De nouvelles données vont aider l'Europe à Transformer
le défi du vieillissement en une opportunité
“Les européens du nord sont en meilleure santé et
plus riches, mais les européens du sud vivent plus
longtemps”, affirme le Professeur Axel Börsch-Supan,
coordinateur du «Survey of Health, Ageing and Retirement
in Europe» (SHARE, Enquête sur la Santé,
le Vieillissement et la Retraite en Europe).
“
Il existe
un clair gradient Nord-Sud dans la santé et le revenu:
les personnes âgées au Nord sont plus riches
et en meilleure santé, mais cela ne se traduit pas
en différences de mortalité”.
Ce résultat figure parmi les nombreux autres révélés
par l’enquête SHARE. Cette enquête, financée
par la DG Recherche de la Commission Européenne, le «National
Institute on Aging» américain, et plusieurs
agences nationales, fournit des données relatives
aux conditions de vie d’environ 22000 personnes âgées
de 50 ans et plus à travers 11 pays européens,
de la Scandinavie à la Méditerranée.
La “Vieille Europe” est le continent dont la
proportion de citoyens âgés est la plus élevée.
En outre, le processus de vieillissement se poursuivra au
cours de la majeure partie de ce siècle. Les données
SHARE, librement accessibles à tous les chercheurs,
sont d’une importance stratégique cruciale au
sein des infrastructures européennes de recherche.
«
L’Europe se caractérise par de larges différences
culturelles, historiques et politiques, même entre
régions proches», remarque Börsch-Supan. «L’enquête
SHARE fournit un cadre scientifique solide qui permet aux
chercheurs en santé publique, en économie et
en sciences sociales d’utiliser des méthodes
quantitatives modernes pour comparer les pays et les régions
d’Europe. Ces moyens nous aident à comprendre
comment la culture, l’histoire et les politiques publiques
(élément particulièrement important
en ces temps de réforme sociale et économique)
affectent la vie des Européens âgés de
50 ans et plus».
L’enquête SHARE est unique, tant par son caractère
international que par sa nature interdisciplinaire. Elle
a déjà produit de nombreux résultats,
dont les premiers sont repris dans un livre qui vient de
paraître : Health, Ageing and Retirement in Europe.
Au sujet de la santé:
L’éducation nous maintient en bonne
santé : Parmi les 11 pays, on observe une relation
forte entre comportement de santé et statut socio-économique.
En termes de santé mentale, la relation entre santé et
statut socio-économique est aussi fortement présente.
A titre d’exemple, les écarts internationaux
observés entre les taux de déficience cognitive
correspondent de près aux différences observées
entre ces mêmes pays en termes d’éducation.
Par exemple, la dépression est plus fréquente
parmi les personnes à bas revenu et faible richesse,
en particulier parmi les pays du nord de l’Europe.
Les soins gériatriques doivent être
améliorés: SHARE est la première enquête à inclure
des indicateurs comparables de qualité des soins pour
personnes âgées. La plupart des indicateurs
suggèrent que de nombreuses améliorations sont
possibles. A titre d’exemple , en termes de prévention,
on constate un manque important au niveau du diagnostic gériatrique
et des tests de dépistage.
Au sujet de l’emploi:
Des incitants financiers favorisent les départs anticipés à la
retraite : Les différences entre systèmes de sécurité sociale
affectent clairement le profil d’âge et la distribution de la participation
sur le marché du travail. Les pays où la préretraite est
autorisée et/ou généreuse se caractérisent par un
nombre important de préretraités (typiquement les pays du sud,
mais aussi l’Autriche et la France). Ainsi, une large capacité de
travail reste inutilisée dans des pays tels que
l’Autriche, l’Italie et la France, où de nombreuses personnes
en bonne santé sont en dehors du marché du travail.
Pas de relation claire entre l’assurance maladie et l’état
de santé : La prévalence de l’octroi d’allocations
maladie parmi les personnes entre 50 et 64 ans varie fortement entre les 11
pays, de 16% au Danemark à 3% en Grèce. L’enquête
SHARE fournit les premières données reliant ces différences à des
mesures de santé comparables internationalement. Elle révèle
que les larges variations dans l’assurance-maladie ne s’expliquent
pas par des différences en terme de santé.
De bonnes conditions de travail retardent l’âge de la
retraite: La perception de la qualité de l’emploi au cours des
années précédant la retraite (contrôle sur son propre
travail, adéquation entre effort et récompense…) varie
considérablement entre pays européens, avec un clair gradient
nord-sud. La qualité de l’emploi est fortement associée
au bien-être: la faible qualité de l’emploi va de pair avec
la mauvaise santé et la dépression.
Le bénévolat est fréquent dans certains pays:
Le travail rémunéré ne représente pas l’entièreté du
tableau: 10% des 65-74 ans travaille nt volontairement. Au Pays-Bas, ce chiffre
dépasse les 25%. Cependant, dans d’autres pays comme l’Espagne
et la Grèce, moins de 4% des personnes interrogées déclarent
travailler volontairement, et ce dans toutes les classes d’âge.
Au
sujet de la famille et des réseaux sociaux:
L’unité familiale entre générations
reste solide: Les différentes générations
au sein d’une même famille restant proches
géographiquement, le potentie l d’entraide
quotidienne est donc élevé partout en Europe,
en particulier au Sud. Le temps consacré à l’aide
familiale, ou à s’occuper des petits-enfants,
est substantiel: environ un tiers des personnes de 65 ans
et plus rapportent s’être occupées d’autres
membres de la famille ou avoir gardé les petits-enfants
quotidiennement. Elles consacrent en moyenne 4,6 heures
par jour à ces activités.
Au Nord, les parents donnent; au Sud, ils reçoivent:
Les données SHARE montrent que les transferts financiers
inter-générationnels sont une source de revenu
majeure pour le ménage. Cependant, on observe un
clair gradient Nord-Sud. Au Nord, les personnes plus jeunes
reçoivent d’avantage de leurs parents. Au
Sud, elles donnent plus fréquemment à leurs
parents.
Au sujet du statut économique, du revenu
et de la richesse:
La pauvreté est souvent atténuée
par les ressources non-financières: La pauvreté reste
importante dans certains pays concernés par l’enquête.
Cependant, elle est limitée, en particulier au Sud,
si l’on prend en considération la valeur du
logement propre. De même, vivre à proximité de
ses enfants—dans le même ménage, ou
le même bâtiment—reste un mécanisme
important de solidarité, qui permet d’atténuer
la pauvreté, non seulement dans les pays du sud
mais également en Allemagne.
L’inégalité dans la consommation
est bien moindre que l’inégalité financière:
Les données SHARE sur la consommation, les premières
du genre, révèle nt d’étonnantes
différences entre les pays. Le niveau de consommation
alimentaire est nettement inférieur dans les pays
nordiques (par exemple , Suède et Danemark) par
rapport aux autres pays de l’enquête. Dans
les 11 pays, l’inégalité dans la consommation
est moindre que l’inégalité de revenu,
et l’inégalité de revenu moindre que
l’inégalité de richesse.
Des résultats tels que ceux-ci montrent que l’enquête
SHARE nous éclaire quant à la manière
dont le processus de vieillissement risque de nous affecter.
Elle présente une richesse de faits et d’analyses
en santé publique, sciences sociales, et économie
qui dresse un portrait de la vie des Européens âgés
de 50 ans et plus : leur santé, leur famille,
leurs réseaux sociaux, leur situation économique
et leur bonheur.
Contact: www.share-project.org. Coordinateur: Professor
Axel Börsch-Supan, Director, Mannheim Research Institute
for the Economics of Aging, +49-621-181-1861.