Dernière
étape de notre périple à travers les dix
nouveaux venus de l’Union européenne, ce 1er mai
2004 : une île de la Méditerranée orientale,
à 75 km au sud des côtes turques, à 105
km à l'ouest des côtes syrienne et libanaise, à
380 km au nord de l'Egypte et à 560 km à l'est
de la Crète... Chypre !
Chypre divisée depuis
30 ans - par une ligne de démarcation sur laquelle veillent
des troupes de l’ONU - en une République de Chypre,
au sud et une République turque de Chypre Nord (non reconnue
– et dûment boycottée - par la communauté
internationale, à l’exception de la Turquie).
Chypre,
où le référendum organisé par
l’ONU le week-end dernier s’est révélé
un fiasco, 75 % des Chypriotes grecs ayant rejeté le
projet onusien de réunification, tandis que 65 % des
Chypriotes turcs l’approuvaient, malgré l’appel
au NON de leur intransigeant Président de la république,
Rauf Denktash, minorisé et invité par d’aucuns
à démissionner, mais rivé à son
siège présidentiel (depuis 1975 !) malgré
le désaveu de son peuple. Chypre dont seule la partie
grecque intègre donc l’Union européenne
ce 1er mai 2004 !
Une
Union européenne qui regrette le résultat des
urnes et envisage d’aider la partie turque à
progresser économiquement, en attendant une improbable
réunification, par ailleurs un préalable à
la possible adhésion de la Turquie à l’UE.
Chypre
est la troisième île de la Méditerranée
par sa superficie (9251 km²), après la Sicile
et la Sardaigne. Longue de 241 kilomètres d’ouest
en est et de 97 km du nord au sud, l’île est montagneuse
à son extrémité sud-ouest, avec le mont
Olympe (1952 mètres), dans le massif du Troodos, comme
point culminant.
Depuis l'invasion turque de 1974, Chypre est divisée
en deux zones, séparées par une ligne de démarcation
qui coupe l'île d'est en ouest sur 180 km : la République
de Chypre, au sud, la seule reconnue par la communauté
internationale ; au nord, la République turque de Chypre
du Nord (RTCN, 38% du territoire), non reconnue. Deux bases
britanniques souveraines occupent également 3% du territoire
chypriote.
Quelques statistiques
Population 918.000
habitants (dont 640.000 en République de Chypre).
Chypriotes grecs (70%) en République de Chypre,
Chypriotes turcs (9,5%) et colons turcs d'Anatolie (12,5%)
en zone turque,
Résidents et travailleurs étrangers (8%).
Densité de population : 86 habitants/km²
Population urbaine : 70 %
Tranches d’âge : moins de 15 ans : 24%, 15-64
ans : 65 %, 65 ans et plus : 11 %
Espérance de vie : 77 ans
Langues
Le grec et le turc, suivant la partie de l’île
où l’on se trouve. L'anglais est couramment parlé.
Religions
Orthodoxes (70%), musulmans (22%), communautés maronite,
arménienne et catholique.
Capitale : Nicosie (Lefkosia), divisée en deux
secteurs par la ligne de démarcation - 230.000 habitants,
dont 206.000 en zone sud.
Autres villes : Limassol (Lemesos), principal port,
ville économique (161.200 habitants), Larnaca (72.000
habitants) ; Paphos (47.300 habitants)
Partie turque : Famagouste (Ammochostos) et Kyrenia.
Indices économiques
PNB global : 9,52 milliards $
PIB global : 9,15 milliards $
PIB par habitant : 13 565 $.
Taux de croissance : 2,5%
Taux d'inflation : 2,8%
Taux de chômage : 3,2%.
Salaire brut moyen mensuel : 440 €
Exportations (en 2000) : 4,15 milliards de dollars US
Importations (2000) : 4,71 milliards de dollars US
Investissements directs étrangers (2001) : 74,7 millions
de dollars US
Quelques Repères historiques : A
l’instar de Malte, Chypre a été convoitée
de longue date. Au 3e millénaire avant notre ère,
des colons d’Anatolie et de Syrie y développent
le commerce avec la Crète et l’Egypte. Ultérieurement
colonisée et hellénisée par les Achéens,
elle passe successivement sous domination assyrienne, égyptienne
et perse.
Libérée par Alexandre le Grand en 333 avant
J.C., Chypre redevient égyptienne, avant de tomber
dans le giron romain en 58 avant J.C. Avec l’éclatement
de l’Empire romain, l'île passe sous domination
byzantine au 4e siècle de notre ère, avant d’être
conquise par Richard Cour de Lion en 1191, lors des croisades.
Chypre est alors livrée à Guy de Lusignan, d'origine
poitevine, qui y établit un royaume. Possession vénitienne
en 1489, elle est soumise par les Ottomans en 1571.
L'Empire
ottoman cède Chypre à la Grande-Bretagne en
1878. Les Britanniques annexent l’île en 1914,
suite à la déclaration de guerre ottomane. Devenue
colonie britannique en 1925, Chypre connaît un mouvement
d'autodétermination, les Chypriotes grecs militant
pour un rattachement à la Grèce. Dans les années
1950, la lutte armée pour l'indépendance démarre,
tandis que les affrontements entre communautés grecque
et turque se multiplient.
Suite aux accords de Zurich de 1959 entre Grande-Bretagne,
Grèce et Turquie, Chypre accède à l'indépendance
en 1960, sous la présidence de l'archevêque Makarios.
Les affrontements intercommunautaires de 1963 amènent
à la création l'année suivante d'une
force de maintien de la paix des Nations Unies (UNFICYP).
Le
15 juillet 1974, un coup d'Etat soutenu par la Junte des Colonels,
au pouvoir à Athènes, essaie de renverser Mgr
Makarios. La Turquie, prétextant un risque d’annexion
de l'île par la Grèce et la nécessaire
protection des Chypriotes turcs, envahit le nord de l'île
à partir du 20 juillet. Chypre se retrouve alors divisée
et 200 000 Chypriotes grecs se réfugient en zone sud.
La force de paix des Nations-Unies contrôle depuis lors
une zone tampon des deux côtés de la ligne de
démarcation. En 1975 est créé dans la
partie nord un Etat turc, auquel succède en 1983 la
République turque de Chypre du Nord autoproclamée,
uniquement reconnue par la Turquie. Après vingt-huit
ans de statu quo, de tensions et de négociations restées
vaines, le secrétaire général de l'ONU
Kofi Annan présente le 11 novembre 2002 un plan de
paix, proposant la réunification de Chypre en un seul
pays sous gouvernement fédéral, et réunit
les présidents des deux parties à La Haye les
10 et 11 mars 2003. Mais, avec la récente actualité,
la page de la division de Chypre n’est pas encore tournée.
Institutions politiques
Chypre est une République de régime présidentiel
unicaméral. La Constitution du 16 août 1960 attribuait
la présidence à un Chypriote grec, la vice-présidence
et 30% du gouvernement et du parlement aux Chypriotes turcs.
Ce système n'est toutefois plus appliqué depuis
les troubles intercommunautaires de 1963. Le président,
chef de l'Etat, élu pour 5 ans au suffrage universel
direct, nomme le Conseil des ministres. Tassos Papadopoulos
a été élu président de la République
de Chypre le 16 février 2003. 56 députés
élus pour 5 ans au suffrage universel direct siègent
à la Chambre des Représentants. Les 24 sièges
réservés, conformément à la Constitution,
aux Chypriotes turcs, ne sont plus occupés depuis 1963.
Le président de la République turque, élu
au suffrage universel pour 5 ans, est Rauf Denktash depuis
1975.
Economie L'économie
chypriote repose prioritairement sur le tourisme, première
source de revenus de l'île avec 22 % du PIB. Les immatriculations
de sociétés offshore (environ 50 000) et de
navires sous pavillon chypriote constituent également
une source de revenus importante, à hauteur de 12 %
du PIB.
Des
particularités qui, comme pour Malte, laissent craindre
des opérations de blanchiment d’argent sale et
appellent à la plus grande vigilance de la part des
autorités européennes.
La partie nord de Chypre dépend économiquement,
pour sa part, de la Turquie, dont les transferts financiers
s'élèvent à 25 % du PIB. En 2001, la
croissance s'est avérée négative (à
-3,6%), et le taux d'inflation a atteint 76 %. Le niveau de
vie des habitants est trois fois inférieur à
celui de la partie sud. On
comprend dès lors aisément que les Chypriotes
turcs aient dit oui massivement au plan onusien de réunification,
qui leur ouvrait simultanément les portes de l’Union
européenne.
La levée du boycott et les aides économiques
annoncées en guise d’alternative ne suffiront
sûrement pas à tempérer sensiblement la
déception des Chypriotes turcs.
Affaire à suivre, assurément !
L.V.
Synthèse établie
dans le cadre de la rubrique EUROPE A VINGT-CINQ de Opladis,
par la Sprl MEMOGRAMES, au départ des informations recueillies sur les sites de la Commission européenne (www.europa.eu/int/comm/enlargement), du gouvernement chypriote grec et autres sources
d ’information commentant l’élargissement de l’Union européenne le 1er mai 2004 – Crédit photos : site officiel www.europa.eu