La
Lettonie, pays de 65.589 km² enclavé entre la Lituanie
au sud, l’Estonie au nord et la Russie à l’est,
possède aussi une façade maritime de 531 kilomètres.
Le pays est couvert pour moitié de forêts et présente
un relief de faible altitude, le point culminant se situant
à …312 mètres. Près de 70 % de la
population vit dans les villes, dont environ 800.000 dans la
capitale Riga...
Mais
les Lettons de souche ne représentent que 58 % de la
population, le solde étant de langues et de cultures
slaves (30 % de russes, 4 % de Biélorusses, 3 % d’Ukrainiens,
2 % de Polonais).
La Constitution lettonne ne reconnaît
pas la citoyenneté à ces habitants-là,
en faisant de facto des apatrides, même si l’expression
officielle d’« invités » se veut moins
choquante…
Et en cette année 2004 d’adhésion à
l’OTAN et à l’Union européenne, les
écoles en langue russe se voient privées de tout
subside, peut-être avant d’être tout simplement
interdites ! Un peu comme si, demain, le Vlaams Blok au pouvoir
en Flandre décrétait que les 40 % de Belges francophones
ne sont plus Belges tant qu’ils ne font pas la preuve
d’une connaissance approfondie et pointue de la langue
et de la culture flamandes…
Bref, une forme de ségrégation ethnique qui
n’atteint pas les excès balkaniques des années
nonante, mais que l’Europe se doit d’extirper
dans les plus brefs délais ! Le sort des russophones
de Lettonie semble pourtant moins préoccuper nos éminences
européennes ou la presse que les Roms de Slovaquie
ou de Hongrie, qui sont pourtant des citoyens à part
entière et possèdent leurs propres écoles
subsidiées par les Etats précités.
L’Union européenne va donc admettre en son sein
un Etat qui refuse la citoyenneté à un tiers
de sa population et impose le letton comme seule langue d’enseignement...
Quelques statistiques
Population : 2,3
millions d’habitants : Lettons (58%), Russes (30%),
Biélorusses (4%), Ukrainiens (3%), Polonais (2%).
Densité : 38 habitants/km² - Population urbaine
: 69%
Espérance de vie : 70 ans (75 ans pour les femmes –
65 ans pour les hommes)
Langues :
Le Letton est la langue officielle et sa parfaite connaissance
est impérative pour être citoyen letton.
Religions :
Sur le plan religieux, on rencontre des luthériens,
des catholiques, des orthodoxes et des juifs.
Villes principales :
Capitale : Riga (788.000 habitants, près du tiers de
la population totale)
Autres villes : Daugavpils (115.000 habitants), Liepaja (95.000
habitants), Jelgava (71.000 habitants), Jurmala (55.700 habitants),
Ventspils (46.000 habitants).
Quelques Repères historiques :
Initialement occupée par des peuples finno-ougriens
et baltes, la région est conquise et convertie au catholicisme
au XIIIe siècle par l’ordre des chevaliers germaniques
Porte-Glaive, qui instaurent un régime féodal.
Riga,
fondée en 1201, devient un pôle commercial et
culturel majeur de la région baltique, membre de la
Hanse. La Réforme, introduite à Riga en 1522,
puis la guerre de Livonie déclenchée par Ivan
le Terrible en 1558 provoquent l’éclatement du
pays letton : la Livonie revient à la Pologne en 1561,
tandis que la Courlande, devenue possession polonaise, reste
sous administration allemande.
En 1629, à l’issue de la guerre polono-suédoise,
la Livonie est annexée par la Suède, ce qui
a pour effet un renforcement du courant luthérien.
La guerre nordique, opposant la Russie de Pierre le Grand
à la Suède, aboutit à la prise de Riga
par les Russes en 1710 et à la conquête de la
Livonie. La Russie assoit sa domination sur la région
en annexant le reste du territoire en 1772 et 1795, lors des
partages successifs de la Pologne entre l’Autriche,
la Prusse et la Russie. Comme partout en Europe, c’est
au 19e siècle que la conscience nationale lettone s’affirmera,
notamment en littérature, tout en se heurtant ,à
partir de 1860, à la politique de russification renforcée.
Occupée par l’Allemagne au cours de la Première
guerre mondiale, la Lettonie proclame son indépendance
en novembre 1918, mais doit continuer à combattre Allemands
et Russes jusqu’aux traités de paix de 1920,
avant d’être reconnue internationalement en 1921.
Envahie
par les troupes soviétiques en juin 1940, elle devient
république d’URSS en août, puis est à
nouveau occupée par l’Allemagne nazie en juin
1941, entraînant la quasi-disparition de la communauté
juive.
Libérée en 1944, la Lettonie, réintégrée
à l’URSS, connaît répression et
déportations massives, ainsi qu’une immigration
russe importante.
L’évolution politique de l’URSS fin des
années 1980 favorise une renaissance du nationalisme
letton. Fin 1989, le multipartisme est instauré de
fait. Le 4 mai 1990, la Lettonie déclare son intégration
à l’URSS illégale et restaure son indépendance
en droit, assortie d’une période de transition.
Malgré la tentative d’écrasement du mouvement
par le pouvoir soviétique en janvier 1991, les Lettons
se prononcent par référendum le 3 mars suivant
pour l’indépendance. Celle-ci est finalement
proclamée le 21 août 1991, à la faveur
du putsch manqué à Moscou, et reconnue par l’URSS
le 6 septembre.
Institutions
politiques :
Conformément à sa nouvelle Constitution adoptée
le 15 février 1992, la République de Lettonie
est une démocratie parlementaire à chambre unique.
Le Parlement est composé de 100 députés
élus au suffrage universel pour 4 ans.
Suite aux dernières élections législatives
en octobre 2002, Einars Repse dirigeait un gouvernement de
centre droit depuis novembre 2002. La coalition au pouvoir
étant devenue minoritaire, la Présidente lettonne
a nommé Indulis Emsis chef du gouvernement après
le retrait du Premier ministre Repse, fin févier 2004.
C’est
le Premier ministre écologiste de toute l’Europe
et, curiosité supplémentaire, il dirige une
coalition plutôt de centre-droit… Pour sa part,
le Président est élu par le Parlement pour 4
ans, renouvelable une fois. Disposant de pouvoirs limités,
son rôle représentatif est toutefois important
en politique étrangère.
Vaira Vike-Freiberga, élue en 1999, a été
réélue pour un second mandat en juin 2003.
Profil économique Les
réformes économiques entamées dès
1991 ont permis d’atteindre un taux de croissance de
6 %. Toutefois, la crisé économique en Russie
fin des années 90 a provoqué une brève
stagnation en Lettonie. Désormais, le commerce letton
s’est progressivement orienté vers l’Union
européenne (avec aujourd’hui 61 % des exportations
lettonnes à destination de l’UE), mais Moscou
reste un partenaire économique important.
Le bois et ses dérives, le textile et les métaux
sont les premiers biens exportés. Enfin, Riga est le
principal port de transit du pétrole russe vers l’Occident.
Malgré tous ces indices économiques favorables,
le passage à l’économie de marché
n’apparaît pas comme un total succès au
vu du nombre de mendiants que l’on croise dans les grandes
villes. Pourtant réputés eurosceptiques, les
Lettons (en tout cas ceux qui ne sont pas répertoriés
« invités » et donc privés du droit
de vote !) se sont déplacés à plus de
72 % lors du referendum sur l’adhésion en septembre
2003 et 67 % des votants ont marqué leur accord à
l’entrée dans l’U.E. Espérons que
cette adhésion facilitera un décollage économique
et favorisera une réelle intégration des 700.000
non-citoyens russophones que nous évoquions en début
d’article.
L.V.
Synthèse établie
dans le cadre de la rubrique EUROPE A VINGT-CINQ de Opladis,
par la Sprl MEMOGRAMES,
au départ des informations recueillies sur les sites de la Commission européenne (www.europa.eu/int/comm/enlargement), du gouvernement letton et autres sources d’information
commentant l ’élargissement de l’Union européenne le 1er mai 2004 – Crédit photos : site officiel www.europa.eu