«J’ai la mémoire qui flanche.
J’me souviens plus très bien. Quel pouvait être
son prénom. Et quel était son nom. Il s’appelait,
je l’appelais … Comment l’appelait-on
? Pourtant c’est fou, ce que j’aimais, l’appeler
par son nom.» Jeanne Moreau, 1963.
Les quelques paroles de cette ancienne chanson sont encore
connues par un grand nombre de personnes, même si pour
la plupart d’entre nous, elles ne résonnent
pas comme une réalité de notre quotidien. Pourtant,
en prenant de l’âge, de plus en plus de personnes
se plaignent de difficultés cognitives, et en particuliers
de difficultés de mémoire. Ces plaintes sont
vécues par certains comme une fatalité, un
aléa d’un vieillissement somme toute, normal.
Pour d’autres en revanche, elles suscitent la crainte
et l’inquiétude de voir apparaître le
spectre de la déchéance mentale, de ne plus
savoir «Qui es-tu ? Qui suis-je».
Qu’en est-il en réalité ? Quelles sont
les difficultés que nous pouvons attribuer au vieillissement
normal ? Quels sont les signes auxquels il faut être
attentifs ? Peut-on y remédier ?
L’exposé qui va suivre a pour objectif de fournir
une réponse sommaire à la première question,
celle du vieillissement cognitif normal. Deux autres exposés
suivront dans les prochaines parutions du «Gestionnaire
des MRPA/MRS». Le premier sera réservé au
vieillissement cognitif pathologique, et en particulier à la
maladie d’Alzheimer ; et le second aux stratégies
permettant de pallier, dans la vie quotidienne, à l’ensemble
des difficultés cognitives rencontrées au cours
du vieillissement, qu’elles concernent la mémoire
ou les autres fonctions cognitives.
La métaphore de la mosaïque
Au cours de ces vingt dernières années, un
nombre croissant de recherches en psychologie du vieillissement
ont eu pour objectif de mieux comprendre l’impact de
l’âge sur le fonctionnement de la mémoire,
du langage, de l’attention, du raisonnement et des
autres processus de traitement de l’information. Ces études
ont autant veillé à décrire le plus
minutieusement possible les difficultés cognitives
qu’à en expliquer le pourquoi.
Ce qui me semble le plus important à retenir de l’ensemble
de ces études, c’est l’idée selon
laquelle le vieillissement cognitif normal se présente
comme une mosaïque de fonctions préservées
et altérées. En effet, même si les résultats
de ces études ont clairement démontré qu’en
prenant de l’âge, les personnes présentaient
un certain déclin cognitif, il est néanmoins
apparu que pour certains aspects du langage par exemple,
les performances de ces mêmes personnes âgées
pouvaient s’avérer équivalentes voire
supérieures à celles d’adultes plus jeunes.
De plus, toutes les personnes âgées ne vieillissent
pas de la même façon, tant au niveau physique,
social que cognitif. Le niveau d’études de ces
personnes, leur degré d’expertise dans certains
domaines cognitifs, leur activité physique, les stratégies
d’adaptation qu’elles ont mises en œuvre,
etc. sont autant de facteurs qui peuvent moduler les effets
de l’âge sur les capacités cognitives.