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Christiane Guérit

Christiguey,
griffe d’un art nommé bijou

Pierres fines ou précieuses, perles en diamant ou de Tahiti, nacre, jade ou agate, Christiane Guérit, dit Christiguey, les transforme en rêve éveillé qui ne cesse de briller dans nos yeux. La couleur anime l’artiste.

Chez elle, l’or est support. Que serait l’opale ou l’onyx, l’œil de tigre ou la pierre de lune sans son art ? Voyage au cœur des œuvres d’une créatrice.


Une pointe de bon sens nous porte d’un point à un autre par le plus court chemin. Une ligne droite, de préférence, mais découverte après des tensions et des hésitations. Christiane Guérit se démarque par son sens de la ligne. Elle ne cherche pas sa route, elle avance, sa ligne est création, une ligne qui dévie, se courbe ou s’allonge, s’amincit ou s’arrondit, et soudain s’achève. Ce don artistique qui eût pu prendre je ne sais quel nom abracadabrant dans la peinture ou la musique, se résume chez elle d’un mot : l’art.

Je dirais qu’elle a de la patte, comme un chat a de la griffe. Sa pelote de laine est une boule d’or. Sa façon ne s’est guère façonnée à l’intersection du hasard et de la futilité, elle a beaucoup travaillé. J’aime l’entendre raconter que, jeune fille, en cachette de ses parents, elle embellissait les étalages des commerçants de sa bonne ville de Mons pour se faire de l’argent de poche et acheter des tubes de couleurs à l’huile fine. Jusqu’au jour où son cher papa, découvrant le pot aux roses, se fâcha tout rouge. Sa fille annonçait la couleur. Mais l’homme avait du cœur, il s’est vite aperçu que sa fille était une nature, de celle qui ne s’arrête pas quand elle prend de l’élan pour s’élancer dans la vie.

Elle a suivi les cours de l’académie les Beaux-Arts, puis les émaux l’ont menée aux parures les plus intimes, miroirs de l’être intérieur, bijoux que les femmes chérissent pour parachever le prestige de la séduction et la beauté.

Cocteau, à qui un journaliste demandait ce qu’il sauverait de sa maison dévorée par les flammes, répondit : le feu. Des créations de Christiguey, si un cataclysme les anéantissait, je sauverais la couleur, les couleurs. Le choix de ses matériaux premiers n’est pas toujours le sien, il répond quelquefois aux vœux de ses clientes, mais le choix des couleurs qu’elle assemble possède un bonheur inventif qui ne s’explique pas, qui charme et vibre, qui émeut et fascine, qui vous prend et vous emporte. Qui tranche aussi, qui sort des sentiers battus de la joaillerie classique. Qui fascine par ses couleurs inhabituelles, harmonieuses, hardies. Mais innover n’est-ce pas révolutionner, loin des carcans et des conventions ?

Christiguey crée. Elle crée pour chacun, elle va à l’être avant de parler pierres et parures, dussent-elles être précieuses, elle veut connaître la femme qui va porter le bijou. «Nous vivons à une époque rapide, tout va vite. C’est l’époque seconde. J’ai horreur de ça, comme je n’aime pas dire à un client ou une cliente, revenez demain, ce sera prêt. La création, cela ne marche pas comme ça. La création, qui peut être violence, est aussi patience.»

J’aime les masques qu’elle imagine pour leur donner forme de boucles ou de pendentifs, le gris de la perle de Tahiti et l’or qui la garnit, la perle naturelle nommée biwa blanche prolongée par des courbes d’or. C’est primitif, instinctif, presque figuratif, car Christiguey aime se balader aux frontières de l’abstrait et du réel, avec elle nous sommes dans le voyage intérieur, riche de vagabondages, sur les terres de Stevenson, sur les mers de Colomb, ou vingt mille lieues sous les mers, ou au cœur de l’Afrique noire, au creux d’une roche ou sur les pourtours d’un diamant soudain devenu racine par le stimulus de son imagination. Avec elle nous voilà proches du rêve, du sien, du mien, du vôtre, et sans doute de celui de l’enfant dans lequel nous nous retrouvons tous si nous avons un peu de mémoire.
Christiguey aime aussi jouer des parallèles, des ressemblances, des convergences. Donnez lui trois Lapis Afghan et elle les cernera d’or, y incrustera des saphirs rose et orange, les reliera puis, avec un goût qui n’appartient qu’à elle, les suspendra à un double tour du cou. Et le tour est joué, dirait le magicien, charmeur d’âmes en quête de merveilleux, dirait l’artiste en griffant son bijou, orfèvre magicien d’autres âmes en quête de beauté.
Comparez l’incomparable est un jeu stupide. Comparez deux bijoux qui ne se ressemblent que par une inspiration identique de l’artiste, revient à remonter aux origines, aux démons qui nous travaillent et aux dieux qui nous guident. Quand Christiguey part d’un morceau de cire travaillé et dix fois retravaillé, pour lui donner deux destinations diamétralement opposées, l’une légère, fine, tordue, écartelée dans un or mat qui brille ci et là, l’autre en or grainé sur lequel la lumière joue et danse jusque dans l’œil de celui qui le contemple. Le second est décoré de saphirs bleu, jaune et rose. Le premier, d’une émeraude du Brésil. Les deux ont un point commun : le double motif rassemblé en un seul, la fusion de deux corps, le retour à l’unité. Deux devient un.
Partir de la finesse et de la simplicité des lignes, Christiguey le réussit particulièrement bien fait dans cette nacre perlière où l’or suit les mouvements de la nacre. Une nacre qui semble retenir une goutte, ou une larme, et l’or dévie de sa route pour contourner cette rondeur dans un mouvement parallèle et identique.
Quand la Turquoise du Nevada prend forme, c’est pour évoquer un totem d’Amazonie, avec l’œil et le soleil au centre, l’un dans l’autre, avec le dégradé des noirs, de haut en bas, qui semble s’éloigner de la matière mère de la pierre pour réaliser une composition sauvage et subtile.
Le disque bijou est le creuset du talent de Christiguey, et son cheval de bataille, une bataille toujours reprise, jamais pareille, tantôt or, tantôt argent, où un minuscule personnage, tantôt homme, tantôt femme, se contorsionne comme un équilibriste de cirque ou une danseuse étoile. Nous sommes dans les airs ou sur terre, peu importe, la grâce l’emporte. Ajoutez une perle noire et vous aurez dans ces courbes, ces pliés et ces tendus, ces pointes et ces facilités feintes des petits chefs-d’œuvre assez semblables et tous uniques.
Personne ne découvrira jamais le secret qui harmonise les courbes et les lignes, mais s’en approcher au plus près, comme dans ce Feu d’artifice, toucher du doigt ces illuminations et contempler en bouquet final cette petite merveille bicolore qu’est la tourmaline centrale, voilà un bonheur sans heurts, proche d’une espèce de paradis.


A lire aussi :

      Christiguey s'expose
      Les bijoux fauves de Christiguey Tour et Taxis, du 11 au 13 novembre 2005 à Bruxelles
      La ligne des bijoux Christiguey à Linéart, Flanders Expo, 9000 Gand, du vendredi 2 au 6 décembre 2005

Texte : Marc Welsch
Photos : Christiguey et M. Welsch
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