Le vieillissement normal et les autres fonctions cognitives
Le vieillissement normal a un effet très léger
sur le langage, du moins avant 75 ans.
Le discours conversationnel
spontané ne semble pas modifié. Par contre,
comme évoqué plus haut, les personnes âgées
présentent davantage de difficultés à évoquer
les noms propres que les plus jeunes.
Les fonctions attentionnelles reprennent l’attention
sélective (capacité à sélectionner
les informations pertinentes tout en ne se laissant pas distraire
par la présence d’informations distractrices),
l’attention divisée (capacité à réaliser
deux tâches simultanées) et l’attention
soutenue (capacité à rester attentif à une
même tâche pendant un laps de temps plus long).
Au cours du vieillissement, on observe une diminution de
l’efficacité attentionnelle. L’attention
sélective et l’attention divisée sont
altérées. De plus, la vitesse globale de traitement
des informations est ralentie.
Au niveau de l’efficience intellectuelle globale, le
vieillissement semble davantage affecter les capacités
de raisonnement, de logique alors que la culture générale
se voit même améliorée avec la montée
en âge.
Enfin, la vie quotidienne nécessite de faire des choix,
des plus complexes (« Comment vais-je penser ma vie
professionnelle ? »), aux plus simples (« Que
vais-je préparer pour le dîner ? »). Pour
réaliser ces choix, des plans doivent être mis
en place (« Je préfère travailler en équipe
qu’en individuel ») et des décisions doivent être
prises (« Je vais postuler à telle offre et
non à telle autre ») tout en conservant une
certaine flexibilité (« Si cela ne marche pas,
je peux me garder une ouverture en postulant dans cette entreprise
quand même »). Ces diverses capacités
renvoient au concept de fonctions dites « exécutives »,
ensemble de processus dont la fonction principale est de
faciliter l’adaptation de la personne à la nouveauté.
Il semblerait que le vieillissement affecte l’efficacité de
ces fonctions. En effet, les personnes âgées
ont davantage de difficultés à prendre des
décisions, à passer d’une décision à une
autre si la nécessité s’en fait ressentir,
ou à inhiber des informations non pertinentes pour
le plan en cours.
Conclusion
L’ensemble des informations présentées
ci-dessus nous apprend donc que le vieillissement normal
s’accompagne d’une part, d’une préservation
de certaines fonctions cognitives (le vocabulaire ou la culture
générale, le langage, la communication, la
mémoire sémantique, et procédurale,
etc.) ; et, d’autre part, d’une altération
du fonctionnement d’autres, en particulier de la mémoire à long
terme et des fonctions exécutives. Cette idée
de mosaïque vient combattre les visions d’une
vieillesse nécessairement sénile, qui cherche
ses mots et ses souvenirs au travers de conversations sans
intérêt qui tirent en longueur. La personne âgée
se présente alors dans toutes ses richesses autant
que ses faiblesses, dans sa sagesse et ses moments de doute.
Néanmoins, même si ces modifications cognitives
liées à l’âge restent du domaine
du normal, elles suscitent des plaintes réelles chez
certaines personnes âgées et doivent être
prises en considération. De plus, d’autres facteurs
surajoutés comme la fatigue physique, un choc émotionnel,
la perte de confiance en soi, la maladie, l’alcool,
la prise de certains médicaments (comme des antidépresseurs
ou des somnifères) peuvent venir en accentuer la présence.
Nous oublions parfois des éléments que nous
pensions avoir appris mais pour lesquels nous étions
fatigués ou pour lesquels nous avons mis de mauvais
indices, et que nous n’avons pas correctement encodés.
Au moment de la récupération de ces éléments,
la trace mnésique n’est pas suffisante, et nous
ne pouvons les retrouver.
Les personnes âgées qui s’inquiètent
de l’état de leurs capacités cognitives
et qui se demandent si leurs oublis sont toujours de l’ordre
du normal ou s’ils sont les signes de l’installation
d’une pathologie dégénérative
de type démence d’Alzheimer peuvent s’adresser,
entre autre, à un neuropsychologue. De manière
très générale, les consultations neuropsychologiques
impliquent un bilan cognitif complet (mémoire, attention,
langage, raisonnement, fonctions exécutives, etc.)
dont le but est d’identifier et de comprendre de façon
détaillée l’origine des difficultés.
Il est indispensable de distinguer les troubles fonctionnels
bénins e la mémoire qui peuvent être
gênants mais dont le pronostic reste bon, des signes
d’un début démence, qui doit être
prise médicalement en charge le plus tôt possible.
Suite à ce bilan, selon la demande et selon les cas,
des prises en charge neuropsychologiques peuvent être
envisagées afin de diminuer l’impact des difficultés
cognitives sur la vie quotidienne. En effet, il faut combattre
l’idée d’un certain fatalisme ambiant « C’est
l’âge, il n’y a plus rien à faire ».
Parallèlement, les personnes âgées qui
voudraient comprendre l’origine de leurs difficultés
et apprendre des stratégies mnémotechniques
d’optimisation de la mémoire peuvent participer à des
ateliers-mémoire. Ainsi, l’asbl Le Bien Vieillir
propose des ateliers-mémoire spécifiquement
adressés aux personnes âgées mais également
des formations pour les professionnels engagés dans
la sphère gérontologique qui désirent
pouvoir mettre en place avec les personnes âgées
qu’ils encadrent des activités davantage axées
sur la mémoire. Davantage d’informations concernant
les stratégies mnémotechniques et les ateliers-mémoire
seront présentées dans le troisième
volet de cet exposé relatif aux relations entre le
vieillissement et les fonctions cognitives.
Pour conclure sur l’idée de la mosaïque
du vieillissement normal, je me permettrai de citer Marcel
Proust dans Le temps retrouvé (Cahiers manuscrits), « On
peut ne déjà plus pouvoir se rappeler les faits
pratiques et journaliers, oublier les réponses urgentes,
même ne pas trouver le mot qui veut dire telle chose
et le nom qui veut dire telle personne, qu’on peut
encore faire jouer sa pensée sur les plus hauts sommets.
L’esprit est pareil à ces régions montagneuses
où les cimes brillent encore, quand la vallée
est dans l’ombre. »