Le vieillissement sous la loupe des Mutualités chrétiennes
Le vieillissement ressemble à la vie. Ni simple, ni
condensable en trois lignes. Les Mutualités chrétiennes
ont réussi ce pari d’analyser le coût
budgétaire global de l’avancée en âge.
Une analyse qui interpelle les hommes politiques tout autant
que le marché des seniors. Ces derniers y apparaissent
diversifiés et solidaires. Bilan et perspectives.
Premier
pas important : un retraité n’entre
pas automatiquement dans le vieillissement. Ce ne viendra
que quand l’âge d’or rejoindra le grand âge.
En outre, fortes de ce constat, les Mutualités chrétiennes
s’interrogent sur la capacité de notre société à assumer
le nombre sans cesse croissant de personnes âgées
et très âgées… sans pour autant
crier au casse-cou en accablant les anciens de tous les
maux. Certes les soins de santé vont augmenter d’environ
1% de 2010 à 2030, mais une série de facteurs
entrent en jeu pour en contrer l’impact : comportements,
modes de vie, valeurs propres à chaque génération… sans
oublier les revalorisations de barèmes, les nouvelles
technologies, le confort, les exigences de chacun en terme
de qualité de vie. Et nous n’avons rien dit
des compensations à la hausse du pouvoir d’achat
ou des formules futures de prise en charge des personnes âgées.
Christian Léonard, responsable du service Recherche
et Développement : «Le fait que vieillissement
en tant que tel ne joue pas un rôle prépondérant
dans l’évolution des dépenses de santé,
peut être compris comme un message rassurant…»
En clair, il est de la responsabilité des hommes
politiques de réduire les effets budgétaires
du vieillissement par des mesures adéquates.
Jean Hermesse, secrétaire national des Mutualités
chrétiennes, se risque à des recommandations
politiques. Cinq pistes sont proposées :
le financement solidaire (mais ce financement complémentaire
sera-t-il privé ou social ?),
une meilleure maîtrise des coûts et des
indications médicales car les médicaments
coûtent
de plus en plus cher
la reconnaissance et le soutien des aidants naturels
(mari, enfants, amis…) par la création d’une
assurance dépendance fédérale appelée
assurance autonomie
une meilleure coordination et une meilleure information à propos
des services disponibles (véritable casse-tête,
même pour les professionnels, à l’heure
actuelle)
des assurances complémentaires, mais sans conditions
d’exclusion.
Le fameux effet générationnel
Ecoutons de nouveau C. Léonard qui apporte une distinction
importante pour comprendre non seulement le vieillissement
mais l’évolution sociale tout entière
: «C’est le taux de croissance des dépenses
publiques de santé qui exige une réflexion
profonde sur son mode de financement d’une part et
sur l’opportunité de certaines dépenses
d’autre part, qu’il s’agisse de leur
prix unitaire (le coût du matériel médical
par exemple) ou de leur volume (le nombre d’antibiotiques
prescrits par exemple). La majeure partie (90 %) de la
croissance annuelle n’est donc en rien la conséquence
de l’effet vieillissement mais résulte d’un
effet que nous appelons «générationnel».
Cet effet se manifeste lorsqu’on compare le niveau
de consommation de soins entre époques pour un âge
donné.
Pourquoi cela est-il si intéressant ? Tout simplement
parce que, en dix ans, on peut parler d’une nouvelle
génération tant les techniques évoluent
vite. Si bien que les attentes des patients et des prestataires
de soins en sont modifiées.
C. Léonard : « Ces attentes sont également
profondément influencées par les découvertes
et leurs promesses, par les «valeurs» véhiculées
par les publicités et les média. Ne recevons-nous
pas quotidiennement des messages qui nous invitent à rester
jeunes, devenir (plus) beaux, être plus performants
physiquement ?»
Autre point fort du regard singulièrement innovateur
des Mutualités chrétiennes : elles insistent
sur le lien très fort qui existe entre les générations
et ne voudraient pas que les seniors en soient réduits à des
chiffres et des numéros.
Ce lien, les plus âgés le construisent en
tant que grands-parents, mais aussi par le soutien moral,
affectif et parfois financier qu’elles donnent aux
générations intermédiaires. Comme
le dit assez judicieusement C. Léonard : «Des
expériences de plus en plus nombreuses montrent à quel
point nous avons tous à gagner à cette cohabitation
entre générations. Nous pourrions ajouter
le marché juteux que constitue la part des personnes âgées
qui disposent d’un bon pouvoir d’achat et qui
sont l’objet d’une publicité très
ciblée !»
Et dire que ce dernier constat échappe quelquefois à des
spécialistes en marketing !