L’alpiniste André Menu
se tue par accident dans les Alpes suisses
Tombé dans une crevasse du glacier du Brenay le 21 juillet, il n’a
pu être sauvé malgré tous les efforts de ses trois
compagnons d’escalade et des secours arrivés trop tard. Avec
André Menu disparaît l’un des grands noms du monde de
l’alpinisme et un homme de cœur et de parole.
Alors qu’il s’apprêtait à partir pour l’Himalaya
début septembre, André Menu voulait s’offrir un dernier
entraînement dans les Alpes valaisannes. Ses amis Claude Jockmans,
André Baise et Christian Schotte l’accompagnaient. Vers 15
h, le jour de la fête nationale, alors qu’ils faisaient la
haute route Chamonix-Zermatt, le drame est survenu. « Nous étions à la
cabane des Dix et montions vers la Cabane des Vignettes, raconte difficilement
Claude Jockmans, encore traumatisé par l’accident. Au sommet
du col de la Serpentine, on a vu une trace qui partait vers le glacier
du Brenay ; on suivi cette trace dans le glacier durant 2 h, mais ce n’était
pas la bonne pour arriver aux Vignettes. Nous sommes revenus sur nos pas
et, après 1 heure d’escalade, l’accident est survenu à environ
3.600 m d’altitude. »
Les quatre hommes étaient encordés, André en tête,
suivi par André Baise, Christian Schotte et Claude Jockmans. Dix
mètres de corde, comme de coutume, les séparaient. Il faisait
beau, environ 20°. André Menu sondait la neige, très
molle et mauvaise à cet endroit. « D’un coup, raconte
son ami Claude, André s’est enfoncé d’un pied,
il a essayé de pivoter et a disparu dans la crevasse, à cinq
ou six mètres de profondeur. »
Un accident de montagne banal à première vue. André Menu
parle à ses compagnons, mais il comprend que la situation est pourrie,
car son sac à dos le bloque. Seuls ses bras peuvent bouger. « Nous
ne le voyions pas, dit Claude, mais nous l’entendions nous demander
de le délivrer. J’ai enfoncé un piolet pour empêcher
que la corde ne rentre dans la glace, mais c’était insuffisant
et inutile. J’ai été obligé de mettre mon sac à dos
au bord de l’arrête pour éviter que la corde ne se bloque.
Quelle drame ! »
Impossible d’agir. Ni l’ancrage au piolet, ni le GSM ne fonctionne.
Les secours, suisses au 112, ne peuvent être avertis car il n’y
a pas de réseau. A bras d’hommes, pendant une demi-heure,
les trois amis d’André vont faire l’impossible pour
le tirer de là. Sans succès.
«
La lutte était infructueuse, raconte Claude. Cela nous laissait
anéantis. Il fallait trouver une solution. J’ai alors décidé de
remonter seul dans la montagne pour trouver un réseau. Après
une heure d’efforts, du côté du col de la Serpentine,
j’y suis enfin arrivé. Alors un premier hélicoptère
de reconnaissance est arrivé, puis un second avec des sauveteurs
qui ont essayé de treuiller André, mais en vain. Il fallait
du matériel lourd. C’est alors que j’ai compris qu’il était
trop tard. André a succombé en hypothermie.»
Lucille Anthoine, l’épouse d’André Menu, malgré sa
douleur, a bien voulu nous dire quelques mots au téléphone. « Si
vous saviez le nombre de fois que j’ai songé, tout au long
de ces années, à une issue fatale… » D’une
dignité et d’un courage remarquables, elle veut à présent
rappeler les mots d’André : « Il disait et répétait
que cela ne l’intéressait pas de mourir dans son lit. Mais
cet accident !… C’est si ridicule ! C’est vraiment trop
stupide. »
La Belgique perd non seulement l’un de ses plus grands alpinistes,
mais un homme de cœur qui n’avait qu’une parole. Un homme
droit comme il devient très rare d’en rencontrer.
Infos
André Menu sera inhumé le
jeudi 28 juillet.
La célébration funéraire
aura lieu en l’église du Christ-Ressuscité,
Tubize, à 10 h