Depuis trois ans, Philippe Touwaide, 44 ans, licencié en droit
aérien, est médiateur pour l’aéroport de Bruxelles-National.
Ce rôle de pare-chocs humain n’a pas toujours été facile à tenir,
il le concède, mais il lui a valu l’estime de beaucoup.
Le point sur un dossier fort délicat.
Opladis : Philippe Touwaide,
il existe actuellement un projet de loi sur les procédures de
vol, qui bloque le dossier jusqu’au
31 août 2008. Qu’est-ce que cela implique ?
Le gouvernement vient de fixer la façon dont les procédures
doivent être modifiées pour éviter les recours
juridiques. Pour l’avenir, il y a des modifications de procédures
de vols qui sont prévues, avec des étude santé,
environnement et cadastre notamment. Mais les routes aériennes
actuellement en vigueur ont force de loi jusqu’au 31 août
2008.
Opladis : Craignez-vous de nouvelles plaintes de la part des
riverains ?
Je ne pense pas. Le conseil des ministres a pris cette décision
pour en avoir fini avec ce dossier. Si les riverains ne sont pas d’accord,
leur seul recours sera d’aller en cour d’arbitrage. Mais
il faut dire qu’il y a eu des avancées et qu’elles
sont positives : la piste 02 n’est plus utilisée que par
vent de nord et la piste 20 ne posera plus problème que le dimanche.
Désormais, le samedi, elle n’est plus utilisée.
La situation s’est donc quand même améliorée.
Opladis : Mais le plan dispersion des vols est maintenu !
Disons qu’il est maintenu dans sa version du 20 mai 2005, qui
tient compte des arrêts de la Cour d’appel et du Conseil
d’Etat. Ce n’est donc plus la version antérieure
du 3 décembre 2003. Grâce à la dernière
version, les riverains ont obtenu des améliorations à leur
situation par décisions de justice : la Cour d’appel de
Bruxelles, le 17 mars 2005, a interdit l’utilisation systématique
de la piste d’atterrissage 02 trois nuits par semaine et un samedi
sur deux et a dit que la piste 02 ne pouvait être utilisée
que quand il a fermeture des autres pistes. Le Conseil d’Etat
a quant à lui décidé, le 11 mai 2005, que la piste
20 ne pouvait pas être utilisée le samedi et qu’elle était
une piste de secours.
Opladis : Est-ce bien compris par la population
?
Non, justement. Les gens ne comprennent pas que le Conseil d’Etat
a tranché sur une décision administrative qui permettait
d’utiliser la piste 20 le samedi : il a cassé cette décision,
mais par contre la décision d’utiliser la piste 20 le
dimanche, qui date de 2004, il ne l’a pas cassée. Bref,
les gens ne comprennent que le Conseil d’Etat interdise l’utilisation
de cette piste le samedi et pas le dimanche. Pour le comprendre, il
faut tenir compte de la chronologie des décisions. Opladis : Qu’est-ce qui pourrait calmer les
riverains ?
A mon avis, la seule chose qui puisse les satisfaire, est qu’une
autorité indépendante et neutre de contrôle des
nuisances soit mise en place - et qu’elle ne dépende ni
de l’administration de l’aéronautique, ni de Belgocontrol,
ni de BIAC, ni des pouvoirs publics. Cette autorité devrait
avoir pour mission de contrôler et vérifier le respect
des procédures, des routes, des couloirs aériens et des
types d’avions utilisés. Sur base de plaintes, cette autorité devrait
pouvoir dresser des procès verbaux à l’égard
des contrevenants. Beaucoup de riverais espèrent aussi que l’on
va objectiver le dossier en étendant notamment le réseau
des sonomètres et en établissant un cadastre du bruit.