Opladis : Des seniors de respectivement 55
et 80 ans sont fort différents… Vous mettez le doigt sur un problème important. Il faut surtout éviter
de réduire les seniors à une catégorie unique de personnes.
Prenons l’exemple des excursions. Si vous décidez d’organiser
un voyage d’une journée à la mer du Nord ou dans les
Ardennes, beaucoup de personnes ne viendront pas dans la crainte
qu’il
leur faudra trop marcher. Cela nous est encore arrivé dernièrement.
Comme la moyenne d’âge des participants était élevée,
nous avons loué un car, et la journée s‘est limitée à une
balade en bus et à un arrêt de restauration. Ni plus, ni moins.
Evidemment, des seniors plus jeunes ne se satisfont pas d’un tel
programme. Quand nous sommes allés à Bruges, il y avait une
visite culturelle le matin et un après-midi libre. Bref, il faut
diversifier.
Opladis : Dans vos ateliers, la répartition est-elle la
même ?
Cela dépend. Aux ateliers cuisine et danse folklorique, la moyenne
d’âge varie entre 55 et 65 ans. A l’atelier « Bruxellois,
tu connais mal ta ville », qui comprend des promenades, ce sont également
des seniors souvent jeunes qui sont de la partie.
En revanche, l’atelier
informatique se répartit dans toutes les catégories d’âge.
L’une de nos participantes a 85 ans.
Elle désirait s’initier
aux nouvelles technologies et surtout à l’Outlook pour pouvoir
correspondre avec son petit-fils qui est en Australie.
Opladis : Vos activités sont-elles chères
?
Au contraire, mais il faut au moins demander aux seniors
un droit d’entrée symbolique. Par principe, je fais tout
payer en me référant à ma grand-mère. Elle
n’aurait jamais participé à une activité gratuite,
elle aurait eu l’impression de demander l’aumône.
Et puis, quand on paie, on est client, et si on n’est pas content,
on peut le dire. Je pense que les seniors sont d’accord avec
moi. Payer 1 ou 2 euros, cela ne les dérange pas, ils préfèrent
cela plutôt qu’être redevables.
Opladis : N’avez-vous pas l’impression que les associations
de seniors, dans une ville comme Bruxelles, ont tendance à s’étioler
?
Il y a deux phénomènes. Il y a une quinzaine d’années,
les pensionnés étaient regroupés par partis politiques.
Catholiques, libéraux ou socialistes organisaient dîners,
excursions et activités diverses. La fédéralisation
du pays a entraîné une division puis un affaiblissement.
De plus, les plus âgés sont restés en place à leur
poste et les jeunes seniors n’ont pas rejoint ces associations.
Leurs moyens financiers ont diminué en conséquence. Résultat
: vous trouverez peu de ces associations qui comptent encore 50 membres
aujourd’hui. D’autre part, en un peu plus de dix ans, la
population des seniors a fort augmenté, mais sans trouver des
structures qui répondent toujours à leurs besoins, sauf
en y mettant le prix, ce qui est loin d’être à la
portée de tous.
Opladis : Conséquence : les seniors
sont de plus en plus mal entendus !
A cause, justement, de la disparition presque complète de structures
d’encadrement. D’où cette impression qu’ils
sont fort isolés dans leurs démarches. Mais il ne faudrait
pas oublier que dans dix ans, ils seront les électeurs les plus
nombreux, et qu’ils voteront de plus en plus longtemps. Leur voix
doit être mieux entendue.