Opladis : Sur quels thèmes avez-vous travaillé ?
Au début sur le rôle social de la femme en
coopération avec la Ligue des Femmes Ouvrières
Chrétiennes (KAV). Nous étions aux alentours
de 1968, dont le mois de mai est resté célèbre.
Il y avait une sorte de fracture sociale : soit la femme était
au foyer avec ses enfants, soit elle n’était
plus d’accord de suivre ce schéma traditionnel.
Chez nous, en section de pédagogie sociale, le nombre
de jeunes filles était élevé. Pour elles,
c’était une manière de quitter la voie
traditionnelle, de s’émanciper.
Opladis : Les
mentalités
changeaient !
Exactement. Le monde associatif, lui aussi, changeait.
C’était également un monde de seniors,
et pas seulement d’adultes. Le monde senior était
un peu la continuation du monde des adultes, mais à l’époque
il était encore placé sur une voie de garage,
caché, un peu misérable.
Opladis : Inactif !
Pensionné signifiait presque être fini.
On se retirait du monde. Alors, en 1977, j’ai réuni
les responsables de toutes ces organisations de seniors
de toutes les tendances. Pourquoi ne pas faire une recherche
sur ce qui bouge dans le monde associatif senior ? ai-je
demandé. J’ai même tenté de sensibiliser
le gouvernement, mais sans succès. Pour le monde
politique, ce n’était pas une priorité.
Il a fallu continuer le combat avec d’autres personnes,
notamment mes étudiants et les dirigeants du monde
associatif senior pour mettre au point une thèse
de licence basée sur diverses enquêtes et
interviews auprès de 17 organisations.
Opladis : Quelle étaient les fonctions principales
du monde associatif senior à cette époque?
Les fonctions de rencontre, d’animation et de divertissement
ressortaient. En revanche, les fonctions d’apprentissage
ou d’action politique ou sociale demeuraient les
parents pauvres.
Bref, les seniors aimaient jouer au cartes ou partir en
excursion, ce qui est légitime, mais les dirigeants
du monde associatif voulaient élargir la perspective.
Là aussi, il y avait fracture : entre dirigeants
du monde associatif et les pensionnés eux-mêmes.
Opladis : Quels
ont été les moteurs
de la révolution grise qui a suivi ?
De petites organisations nouvelles et novatrices. En
Wallonie, Infor Seniors s’est mis à bouger.
En Flandre, il y avait plusieurs groupements revendicatifs,
notamment le Senioren Beweging et les Grijze Panters, mais
c’était une minorité agissante. Et
puis, dans les années 1980, les Centres de Service
pour le Troisième Age qui faisaient partie des OCMW
(CPAS), ont voulu faire de l’éducation en
complément à l’aide et à l’animation
socioculturelle. C’était une avancée.
Opladis : … à pas
de souris !
D’accord, mais cela bougeait. Les associations
traditionnelles se sont éveillées. Au niveau
de la commune, il y avait une participation à travers
les « Seniorenraden », même si les tout
nouveaux conseils pour seniors s’occupaient plus
des fêtes communales ou des tarifs réduits
pour seniors que de formation ou d’action politique.
Aujourd’hui, ces conseils ont parfois leur mot à dire
dans la politique communale grâce à des représentants
du monde associatif, et aussi du monde non associatif,
et ce depuis l’an dernier avec le nouveau décret.
A présent, chaque commune doit dresser un « plan
de politique pour seniors »