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Johan Vande Lanotte

Le vieillissement normal et la mémoire

Dans la littérature sur le sujet, il est bien admis que la mémoire semble très sensible aux effets du vieillissement normal.

Néanmoins, le fait de considérer la mémoire comme un ensemble de systèmes et de processus différents et non comme une entité monolithique permet à nouveau de moduler l’idée unique des effets délétères du vieillissement sur la mémoire. On s’accorde pour distinguer quatre systèmes mnésiques principaux : la mémoire de travail, la mémoire sémantique, la mémoire procédurale, et la mémoire épisodique.

Par définition, la mémoire de travail, également appelée mémoire à court terme, est un système de stockage de capacité limitée mais actif de l’information, et qui a pour fonction de maintenir temporairement, c’est-à-dire pendant quelques secondes, l’information en mémoire pendant la réalisation de tâches cognitives diverses. La mémoire de travail permet de réaliser toute une série d’activités de la vie quotidienne, comme retenir un numéro de téléphone que vous venez de lire dans le bottin afin de le composer tout de suite ; ou participer à une conversation tout en effectuant les différentes étapes d’une recette de cuisine. Elle vous permet également de faire du calcul mental. En effet, pour effectuer des calculs du type de 345 + 128 = 473, il vous est nécessaire de décomposer les nombres, de mémoriser toute une série d’opérations et de résultats intermédiaires et d’effectuer de fréquents allers retours entre la mémoire à long terme et la mémoire à court terme. L’oubli en mémoire de travail est lié au décours temporel et à la présence d’informations interférentes. En effet, si une personne vous interrompt pendant que vous essayez de former le numéro de téléphone que vous venez de lire dans le bottin, vous risquez de mélanger les chiffres de ce numéro. Au cours du vieillissement, on observe un déclin très faible des capacités de stockage de l’information ; par contre, les capacités de traitement et de manipulation de l’information (le fait de pouvoir effectuer plusieurs tâches en simultané par exemple), sont davantage affectées.

A côté de la mémoire de travail, les trois autres systèmes de mémoire concernent la rétention d’informations à plus long terme c’est-à-dire pour une durée supérieure à quelques secondes. Il s’agit de la mémoire sémantique, procédurale et épisodique. Théoriquement, ces systèmes ont une capacité de stockage illimitée. L’oubli en mémoire à long terme est également lié à la durée (les années qui passent) et à la présence d’interférence (comme par exemple lorsque les situations d’apprentissage sont très proches les unes des autres).

La mémoire sémantique reprend toutes les connaissances que le sujet a sur le monde qui l’entoure, sans référence au moment précis où l’information a été mémorisée. La mémoire sémantique reprend par exemple le vocabulaire : tout le monde sait ce qu’est une « chaise » ou un « avion », ce que signifie le mot « écouter » et le mot « comprendre », tout le monde peut décrire une « girafe » ou un « canard ». Au cours du vieillissement, on n’observe pas de déclin de la mémoire sémantique avant 75 ans, mais plutôt une amélioration des performances au cours d’épreuves de vocabulaire par exemple. Par contre, l’accès aux mots, et plus particulièrement aux noms propres, semble ralenti.

La mémoire procédurale quant à elle concerne les savoir-faire qui s’expriment au cours de l’activité du sujet sans que celui-ci en ait conscience. Par exemple, le fait de rouler à vélo : il est très difficile de décrire comment vous vous y prenez pour rouler à vélo, mais vous savez le faire, et vous avez dû l’apprendre à un moment donné. La mémoire procédurale est le système mnésique qui résiste le mieux aux effets délétères du vieillissement, tant au niveau de la réalisation d’actions qu’au niveau de l’acquisition de nouvelles actions.

Enfin, la mémoire épisodique regroupe les souvenirs des événements personnellement vécus, ainsi que le contexte spatial et temporel particulier de ces souvenirs. La personne est capable de préciser où a eu lieu la scène dont elle se souvient (par ex : c’était en vacances en Provence avec des amis), et elle peut aussi en préciser la date (par ex : c’était au mois de juillet 1993).

Ce sont souvent des souvenirs très riches, qui englobent une succession de scènes, généralement visuelles, que l’on peut se repasser comme un film. Cette mémoire concerne, par exemple, les souvenirs autobiographiques : tout le monde est capable de se rappeler le jour de son mariage ; un événement de son enfance ; ou encore les lieux visités au cours des dernières vacances. Elle concerne aussi des événements plus récents et qui resteront moins longtemps en mémoire comme par exemple la liste des courses qu’on a mémorisée ce matin dans sa cuisine avant d’aller au supermarché.

Au cours du vieillissement, on observe un déclin de la mémoire épisodique qui s’accélère davantage après 70 ans. Ce déclin est celui qui est le plus spontanément rapporté par les personnes âgées elles-mêmes ou par leur entourage (« Je ne sais plus ce que j’ai fait la veille, ce que m’a raconté telle personne », etc.)

En mémoire épisodique, on considère que l’information suit successivement trois étapes, appelées également « processus mnésiques » : l’encodage (inscription de l’information), la rétention (stockage de l’information) et la récupération (recherche de l’information). Il semblerait que les personnes âgées soient toujours capables d’encoder et de récupérer les informations, mais moins efficacement. C’est-à-dire, que spontanément, elles ne mettent pas en œuvre les stratégies les plus efficaces, leur permettant d’une part, d’encoder richement et distinctivement les informations, et d’autre part, de les récupérer rapidement. Par contre, quand on les aide à effectuer ces processus d’encodage ou de récupérations stratégiques, elles sont autant capables de les appliquer que des plus jeunes.

En conclusion, l’analyse détaillée des effets du vieillissement sur les différents systèmes mnésiques met à nouveau en évidence la préservation de certains systèmes, comme la mémoire procédurale ou sémantique ; tandis que d’autres sont altérés, comme la mémoire épisodique et la mémoire de travail.


A lire aussi :

      Le vieillissement cognitif normal
      Le vieillissement normal et les autres fonctions cognitives

Textes : Valentine Charlot, docteur en psychologie de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve
Source : "Le Gestionnaire"
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