Andrée Buyl ne s’en cache pas : la paléontologie,
ce n’est pas sa passion.
Par contre, le russe, elle
adore : elle avait 16 ans quand, découvrant par
hasard la langue de Tolstoï dans un film sous-titré qui
passait à la télévision, elle est
tombée sous le charme.
Andrée raconte : «La langue russe sonnait
si bien dans la bouche des acteurs ! Aussitôt ma
décision a été prise, j’apprendrais
le russe. Je suis devenue traductrice en 1971 et, périodiquement,
je retourne à Moscou pour me replonger dans le bain
de la langue et de l’hospitalité des gens
de là-bas, qui est bien réelle et ne s’est
jamais démentie au fil des années.»
Comment en est-elle venue à participer au paléotrip
? «C’est très simple. Au printemps,
dans un toute-boîte, j’ai découvert
que le Muséum des sciences naturelles recherchait
des paléontologues amateurs pour Blagoveschensk.
Peut-être, me suis-je dit, ont-ils besoin d’une
traductrice. Cela a marché, même si je redoutais
que je ne serais pas la seule sur les rangs. Eh bien, non.
J’ai dès lors sauté à pieds
joints sur l’occasion.»
Andrée Buyl est actuellement professeur à l’EPFC
(Enseignement de Promotion et de Formation culturelle),
qui est la principale école de cours du soir de
notre capitale. Elle y enseigne quatre fois par semaine.
Ses activités d’enseignante ont-elles poussé les
responsables du Muséum à lui demander un
petit coup de main avant le départ ? Sans aucun
doute. «Les deux réunions, auxquelles tous
les membres du paléotrip ont participé, consistaient à enseigner
l’alphabet cyrillique. Exemples : pour rue, il faut
lire ?L???, et pour entrée : ???? . Ce n’était
finalement qu’une base rudimentaire.»
Andrée sera-t-elle l’interprète officielle
dans le cadre de la mission belgo-russe. «Pas du
tout. J’aurais du reste refusé de prendre
le travail d’une Russe. Non, ce que je ferai, c’est
travailler sur le site des gisements comme les autres.
Et après les heures, j’espère que ma
connaissance du russe sera utile durant les activités
récréatives.»
Précision : la langue des autochtones a beaucoup
changé ces dernières années et Andrée
a dû s’adapter. En cause, le renouvellement économique,
la modernisation. «La libre économie a tout
bousculé à Moscou. Banques, commerce, internet,
tout cela est très nouveau pour eux. Mais j’ignore
si c’est pareil à Blagoveschensk. Je ne suis
jamais allée dans le sud-est. Vous savez, c’est
la Sibérie tout de même !»