusieurs journées de travail
de trois ouvriers : impensable, disproportionné et
en totale discordance avec les habitudes et la déontologie
de la profession…
Disposant à présent de l’adresse du
couple qui a placé sa grand-mère sous influence,
il s’y présente immédiatement, à l’improviste,
croit-il. Mais la dame n’a guère l’air
surprise, comme si un coup de téléphone en
provenance de la maison de retraite l’avait avertie
de son passage : aux questions du petit-fils quant à l’absence
d’extraits de compte, elle explique que sa grand-mère
les consultait, puis les déchirait immédiatement.
La mégère affirme aussi que Sidonie, devenue
soudainement très pieuse, a donné beaucoup
d’argent de la main à la main à des bonnes
sœurs, pour leurs œuvres.
Avec l’aide de leur notaire, la fille et le petit-fils
de Sidonie obtiennent des banques les relevés détaillés
des comptes de la défunte pour les dernières
années écoulées : l’analyse de
ceux-ci permettent de comprendre le mécanisme mis
en place par l’employé de banque et son épouse.
Avec ce mécanisme diabolique, l’essentiel des
avoirs financiers de Sidonie est toujours à leur nom
et le compte bancaire de la vieille dame, simple lieu de
transit des sommes nécessaires à régler
sa pension à la maison de retraite, ses soins médicaux
et autres menus frais, affiche un actif systématiquement
malingre.
L’avocat que les héritiers légitimes
de Sidonie contactent les dissuade d’une plainte contre
les époux X. Il propose plutôt la négociation
avec le confrère qu’ils ne manqueront pas de
consulter dès qu’ils recevront sa missive. Soit,
la police manquant de moyens, les enquêtes aboutissant
souvent à des classements sans suite, les héritiers
de Sidonie consentent à cette méthode alternative.
Mais les auteurs de la captation d’héritage
se persuadent de leur bon droit et refusent de restituer
ce qui ne leur appartient pas : l’affaire aboutit donc,
malgré tout, devant la justice. Et cela dure… longtemps,
très longtemps. Le couple diabolique utilise même
la diffamation comme moyen de défense : la pauvre
vieille a été abandonnée, sa fille est
une ingrate qui… tandis qu’eux-mêmes apparaissent
comme une ONG venant au secours du Tiers-monde. L’avocat
des héritiers légitimes dissuade pourtant ceux-ci
de se défendre sur ce terrain où leur honnêteté et
leur honneur sont mis en cause par des gens qui voulaient
détourner illégalement un héritage et
le soustraire à tout impôt de succession, qui
plus est. Pour l’avocat, l’important, c’est
l’absence de toute volonté testamentaire de
la défunte au profit des époux X et répondre à leurs
mensonges pourrait incliner le juge à des devoirs
d’enquête qui retarderaient le jugement de plusieurs
mois, voire de deux ans.
Le jugement intervient finalement
en octobre 2003, mais le juge s’emmêle les pinceaux dans les additions
d’euros et acte un montant global dû à l’héritière
qui ne correspond pas, mathématiquement, à la
somme de ses composants. Les détrousseurs de Sidonie
y voient brièvement l’opportunité d’un
appel. Les avocats des deux parties, pour leur part, tergiversent, échangent
des courtoisies épistolaires et … facturent.
Finalement, le petit-fils de Sidonie sollicite un ami avocat
bruxellois pour reprendre le dossier, avec dessaisissement
de son confrère brabançon. Et là, par
un quasi miracle, le dit confrère, très fâché à l’encontre
de ses clients, annonce à son homologue que tout est
bien qui finit bien : les époux X renoncent à se
pourvoir en appel, ils remboursent la somme détournée
telle qu’évaluée par le juge, avec correction
de l’addition erronée et acceptent même
de s’acquitter de certains frais y afférents.
Le notaire des héritiers de Sidonie est, effectivement,
bientôt crédité de la somme due.
Mais
le comble est encore à venir… de la part
de l’administration des impôts. Bien que le notaire
ait informé dès le début, dans les formes
et délais requis, la dite administration de ce que
les héritiers de Sidonie étaient victimes d’une
captation d’héritage, bien que le même
notaire ait sollicité les délais de prorogation
indispensables en raison des lenteurs de la justice et parfaitement
documenté les services du Ministère des Finances
en charge du dossier de succession, l’avis que reçoit
Jeanne l’informe d’une majoration des droits
de succession d’une amende de 10 % pour déclaration
tardive. Contacté par le petit-fils de Sidonie, le
fonctionnaire en charge du dossier a confirmé avoir
bien perçu les bouts et aboutissants du dossier, avoir
bien conscience que l’héritière légitime
a été la victime d’escrocs et que la
justice s’est prononcée à une vitesse
qui n’a rien à voir avec celle de la lumière… N’empêche,
lui a précisé le zélé fonctionnaire,
le règlement fiscal est ainsi fait : l’amende
est due. « Mais vous pouvez introduire un recours »,
a-t-il ajouté. Les héritiers n’en ont
cure. Ils ont préféré contacter le râleur
d’Opladis et lui conter leurs mésaventures.
Avec le secret espoir que le Ministre des Finances et sa
collègue de la Justice lisaient les billets d’humeur
paraissant sur Opladis…
Car il y a de quoi râler :
Jeanne a dû dépenser près de 5.000 € en
frais d’avocat pour que justice lui soit rendue, elle
a été traînée dans la boue par
ceux-là même que la justice reconnaît
finalement coupables d’avoir tenté de détourner
les avoirs de ses parents, mais ne poursuit pas au plan pénal,
au nom de la collectivité, pour les fraudes fiscales
potentielles entourant leur méfait;
Jeanne s’est vue conseiller par son avocat une stratégie alternative à une
plainte auprès du Procureur du Roi, tant l’incertitude est grande
en Belgique quant au suivi réel que de telles plaintes reçoivent,
faute de moyens d’investigation de la Police fédérale et
de la Justice. Dès lors, le compte bancaire des époux X, créé en
parallèle au compte ouvert au profit de la défunte par l’employé de
banque indélicat, n’a pas été examiné par
la Justice et l’argent issu de la transaction discrète d’un
probable portefeuille boursier n’a pu être identifié, restant
ainsi acquis, le cas échéant, aux époux X, illégalement
et sans le moindre droit de succession ;
Et, comble des combles, c’est finalement l’héritière
légitime que l’Etat, par l’intermédiaire de son Ministère
des Finances, punit d’une amende pour « introduction tardive » de
la déclaration de succession.
Vraiment, il serait temps que les boussoles de l’Etat
indiquent à nouveau le Nord et que les escrocs ne soient
pas à l’abri d’une justice définitivement
efficace, rapide, fouineuse et sévère. A défaut,
on dégoûte le citoyen honnête, on le détourne
de nos institutions démocratiques, quitte à
le pousser dans les bras des extrémistes… à
force de lui avoir donné trop de bonnes raisons de
râler.
Le
Râleur d’Opladis.
Post Scriptum : à l’attention
de Didier Renders, de Laurette Onkelinx et des banquiers
belges : le râleur
peut confirmer, pièces à l’appui, la
véracité du présent récit à la
Ministre de la Justice ou à son collègue des
Finances si l’un d’eux, par hasard, s’inquiétait
du cas. Idem pour les Directeurs des Ressources humaines
des (très) grandes banques du pays : si vous craignez, à raison,
compter dans votre personnel l’indélicat capteur
d’héritage décrit ci-dessus, nous pouvons
vous fournir volontiers copie du jugement pour due évaluation.
Aux autres, indûment inquiets, nous leur confirmerons
qu’ils ne sont heureusement pas concernés.