Autour d’un bon café, nous en venons maintenant aux activités
de l’école de conduite.
Opladis : Monsieur Chabot, certaines compagnies
d’assurances ont tendance à exclure
de leur clientèle tantôt les jeunes conducteurs tantôt les
seniors, considérant qu’ils seraient des catégories à risque.
Est-on vraiment un conducteur à risque parce qu’on a soixante
ou septante ans ? Didier Chabot : Non, pas du tout ! On peut être un excellent conducteur
dans ces tranches d’âges-là, comme on peut l’être
en étant très jeune. Il y a seulement des différences
de conduite, dues non seulement à un manque de savoir et savoir-faire,
mais aussi à un manque de savoir être, chez certains conducteurs.
Vous avez l’occasion, sur la route, d’estimer certaines personnes
peu anticipatives et/ou peu courtoises au volant. Ces conducteurs peu Gentlemen
provoquent bien souvent des situations aussi dangereuses que celles engendrées,
par exemple, par un moment de distraction d’un conducteur senior. Notre
but, à la Gentleman Driver School, est de signifier à toute personne
un comportement dangereux quel qu’il soit, sans se baser sur un a priori
quelconque, ni de l’âge, ni du manque d’expérience.
Opladis : En quoi est-il utile de fréquenter votre école si
l’on conduit depuis trente ou quarante ans et qu’on a un million
de kilomètres ou plus d’expérience pratique derrière
soi ? Didier Chabot : On a toujours intérêt à savoir à quel
niveau nous nous trouvons en qualité de conducteur. La route représente
malgré tout un danger potentiel quotidien. Ici, notre objectif est d’encourager
nos stagiaires à être sur la défensive le plus souvent
et le plus longtemps possible. Evidemment, certaines personnes qui ont une
très bonne expérience de la route et de très bonnes attitudes,
sont parfois bien surprises en passant chez nous. Elles découvrent quelles
petites modifications apporter à leur conduite, quels petits changements
vont parfaire leur maîtrise du véhicule, quelles petites améliorations
favoriseront des économies. Certes, on les conforte aussi quant à leurs
points forts et on leur demande de garder ces pratiques toujours à l’esprit,
mais, en plus, on leur donne des ficelles qui leur permettent de se déplacer
de manière plus optimale. Et quand on parle d’optimaliser la conduite,
cela veut dire conduire avec plus de sécurité, mais aussi de
manière plus économique. Et les économies possibles ne
se limitent pas au carburant, aux pneus ou aux plaquettes de frein, ça
concerne vraiment toute la voiture. Enfin, nous les conseillons en vue d’une
conduite plus aisée, exempte de stress : on touche alors au bien-être
du chauffeur, mais aussi à celui de ses passagers.
Opladis : Chez certains
seniors, mais chez d’autres personnes aussi,
on constate une conduite défensive, mais particulièrement stressée
: bras tendus sur les volants, corps crispé et peur au ventre, et un
petit 80 km/h sur autoroute par temps sec, … Ce n’est pas cela
que vous proposez, je présume ? Didier Chabot : Certes pas ! La conduite
défensive se pratique à une
vitesse adaptée, soit une vitesse à laquelle le conducteur est
capable d’anticiper et de prendre toutes les mesures pour éviter
l’urgence. Cette vitesse adaptée, nous pouvons dire par expérience
qu’elle est le plus souvent très proche des limitations imposées
par le code de la route, mais en aucun cas nous n’affirmons que le fait
de rouler lentement est un gage de sécurité ! La conduite défensive
vise à ne provoquer aucun accident, ni en tort bien entendu, ni en droit.
On a constaté depuis longtemps que les capacités du conducteur
sont meilleures dès qu’il est détendu : nous allons donner
toutes les ficelles susceptibles de détendre le conducteur au volant,
malgré la pression intense que ressent intérieurement le conducteur,
mais qui est due aussi à l’attitude de certains autres automobilistes.
On va proposer des astuces permettant de se détendre et des solutions
techniques pour rester le plus longtemps possible sur la défensive.
Opladis : Qu’entendez-vous exactement par « la défensive » ? Didier
Chabot : La conduite défensive consiste à considérer
la route comme un environnement dans lequel peuvent se glisser de nombreux
pièges, dans lesquels on veut à tout prix éviter de tomber
car on sait que les techniques d’urgence qu’il faudrait utiliser
pour se sortir d’un mauvais pas n’amènent pas toujours le
résultat escompté ; par manque de pratique en partie, mais aussi
par manque de place…Notre philosophie est véritablement de convaincre
les conducteurs d’agir en amont de la situation d’urgence.
Opladis : Faut-il encore tant craindre ces situations
d’urgence puisque
les constructeurs automobiles ont équipé leurs voitures, aujourd’hui,
de tous les systèmes électroniques imaginables pour gérer
ces situations d’urgence à la place des chauffeurs ? Les voitures
de 2005 ne sont-elles pas plus sûres que leurs aïeules de 1950,
qui n’avaient qu’une boîte à 4 rapports, pas d’ABS,
ESP et autres systèmes Ces progrès technologiques ne se suffisent-ils
pas ou l’être humain doit-il malgré tout être encore
plus attentif que par le passé? Didier Chabot : L’ergonomie du poste de pilotage a, en effet, fortement évolué.
Qu’il s’agisse des données disponibles au tableau de bord,
des possibilités techniques du véhicule ou des systèmes
d’assistance au conducteur en matière de sécurité active
ou passive, on enregistre beaucoup de progrès. Quant à l’évolution
du conducteur lui-même, je ne pense pas qu’elle soit parallèle à celle
de son véhicule ! J’ai même le sentiment que beaucoup de
conducteurs ont tendance à s’endormir un peu sous les conseils
des constructeurs, qui leur assurent que la voiture est sécurisante.
Non, ce n’est pas la voiture qui est sécurisante, au contraire.
Cette voiture endort la confiance du conducteur : avec les véhicules
actuels, on n’a plus conscience, notamment, de la vitesse, en raison
de l’insonorisation acoustique. Mais il faut être conscient que
l’ABS est une assistance en cas limite, soit une situation qui ne devrait
jamais survenir. L’ABS, c’est le parachute de secours, à ne
jamais employer, sauf en cas de coup dur. Si vous devez utiliser ces systèmes,
c’est que vous êtes en défaut d’anticipation. On va
essayer de voir avec vous quels sont vos problèmes et comment en sortir.
Opladis : Vous organisez des journées entières de formation.
Quelle en est la philosophie, quel est le programme de ces journées
? Didier Chabot : La philosophie de cette journée est
basée exclusivement sur
l’anticipation et le fair-play, deux pôles importants de la philosophie « Gentleman
Driver School », qui entraînent naturellement plus de sécurité.
Mais aussi plus d’économies, c’est toujours intéressant à prendre
: certains conducteurs parcourent 60 000 km avec leurs pneus, d’autres
les changent après 20 000. Ce n’est qu’un petit exemple
parmi tant d’autres, on pourrait citer d’autres organes du véhicule
dont l’usure varie sensiblement selon le type de conduite. Mais il faut
savoir que l’usure du véhicule étant exponentielle, les
effets indésirables sont beaucoup plus marqués chez le conducteur
manquant d’anticipation.
Donc, nous allons le lui signifier, c’est le principe même du cours.
La situation d’urgence ne nous intéresse pas : en situation d’urgence,
chassez le naturel, il revient au galop. Vous pourriez très bien apprendre, à de
multiples reprises, à réaliser un évitement d’obstacle
ou à freiner de manière très consciencieuse par rapport à une
situation d’urgence. Dans la réalité quotidienne du trafic,
vous allez vous rendre compte que vous ne ferez pas ce qu’on vous a dit
de faire. Pourquoi ? Parce que ce qui prend alors le dessus, c’est votre
instinct de survie.
Opladis : Ce qui explique que, chez vous, on
ne s’exerce pas à rouler
sur une piste inondée d’eau et à contourner des blocs de
mousse… Didier Chabot : Effectivement, nous sommes convaincus que ce n’est
pas une bonne formule de focaliser sur la situation d’urgence. Nous pouvons évidemment
en parler si nécessaire, mais pas la travailler. Nous allons concentrer
notre action sur la partie préventive : l’amélioration
du conducteur est essentiellement due à cette partie préparatoire.
Concernant le programme de cours d’optimalisation à la conduite
(formule d’une demi-journée), il est basé sur un peu de
théorie et des exercices de physique : nous donnons l’occasion
aux gens de poser les questions et nous sommes attentifs au fait que les gens
comprennent ce que nous expliquons.
Nous commençons par une notion régulièrement évoquée,
mais souvent méconnue ou mal connues des conducteurs : l’adhérence.
Les constructeurs ou la presse spécialisée parlent volontiers
de « perte d’adhérence » que compensent l’ABS
ou l’ESP, mais, en réalité, nombre d’automobilistes
ne savent pas exactement ce qu’est l’adhérence et quels
en sont les principes physiques. Nous révisons donc tout d’abord
cette notion élémentaire, puis nous réalisons un premier
test sur route avec nos participants. Nous allons vérifier et évaluer à l’aide
de la G-cam2 leur manière de conduire.
Ensuite, il y aura un débriefing autour de cette manière de conduire
où les points faibles et les points forts seront mis en évidence.
Après quoi, nous renouvellerons ce cycle autant que nécessaire
par équipes de trois. Cela peut paraître un peu court, c’est
pourquoi nous suggérons d’opter d’emblée pour une
journée entière de formation. Même le temps de midi constitue
alors un moment privilégié, qui permet de discuter, d’échanger
impressions et expériences avec les autres conducteurs : c’est
enrichissant pour chacun !
Opladis : Et la G-Cam2, dans tout cela ? Didier Chabot : La G-Cam2 est installée dans la voiture personnelle
de chacun des participants, au moment de ses tests pratiques sur route : elle
s’installe en moins de 10 secondes ! Une caméra enregistre le
parcours du véhicule, l’autre filme le conducteur. La conversation
entre le chauffeur et le moniteur est enregistrée également.
Enfin, les accéléromètres inclus dans l’ordinateur
mesurent les accélérations, tant longitudinales que latérales,
subies par le véhicule, et conséquemment par le conducteur et
ses passagers. Lors du débriefing, on pourra ainsi visualiser parallèlement
le parcours du véhicule et le comportement du conducteur. L’ordinateur établit
aussi un graphique, sous forme de pyramide, permettant de qualifier votre conduite.
Et le verdict découlant de mesures objectives gérées par
un logiciel et non d’une appréciation humaine par l’examinateur,
même le conducteur de mauvaise foi doit admettre ses erreurs. Quant au
protocole établi par l’évaluateur, il se limite à recouper
les informations fournies par les caméras : des remarques difficiles à contester
donc.
Opladis : On est donc plus aisément enclin à la modestie et
prêt, en conséquence à s’amender, compte tenu des
enseignements du stage ! Didier Chabot : Absolument ! Nous allons d’ailleurs
vous tester sur le champ…
Ouf ! Je m’en suis tiré honorablement : l’ordinateur m’a
classé dans les Gentlemen drivers malgré une série de
points négatifs que je m’évertue désormais à gommer.
Et ma C5 a été ravie d’apprendre que, de l’avis de
la G-Cam2, j’avais une conduite économique : « Je le savais
déjà », m’a-t-elle murmuré ! Et d’ajouter
: « Continue à être vigilant et courtois, ainsi nous vieillirons
ensemble… »