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Léon Splingard

Caravaning : au-delà du tourisme, la recherche de contacts humains

Léon Splingard, alerte sexagénaire bruxellois, a toujours conjugué vacances et tourisme avec camping et caravane. A tel point qu’il anime avec brio et ténacité, en sa qualité de président, la Fédération francophone des clubs de camping et de caravaning de Belgique. Opladis a rencontré cet enseignant retraité passionné de caravaning, en cette saison estivale, tandis que campeurs, caravaniers et autocaravaniers (comprenez « possesseurs de motorhomes ») s’égayent à travers toute l’Europe et parfois bien au-delà.

Opladis :
Monsieur Splingard, la Fédération francophone des Clubs de Campings et Caravaning de Belgique, en abrégé la FFCCCB, dont vous assurez de longue date la présidence, regroupe, différents clubs francophones de caravaniers, de motorhomes, ainsi que des individuels. Quel est le but d’une telle fédération, outre, bien sûr, la convivialité entre adeptes du caravaning et l’occasion d’organiser des concentrations, des sorties, de se retrouver entre amis ?
La grande difficulté en Wallonie est de rassembler les clubs. Par rapport aux Flamands, nous nous divisons de plus en plus et l'on se trouve face à de toutes petites entités avec peu de puissance et de moyens financiers. C’est vrai qu’il y a des clubs importants, comme le RACB, pour ne pas le citer, mais son activité majeure n'est pas le camping. Donc, au niveau de la Fédération, nous oeuvrons à rassembler les clubs pour assurer leur représentation auprès du Commissariat au Tourisme et autres instances officielles et faire entendre le point de vue des usagers.

Opladis : A quoi est dû ce morcellement ? La pratique du caravaning suppose pourtant un sens social plus développé que la moyenne, une capacité à partager un même lieu, à s’entraider et même à gommer les différences sociales, les barrières linguistiques ou les particularités nationales.

A l'origine déjà, beaucoup de campeurs ont créé de petites entités. Et comme le Wallon accepte difficilement une certaine discipline, il arrive qu’il se sépare du reste du groupe pour en créer un nouveau, plus petit encore. Nous observons surtout cela au niveau des clubs de motorhomes. C’est incroyable le nombre de clubs de motorhomistes ou d’auto caravaniers qui se séparent de leur club d'origine !

Opladis : Or, dans la société de plus en plus individualiste qui est la nôtre, le camping n'est-il pas l'un des seuls endroits où peut encore fleurir la convivialité ? Les gens se rencontrent, se retrouvent, bavardent, refont le monde, avec des Allemands, des Français, des Bulgares…
C'est là l’essence même du camping. Or, certaines personnes ne le comprennent pas. Souvent, à l'extérieur, les gens se disent « Ce n’est pas possible, vivre à l’étroit comme ça ! » Mais l’avantage, c’est de pouvoir se faire des amis, de pouvoir discuter, etc. On a toujours présenté les campeurs comme des gens peu cultivés. Or, contrairement aux idées reçues, il y a toujours une partie culturelle dans la vie de camping, en plus d'une partie festive et du souci de se retrouver, malgré les différences linguistiques. Le camping, c’est apporter quelque chose à son voisin; quelque chose que l’on ne retrouve plus ailleurs.

Opladis : Comment explique-t-on ce phénomène ? Les gens sont installés les uns à côté des autres. Les uns sont ouvriers, d’autres enseignants ou directeurs d’usines et tout ce petit monde se met à converser sans le moindre complexe.
Il faut remonter aux origines du camping. Le camping a débuté dans les années 30. Ceux qui l'ont initié avaient surtout envie que les gens s’associent, sans différences de classes, de niveaux culturel, social, intellectuel… Le but était de se réunir et de participer à des activités communes. C’est peut-être l’un des seuls points sur lesquels le camping n’a pas beaucoup évolué. C’est toujours l’esprit de convivialité qui préside à ces rassemblements: l’envie de se retrouver, de participer à des activités culturelles et sportives, etc.


La FF3CB en pratique :

F.F.3C.B. c/o SPLINGARD Léon
rue des Chats 104 - B 1082 BRUXELLES

Tél & fax : 02.465.98.80
courriel : fedfrcamcarbe@tiscali.be

Les associations fédérées par la FF3CB :
l’amicale INASTI camping, l’Amicale des loisirs du Cheminot, l’Association des Campeurs et Caravaniers Athois et de Wallonie, l’International Police Association Camping, le Royal Automobile Club de Belgique, le Royal Camping et Caravaning Club de Belgique, le Royal Motor Union Camping, Les Arpents verts, L’Union francophone des Amis de la Nature.

La FF3CB accueille aussi en son sein des membres individuels.
Opladis : Par contre, les conditions d’hébergement du campeur ou du caravanier ont fortement évolué. Il n’y a plus rien de comparable entre les petites caravanes de l’après-guerre et le matériel ultraconfortable et coûteux d'aujourd’hui.
Effectivement ! On a toujours cru que le camping était destiné à des gens de seconde zone. C’est faux ! Les investissements sont énormes. Quand on voit ce que coûte un motorhome ou un attelage voiture/caravane… En revanche, on observe de plus en plus un retour aux sources, surtout parmi les jeunes qui retournent de plus en plus vers les tentes, ce qui est quand même l’image type du camping. A côté de ça, une autre forme se développe, surtout pour les jeunes qui ont peu d'argent et peu de temps à consacrer aux week-ends, qui ont des enfants... Ceux-là louent des caravanes résidentielles bien équipées, ce qui limite les investissements, tout en gardant l'esprit initial de convivialité.

Opladis : Pour nos lecteurs qui n’ont jamais pratiqué le camping, précisons qu’en dehors de la traditionnelle tente igloo, disponible pour moins de 150 € et utilisée essentiellement par les jeunes, parce qu’ils voyagent beaucoup, loin et vite, avec un petit budget, une caravane de base coûte de 10.000 à 20.000 € et un motorhome de 35.000 à 50.000 € pour un modèle qui n’a rien d’un mythique Winbago américain surdimensionné.
En effet ! Le camping n’est pas uniquement destiné aux moins nantis. Au contraire, le prix et les équipements d'un motorhome s’adressent surtout aux seniors. Si l’on investit de telles sommes, il faut pouvoir les amortir. Donc, ils ont deux atouts : un système qui leur permet de conserver tout l'agrément du camping (il y a d’ailleurs de plus en plus de rassemblements de auto caravaniers) et une liberté totale, car le motorhome permet des rassemblement à peu près n’importe où. Ils ne sont pas soumis aux obligations liées aux caravanes puisque ces motorhomes sont généralement très bien équipés : douches, toilettes, réfrigérateur, four à micro-ondes, etc. D’autre part, le motorhome permet de s’arrêter à n’importe quel moment, n’importe où, pour visiter ou faire des pauses sur un long trajet, ... C’est une liberté énorme et ça présente moins de contraintes que les caravanes classiques.

Opladis : Apparemment, chez les seniors il y a aussi un phénomène de voyageurs au long cours, non ?

Oui. Certains partent en Afrique du Nord, en Egypte ou ailleurs. C’est l’avantage d’être à la retraite. On peut envisager de se déplacer pendant 2 ou 3 mois sans problème. A ce niveau-là, le motorhome est indispensable, car il permet de partir plus loin, dans d’autres pays où l’on ne rencontre pas forcément les équipements de chez nous. Un motorhome permet d’emmener son petit confort avec soi, ce qui est indispensable, arrivé à un certain âge. D’autre part, ils peuvent se déplacer en nombre, ce qui assure quand même une sécurité au niveau de l’organisation des voyages. On rencontre d'ailleurs de plus en plus des associations qui organisent des voyages tout confort, prévoyant même des mécaniciens, médecins, etc.

Opladis : Le comportement frileux des assureurs l’a mis en évidence : les seniors au volant connaissent une certaine altération des capacités visuelles, auditives ou des réflexes. Est-ce compatible avec des attelages, une caravane derrière so,i ou la conduite d’un motorhome, qui tient quand même du petit camion ?
Certains ont effectivement l’impression que le senior qui se déplace en caravane ou en motorhome s’expose à une catastrophe imminente. Or, si l’on se penche sur les statistiques d'accidents, on constate que les moins impliqués sont les caravanes et les motorhomes. Contrairement aux idées reçues selon lesquelles ces conducteurs-là seraient des dangers publics ! Il ne faut pas oublier que, dans la plupart des pays, au niveau des déplacements en caravanes, on est limité par des vitesses de 80 km/h (90 km/h pour les motorhomes) et qu’un motorhomiste doit avoir un permis plus important que celui requis pour une simple voiture. Cela étant, l’Europe vient de reconnaître le permis B pour les motorhomistes dont l’installation ne dépasse pas 4.800 kilos.

Opladis : Votre Fédération n’a pas pour but premier d’organiser des sorties: ce sont toutes les associations membres qui s’en occupent. Quelle est donc votre mission ? D’être un interlocuteur au niveau des autorités ?
Oui. Essentiellement. Nous estimons que nous avons à défendre les campeurs. Il faut dire que la protection des campeurs est presque inexistante. Il y a l’autorisation du gérant de camping et ça s’arrête là. Il n’existe aucune loi, aucune protection, même pour des campeurs séjournant longuement sur des terrains de camping. Là où tout propriétaire est protégé par un bail, un campeur ne l'est pas. Nous essayons donc défendre les campeurs auprès des gérants de camping et des autorités.

Opladis : Vous offrez aussi des avantages non négligeables à vos membres. Notamment une carte internationale, qui permet d’obtenir souvent des remises de prix et sert de pièce d’identité auprès des campings à travers le monde entier.
C’est bien exact : je vois que vous avez vous-même pratiqué le caravaning ! La détention de cette carte permet aussi de souscrire à une assurance RC spécialement étudiée pour les pratiquants du caravaning et couvrant des montants de l’ordre de 250.000 €, ce qui est important pour les accidents qui peuvent survenir, surtout pour les auto caravaniers, car les caravanes ou motorhomes sont souvent très proches les uns des autres et, en cas d’incendie, le feu se propage très vite. Il est donc essentiel d’être protégé par ce genre d’assurances. Le contrat que nous proposons a été taillé sur mesure pour les caravaniers et motorhomistes et couvre des risques auxquels vous ne penseriez pas de prime abord.

Opladis : Alors que les caravaniers et auto caravaniers dépensent de l’argent dans les commerces des villes traversées,au même titre que les autres touristes, on a parfois l’impression que les municipalistes font peu d’efforts pour eux en leur réservant généralement des parkings décentrés et peu accueillants presque systématiquement aux extrémités de la ville et quasi sur des terrains vagues.
C’est la grande difficulté actuelle ! Il y a très peu d’engagements. Même au niveau du Commissariat au tourisme, qui a bien créé une petite cellule pour étudier le problème, mais qui s’en tient au Code wallon du tourisme, disant qu’un camping doit répondre à certaines conditions. Les auto caravaniers n’ont pas envie de se réunir sur des terrains vagues. Eux, ce qu’ils veulent, c’est la liberté de se réunir, en principe à n’importe quel endroit. Et là, il faut déplorer le manque de supports financiers pour créer des endroits où les auto caravaniers pourraient trouver un certain confort, ne fut-ce que pour vidanger leurs installations sanitaires et s’alimenter en eau. Sur ces points, il y a un important retard au niveau de l’adaptation et de l’offre.

Opladis : Je pense que la Belgique n’est pas une exception. Chez nos voisins français, sur la Côte d’Opale par exemple, on réserve aux auto caravaniers les parkings de fin de digues.
Ce n’est pas tout à fait exact ! En Belgique, nous n’avons rien. Le camping est uniquement sous la tutelle du Commissariat au tourisme, qui délivre les subventions pour organiser les terrains de campings. En France, les municipalités accordent des primes pour organiser des sites pour auto caravaniers ou organisent ces sites elles-mêmes. Evidemment, on ne peut pas créer ces sites n’importe où. D’autant que les motorhomistes ne respectent pas toujours l’environnement, il faut bien le reconnaître.

Opladis : Revenons-en aux seniors. Vous avez, vous-même, 68 ans… vous n’êtes quand même pas un scout attardé ?
Non. J’ai commencé à camper vers mes quinze ou seize ans. Depuis plus de cinquante ans, nous avons, ma épouse et moi, connu le camping sous toutes ses formes. Bien sûr, aujourd'hui, nous nous verrions mal continuer à pratiquer le camping sous tente, comme autrefois. S’il le fallait, je le ferais volontiers cependant, car, pour moi, l’important, c’est le contact humain.
FF3CB sur le web : http://rcccb.free.fr/sousmenus/ff3cb.htm
Interview réalisée par Luc Verton (Memogrames) pour compte d’Opladis
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