L’ancien patron de Côte d’Or est devenu, à plus
de 60 ans, le président de Unibra, un holding côté à la
Bourse de Bruxelles. Son parcours est toutefois atypique. Non seulement
il a la fibre sociale , mais il évalue avec sagesse et justesse
la place des aînés dans notre société.
Opladis : Baudouin Michiels, vous êtes un enfant de la guerre,
puisque né en 1941, mais ce que je retiens avant tout, c’est
que vous êtes né dans un milieu privilégié.
Après un doctorat en droit et une licence en Sciences économiques,
vous êtes devenu responsable du département merchandising
chez Côte d’Or, puis après diverses autres fonctions,
président de la société. Un jour, vous avez dû abandonner
la direction d’un des fleurons de l’industrie belge. Sans
regret ?
Au contraire, ce fut un déchirement. Mais avant tout une précision
: c’est vrai que je suis né dans un milieu favorisé,
mais ma famille, au départ, était composée d’artisans
probablement un peu plus compétents que leurs collègues.
La société Côte d’Or n’a cessé de
se développer. En 1976, je suis devenu à la fois président
et administrateur délégué – il n’y avait
pas de distinction nette à cette époque entre ces deux
fonctions. J’ai essayé, avec mon équipe, de faire
rayonner Côte d’Or dans ses 12 sociétés filiales.
Nous y avons bien réussi en utilisant tous les moyens de communication
disponibles. Est arrivé le jour, en 1997, où Côte
d’Or fut trop petit pour faire face à la concurrence internationale
et trop grand pour rester petit. Bref, nous ne pouvions nous
limiter à rester
tel que nous étions. Opladis : C’est alors que Côte d’Or est repris
par Kraft Jacobs et que vous devenez président du groupe Kraft
Jacobs Suchard Belgique et Pays-Bas. Cette reprise a fait mal à beaucoup
de Belges !
Mon cœur a saigné aussi. Ce ne fut pas de gaieté de
cœur que j’en ai informé les autorités du pays.
Je me revois dans le bureau de M. Maystadt, qui était à cette époque
ministre des Finances. Lui aussi était attristé, mais que
voulez-vous : il y a les élans du cœur et il y a les impératifs
de la raison. Opladis : La presse ne vous a pas épargné.
C’est la règle du jeu. Je me souviens d’un dessin
humoristique. Dans la prairie, il y avait les vaches lilas
Milka et aussi le petit éléphant Côte d’Or
qui pleurait toutes les larmes de son corps. Mais bon ! cela appartient
au passé. Opladis : Sur un plan plus personnel, c’est
une page de votre vie qui se tournait.
Plus tard, une autre page s’est tournée puisque je suis
resté 13 ans chez Kraft Foods. Mais notre rôle, dans la
vie, n’est-il pas de savoir tourner ces pages pour en écrire
d ’autres
de manière
intelligente et efficace? Opladis : Le jour de vos 60 ans, le couperet est tombé.
A l’américaine, pourrais-je dire. La société vous
organise une grande fête et, le lendemain, une camionnette vous
ramène tous vos dossiers. Terminé ! Attention, c’est
une façon plutôt directe mais judicieuse de renouveler les
cadres. Les plus âgés s’en vont, je trouve cela normal
et cohérent.