Opladis
: Monsieur Duchêne, vous dirigez la maison d'édition
Mémoire de Lorraine et vous êtes, à l'instar
de Luc Verton et de sa société Memogrames, un
concessionnaire du Cercle des Ecrivains privés Les Mémoiries.
Quand et comment vous est venue l'idée de mettre votre
plume au service d'autrui ?
Etienne Duchêne : Cette idée fut une fulgurance,
née d'une rencontre fortuite avec Michelle Pétain
et son concept Mémoiries. Il m'est alors apparu que là
se trouvait mon nouveau métier, alliant trois plaisirs
: la découverte des gens par les interviews, l'écriture
pour restituer leur mémoire avec la plus grande fidélité,
l'indépendance que procure la façon d'exercer
ce métier.
Opladis
: Au sein des Mémoiries, vous êtes le promoteur
de la mémoire collective. De quoi s'agit-il?
Etienne Duchêne : La mémoire collective consiste
à transmettre dans le grand public, de façon organisée
et ludique, l'ensemble de ce que les membres d'une collectivité
éprouvent le besoin de partager avec d'autres : la petite
et la grande histoire de leur ville, bourgade, métier,
entreprise à travers le vingtième siècle.
Pour chaque livre de mémoire collective, on interviewe
quelques dizaines de personnes, chacune étant détentrice
d'une partie de la mémoire vive qu'on veut reconstituer.
Par la suite, le récit se présente souvent comme
la biographie d'un personnage qui devient l'emblème de
la collectivité.
Opladis
: Pouvez-vous nous citer quelques ouvrages de mémoire
collective que vous avez rédigés?
Etienne Duchêne : Puisque "charbonnier doit être
maître chez lui", le premier ouvrage de mémoire
collective concerne Vagney, la bourgade où j'habite et
les quelques villages environnants. La suite est un enchaînement
logique de circonstances : Le chapitre sur l'industrie du granit
inclus dans le premier livre m'a poussé à construire
un livre complet, "les gens du granit" qui traite
de la mémoire des gens ayant travaillé le granit
dans les Vosges. En Alsace, j'ai eu l'occasion d'approcher des
gens d'un autre métier en profonde restructuration, la
batellerie. Là aussi, le besoin de capitaliser tout un
siècle d'aventures a été le plus fort :
le livre est écrit, et sur le point d'être édité.
Aujourd'hui, ce sont les entreprises qui se penchent sur leurs
valeurs, et qui comprennent que leur propre histoire a formé
leur image et conditionne leur avenir... Trois livres sont en
cours d'écriture, dans le secteur du bâtiment,
dans la grande distribution et l'industrie métallurgique.
Opladis
: Vous aidez aussi le particulier à écrire ses
Mémoires. Par exemple, l'ancien directeur des affaires
sociales du groupe Boussac, Monsieur Compas, a sollicité
votre aide récemment. Comment procédez-vous alors?
Etienne Duchêne : Je suis heureux de vous parler de ce
livre, qui contient un message formidable à destination
de tous ceux qui se posent des questions sur le sens de la vie,
sur la nature humaine, sur la modernité de valeurs telles
que l'acceptation du destin et l'amour de son prochain...
Ecrire un tel livre suppose la création d'un lien de
confiance et d'empathie très solide avec la personne
qui se raconte. Au gré d'interviews non directifs, on
voit le plan se former, on repère les points forts du
récit, on identifie, au-delà de la parole brute,
le véritable message... C'est alors à l'écrivain
de s'atteler à la tâche pour inclure cette riche
matière dans un ouvrage cohérent, complet, qui
met en exergue sans le trahir le message en question.
Opladis
: Vous venez à Arlon, au Salon des Régions du
Livre, à l'invitation de votre homologue wallon. Pensez-vous
que des synergies soient possibles de manière régulière
entre maisons d'édition, par dessus les frontières?
Etienne Duchêne : Les synergies sont évidentes.
Par delà des frontières qui ne représentent
plus rien dans l'Europe d'aujourd'hui, les échanges d'expérience,
de compétences complémentaires sont le lot naturel
d'un réseau comme le nôtre qui se nourrit de contacts
de proximité. Plusieurs projets peuvent être induits
en Wallonie, qui trouvent soit leur origine, soit leur résonance
en Lorraine, région historiquement, économiquement
et socialement proche de la Wallonie.
Opladis : Je vous remercie, Monsieur Duchêne.
Plein succès à Arlon. Venons-en maintenant à
votre homologue belge. Luc, vous avez publié, en avril
2004, l’ouvrage de Roland Marchal, le Député-Bourgmestre
de Gerpinnes, intitulé Un Rolendien en marche, dont Opladis
s’est fait largement l’écho. Quels sont les
prochains titres en préparation ?
Luc Verton : fin février, La Brasserie à Vapeur,
ouvrage que je co-signe avec Jean-Louis Dits, le brasseur de
cette ancestrale brasserie de Pipaix, sera présenté
au public. Ce livre devrait être le premier d’une
collection évoquant les plus belles brasseries artisanales
de Wallonie. Il paraît simultanément en français
et en anglais, car une grande partie de la production de cette
brasserie artisanale, dernière au monde à utiliser
l’énergie d’une machine à vapeur,
est exportée aux USA, au Canada ou au Japon. Illustré
par le dessinateur de B.D. Louis-Michel Carpentier, le papa
du célèbre Poje, il sera aussi préfacé
par un responsable politique wallon très en vue, un homme
très soucieux du patrimoine de la Wallonie et de la promotion
des produits wallons à l’étranger.
Opladis : Qui est ce Wallon illustre?
Luc Verton : C’est encore une surprise. Je propose d’ailleurs
que ce soit une question du concours que nous organiserons ensemble
quand nous reparlerons plus en détail du livre, lors
d’une prochaine rencontre.
Opladis : Soit. D’autres projets
encore ?
Luc Verton : Assurément. Nous préparons un guide
pratique destiné aux seniors et inventoriant leurs droits
en tous domaines : pré pensions, pensions, avantages
et réductions, droit civil, successions, viager, dons
d’organes, euthanasie… Il paraîtra courant
mai, avec l’appui de diverses associations de Seniors
et, bien évidemment, d’Opladis. Nous publierons
aussi, en avril 2005, un livre de confidences et souvenirs d’un
député parmi les plus turbulents de notre parlement
fédéral. Enfin, nous sommes actuellement en pourparlers
avec divers musées ou cercles d’histoire, certaines
communes et quelques entreprises en vue d’ouvrages de
mémoire collective.
Opladis : Et pourquoi cette présence
à Arlon, au Salon des Régions du Livre ?
Luc Verton : Gaumais d’origine et ayant commis, dès
mes vingt ans, quelques plaquettes de poésie, je suis
répertorié de longue date parmi les auteurs de
la province du Luxembourg, par le Service du Livre Luxembourgeois,
organisateur du Salon. Je viens donc à Arlon pour me
ressourcer, sur la terre de mes aïeux. C’est l’occasion,
d’ailleurs, de croiser certains de mes anciens professeurs
de français qui m’ont jadis donné le goût
de la littérature, comme Claude Raucy ou Georges Jacquemin
ou encore d’évoquer avec Jean-Luc Geoffroy, dont
j’admire le dévouement et le professionnalisme
à la tête du SLL, l’époque où
nous interprétions du Courteline, au sein de la troupe
de théâtre de l’athénée de
Virton, Les Compagnons d’Athena, qu’animait justement
Claude Raucy.
De manière plus pragmatique et moins sentimentale, c’est
aussi l’occasion de présenter au public du Sud-Luxembourg,
mais aussi grand-ducal et français, le concept Mémoiries,
de faire connaître notre existence à l’une
ou l’autre entreprise jubilaire soucieuse de consigner
son passé, de mettre notre plume au service de particuliers
désireux de se raconter dans un ouvrage à vocation
publique ou, au contraire, en édition strictement privée
et confidentiel, à usage exclusivement familial. Mémoiries
devrait s’étendre à terme au Grand-Duché
de Luxembourg : Arlon peut être un utile préambule
à cette extension.
Enfin, un réseau comme Mémoiries, cela signifie
des échanges fructueux, des coopérations, une
progression en commun, des objectifs partagés : inviter
Etienne en Belgique était un plaisir que je ne voulais
pas me refuser.
Opladis : Parfait. Rappelez-nous les coordonnées
de Memogrames – Les Editions de la Mémoire, mais
aussi de Mémoires de Lorraine, s’il vous plaît. Luc Verton : Memogrames – Les Editions
de la Mémoire - 13, rue des Sept Etoiles – à
1082 Bruxelles. Nous sommes joignables par téléphone
au 32.(0)2/465.80.29 ou encore au 32.(0)472/96.06.76, et par
courrier électronique aux adresses : memogrames@yahoo.fr
ou editionsdelamemoire@memogrames.com
Etienne Duchêne : Mémoire de Lorraine
– 5, rue du Mettey – 88120 Gerbamont (France). Nos
téléphones sont le 33.(0)6.85.40.01.85 ou le 33.(0)3.29.24.75.89,
mais on peut nous joindre aussi via un courriel à l’adresse
: edc.duchene@wanadoo.fr
Opladis : Je vous remercie. Rendez-vous
à Arlon, à la Maison de la Culture, entre le 18
et le 21 novembre, pour le Salon des Régions du Livre
(renseignements : www.servicedulivre.be
)