Dans la littérature sur le sujet, il est bien admis
que la mémoire semble très sensible aux effets
du vieillissement normal.
Néanmoins, le fait de considérer
la mémoire comme un ensemble de systèmes et
de processus différents et non comme une entité monolithique
permet à nouveau de moduler l’idée unique
des effets délétères du vieillissement
sur la mémoire. On s’accorde pour distinguer
quatre systèmes mnésiques principaux : la mémoire
de travail, la mémoire sémantique, la mémoire
procédurale, et la mémoire épisodique.
Par définition, la mémoire de travail, également
appelée mémoire à court terme, est un
système de stockage de capacité limitée
mais actif de l’information, et qui a pour fonction
de maintenir temporairement, c’est-à-dire pendant
quelques secondes, l’information en mémoire
pendant la réalisation de tâches cognitives
diverses. La mémoire de travail permet de réaliser
toute une série d’activités de la vie
quotidienne, comme retenir un numéro de téléphone
que vous venez de lire dans le bottin afin de le composer
tout de suite ; ou participer à une conversation tout
en effectuant les différentes étapes d’une
recette de cuisine. Elle vous permet également de
faire du calcul mental. En effet, pour effectuer des calculs
du type de 345 + 128 = 473, il vous est nécessaire
de décomposer les nombres, de mémoriser toute
une série d’opérations et de résultats
intermédiaires et d’effectuer de fréquents
allers retours entre la mémoire à long terme
et la mémoire à court terme. L’oubli
en mémoire de travail est lié au décours
temporel et à la présence d’informations
interférentes. En effet, si une personne vous interrompt
pendant que vous essayez de former le numéro de téléphone
que vous venez de lire dans le bottin, vous risquez de mélanger
les chiffres de ce numéro. Au cours du vieillissement,
on observe un déclin très faible des capacités
de stockage de l’information ; par contre, les capacités
de traitement et de manipulation de l’information (le
fait de pouvoir effectuer plusieurs tâches en simultané par
exemple), sont davantage affectées.
A côté de la mémoire de travail, les
trois autres systèmes de mémoire concernent
la rétention d’informations à plus long
terme c’est-à-dire pour une durée supérieure à quelques
secondes. Il s’agit de la mémoire sémantique,
procédurale et épisodique. Théoriquement,
ces systèmes ont une capacité de stockage illimitée.
L’oubli en mémoire à long terme est également
lié à la durée (les années qui
passent) et à la présence d’interférence
(comme par exemple lorsque les situations d’apprentissage
sont très proches les unes des autres).
La mémoire sémantique reprend toutes les connaissances
que le sujet a sur le monde qui l’entoure, sans référence
au moment précis où l’information a été mémorisée.
La mémoire sémantique reprend par exemple le
vocabulaire : tout le monde sait ce qu’est une « chaise » ou
un « avion », ce que signifie le mot « écouter » et
le mot « comprendre », tout le monde peut décrire
une « girafe » ou un « canard ».
Au cours du vieillissement, on n’observe pas de déclin
de la mémoire sémantique avant 75 ans, mais
plutôt une amélioration des performances au
cours d’épreuves de vocabulaire par exemple.
Par contre, l’accès aux mots, et plus particulièrement
aux noms propres, semble ralenti.
La mémoire procédurale quant à elle
concerne les savoir-faire qui s’expriment au cours
de l’activité du sujet sans que celui-ci en
ait conscience. Par exemple, le fait de rouler à vélo
: il est très difficile de décrire comment
vous vous y prenez pour rouler à vélo, mais
vous savez le faire, et vous avez dû l’apprendre à un
moment donné. La mémoire procédurale
est le système mnésique qui résiste
le mieux aux effets délétères du vieillissement,
tant au niveau de la réalisation d’actions qu’au
niveau de l’acquisition de nouvelles actions.
Enfin, la mémoire épisodique regroupe les souvenirs
des événements personnellement vécus,
ainsi que le contexte spatial et temporel particulier de
ces souvenirs. La personne est capable de préciser
où a eu lieu la scène dont elle se souvient
(par ex : c’était en vacances en Provence avec
des amis), et elle peut aussi en préciser la date
(par ex : c’était au mois de juillet 1993).
Ce sont souvent des souvenirs très riches, qui englobent
une succession de scènes, généralement
visuelles, que l’on peut se repasser comme un film.
Cette mémoire concerne, par exemple, les souvenirs
autobiographiques : tout le monde est capable de se rappeler
le jour de son mariage ; un événement de son
enfance ; ou encore les lieux visités au cours des
dernières vacances. Elle concerne aussi des événements
plus récents et qui resteront moins longtemps en mémoire
comme par exemple la liste des courses qu’on a mémorisée
ce matin dans sa cuisine avant d’aller au supermarché.
Au cours du vieillissement, on observe un déclin de
la mémoire épisodique qui s’accélère
davantage après 70 ans. Ce déclin est celui
qui est le plus spontanément rapporté par les
personnes âgées elles-mêmes ou par leur
entourage (« Je ne sais plus ce que j’ai fait
la veille, ce que m’a raconté telle personne »,
etc.)
En mémoire épisodique, on considère
que l’information suit successivement trois étapes,
appelées également « processus mnésiques » :
l’encodage (inscription de l’information), la
rétention (stockage de l’information) et la
récupération (recherche de l’information).
Il semblerait que les personnes âgées soient
toujours capables d’encoder et de récupérer
les informations, mais moins efficacement. C’est-à-dire,
que spontanément, elles ne mettent pas en œuvre
les stratégies les plus efficaces, leur permettant
d’une part, d’encoder richement et distinctivement
les informations, et d’autre part, de les récupérer
rapidement. Par contre, quand on les aide à effectuer
ces processus d’encodage ou de récupérations
stratégiques, elles sont autant capables de les appliquer
que des plus jeunes.
En conclusion, l’analyse détaillée des
effets du vieillissement sur les différents systèmes
mnésiques met à nouveau en évidence
la préservation de certains systèmes, comme
la mémoire procédurale ou sémantique
; tandis que d’autres sont altérés, comme
la mémoire épisodique et la mémoire
de travail.