Ils sont une dizaine de citoyens du Brabant wallon, sans la moindre attache
politique.
Ils se sont regroupés à Grez-Doiceau pour affronter
nos élus. Leur leader est l’employé de banque Denis
Marion. Explication de ce responsable et de ceux qui l’entourent.
Tous espèrent retrouver un jour un semblant de tranquillité.
«
Je suis venu habiter à Pécrot, dans l’entité de
Grez-Doiceau, explique Denis Marion, parce que la campagne, c’est
mon truc. J’aime la nature, la terre, le jardinage, la marche.
Soudain, au printemps 2004, à cause du plan Anciaux de dispersion
des vols, je me suis mis à souffrir du passage des avions. Très
vite, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul.
Avec ma voisine Anne Snaps, qui habite dans ma rue, et un copain, Michel
Berckmans, nous avons lancé une pétition. Tout est parti
de là.
Anne Snaps, elle, est maman au foyer. Elle enchaîne : « Je
l’avoue, au départ, je ne savais pas à quel point
le plan Anciaux allait déranger ma vie quotidienne. Petit à petit,
je me suis mise à râler. Et comme tous les râleurs
ne sont pas d’extrême droite, je me suis retrouvée
dans le groupe!…»
Denis Marion, dans la foulée, crée un site Internet.
Des personnes lui envoient des courriels manifestant leur dépit.
C’est le cas du Perwézien Eric Vanderlinden. «De
Pécrot à Perwez, il y a une quinzaine de kilomètres à vol
d’oiseau, et le bruit des avions s’atténue un peu
parce qu’ils ont eu le temps de prendre de l’altitude.
Il n’empêche : la rémanence sonore est gênante
dans le couloir aérien en dessous duquel se trouve ma maison.
Quand j'ai raconté ça aux services communaux, ils ne
me croyaient pas, mais l'échevine en charge de l'aménagement
du territoire, Brigitte Marchal, s'est déplacée et a
constaté que ma plainte était fondée.»
Le Grézien Louis De Bouvère, ancien patron de multinationale,
aujourd’hui à la retraite, est catégorique. «C’est
simple, je n’arrive plus à dormir la fenêtre ouverte.
Arrivé à Grez-Doiceau en 1989, j’espérais
y avoir la paix. A présent, la nuit, par temps clair, il m’arrive
d’entendre les avions décoller de Zaventem, survoler ma
maison et s’éloigner lentement, très lentement… avant
que cela ne recommence. Quand Denis Marion m’a contacté par
téléphone, j’étais très heureux :
enfin, me suis-je dit, quelqu’un qui prend le problème à bras-le-corps!»
D’autres personnes se joignent au groupe : Hilde Verbiest, une
infirmière flamande, Pierre Gaspard, d’Archennes, et même… l’écrivain
lasnois Vincent Engel.
En un an, de 2003 à 2004, le nombre de plaintes est passé de
2 281 à 40 973. Devant ce raz-de-marée populaire, sachant
que l’on est toujours plus fort quand on avance groupé,
Denis Marion et son équipe ont contacté les associations
de riverains de l’aéroport de Zaventem, que ce soit à Bruxelles
ou dans le Brabant flamand.
Ont suivi des discussions ou des mails avec les responsables de Bruxelles
Air Libre, Stop au survol de La Hulpe, l’AWACSS ou encore Hart
voor Huldenberg.
Denis Marion : «L’idéal serait de fédérer
ces divers groupements. Une organisation plus structurée serait
sans doute plus efficace. Un autre aspect, c’est que nous ressentons
la relative faiblesse, pour ne pas dire l’extrême timidité de
la Région wallonne. Les discussions se passent entre citoyens
et la Région de Bruxelles Capitale ou encore la Région
flamande, mais les Wallons, dans leur coin, n’ont pas l’occasion
de dire pas grand-chose. Autrement dit, nous dépendions de M.
Anciaux, actuellement nous dépendons de M. Landuyt, ministre
fédéral de la Mobilité, avec lesquels nous ne
sommes pas d’accord. Et ce n’est pas la suspension provisoire
de l’utilisation préférentielle de la piste 02
qui va réconcilier les habitants du Brabant wallon avec eux.
Car les vols durant les week-ends vont se multiplier.»
Louis De Bouvère conclut : «Nous ne pourrons, hélas,
sanctionner ces hommes politiques aux prochaines élections.
Il y a là comme une injure à la démocratie, en
tout cas quelque chose d’anormal. Eux, en revanche, ne manquent
pas de s’occuper de nous en faisant passer les avions au-dessus
de nos têtes.»