Opladis : Dès lors, votre emploi du temps a changé…
J’ai exercé d’autres obligations professionnelles.
Je suis devenu président d’Unibra, administrateurs de diverses
sociétés et président de diverses fondations (1).
Ces dernières activités sont des activités que l’on
mène en mettant son expérience au service de ceux qui essaient
d’améliorer le sort de la société.
Opladis : Bref, vous n’avez jamais été déphasé !
Ecoutez, j’ai aussi une grande famille, quatre filles et 17 petits-enfants.
Il est important de remplir à la fois des fonctions basiques, fondamentales,
au service de ses proches, et puis de remplir un rôle dans la population
active. Ces deux centres d’activité vont de pair, chacun constituant
une source d’enrichissement. Opladis : Vos contemporains n’ont pas la chance d’être
aussi actif que vous !
Je sais. Dans notre pays, la population des seniors est
fort importante. Hélas, nous avons au sein de l’Europe le
plus bas pourcentage de personnes de plus de 55 ans qui exercent
une fonction active : 28,1%. Alors que la moyenne des 15
pays de l’Union
européenne est de 41,7%. Opladis : L’écart est considérable.
Pourquoi ?
Pour une série de raisons. D’abord à cause du coût
salarial. Les seniors coûtent cher alors que les plus jeunes, au
sein de l’entreprise, ont un niveau de rémunérations
beaucoup plus bas, ce qui permet de faire des économies. La culture
d’un pays importe aussi. En Belgique, l’image des seniors
n’est pas ce qu’elle devrait être. Il nous reste à montrer
aux jeunes gens que les différents âges de la vie ont leurs
avantages et leurs inconvénients et qu’une société harmonieuse
doit nécessairement être composée de représentants
de toutes les catégories d’âge. Opladis : L’expérience, la sagesse, la lucidité des
seniors sont aussi des atouts dans une entreprise…
C’est une certitude. Mais nous sommes passés d’une
période durant laquelle les seniors étaient vénérés à une
période moins faste pour eux parce que les connaissances sont
mises, par toute une infrastructure d’enseignements, à disposition
des jeunes qui jonglent avec les progrès technologiques. L’expérience,
en tant que valeur, n’a donc plus le poids qu’elle devrait
avoir. En outre, l’accent est mis sur l’innovation, la créativité.
Opladis : Conséquence
?
Les impératifs économiques prédominent. Dans la
balance, c’est toujours le coût qui l’emporte. Car
il faut rester compétitif ! Il est un autre élément,
non moins important : trop souvent, en Belgique, nous avons
omis de mettre l’accent sur la formation continue. D’où,
pour certains seniors qui ne se sont pas adapt és,
un réveil pénible.
Opladis : Reste qu’on ne bâtit pas une équipe avec
seulement des jeunes. L’homogénéité reste
fondamentale, non ?
Certes, mais dans nombre d’entreprises, les jeunes disposent
d’une bonne formation tandis que les plus âgés sont
un peu à la traîne. Il faut évoluer avec son époque.
Un senior qui dispose à la fois de l’expérience et
de la technologie reste un élément appréciable si
le coût salarial qu’il représente n’est pas
disproportionné par rapport à son apport.
(1) Baudouin Michiels est administrateur de Distrigaz, Noël
Marquet Corporation et Tessenderlo. Il préside la
Belgacom Foundation et le comité de management de
la Fondation Prince Albert. Il est vice-président
de la Fondation des Administrateurs de Belgique et président
du jury de la Fondation Proximus.