Parmi les pistes les plus importantes : la recherche,
les nouveaux produits, mais aussi le travail des jeunes
et celui
des seniors de 54-65 ans. Le tout lié à une économie
florissante.
Idéalement, pour Johan Vande Lanotte, il faudrait
:
Augmenter la qualification des jeunes en recourant à leurs
talents.
Former à tous les âges
Inciter les entreprises et les pouvoirs publics à dépenser
0,5% du budget, soit 1,25 milliard d'euros en plus par
an à la
recherche.
La recherche, surtout dans le secteur high-tech,
est insuffisamment transformée en brevets (21.9 brevets par million d'habitants – 27.8
en UE). Un centre de connaissance est indispensable.
Le manque de capital de départ et de capital pour
une première expansion reste un déficit structurel,
qui exige l'intervention des autorités.
Nous sommes spécialisés dans la production
industrielle classique de technologie de pointe (automobiles,
tapis, acier). Les "nouveaux" produits ne sont
pas notre point fort. C'est pourquoi les entreprises publiques
et privées doivent surtout investir dans les secteurs
des TIC et orientés vers le réseau, les PME
doivent y être soutenues, les cartes d'identité électroniques
constituent un aide supplémentaire, et l'accès
internet doit être moins cher.
Pour les entreprises de qualité concurrentielle également, les
coûts du travail sont importants. Il faudrait une moindre contribution
des employeurs, moins de charges sur les revenus du travail (cotisation et impôts
des personnes) et une forte limitation de la hausse salariale sans toucher à l'indexation.
La croissance ne se traduira pas ici en emploi, les organisations syndicales
doivent oser l'expliquer plus clairement à leurs membres.
Notre législation de l'emploi est démodée et industrielle:
les règles en matière d'emploi intérimaire, de plan de carrière,
etc. ne sont plus adaptés. Les partenaires sociaux se défilent
encore trop, parlent surtout des procédures mais tant va la cruche à l'eau
qu'à la fin elle se brise. Reconnaître et régler les nouvelles
réalités est une bien meilleure option que l'actuelle retenue.
D'ici 2030, la population belge augmentera de 600.000
têtes mais le
nombre de personnes en âge de travailler diminuera de 200.000. Avec autant
de personnes en moins, créer autant de prospérité est impossible.
Entre-temps, nous excluons structurellement un très grand nombre de personnes
du processus du travail, notamment les jeunes, un certain nombre de femmes, et
beaucoup de ressortissants non européens. Enfin, les chances d'emploi
pour les travailleurs plus âgés sont très faibles. Pour le
groupe des 55-64 ans, l'emploi en Belgique est même le dernier des états
membres de l'UE (28,1 % par rapport à la moyenne de 41,5 % en UE). Les
débats sociaux sur le sujet sont enlisés dans une guerre stérile
des affirmations où l'on donne l'impression que seule la suppression des
prépensions peut sauver le pays, d'une part et où l'on répète
sans cesse qu'il n'y a quasi pas de problèmes et que les systèmes
de mise à pied actuels sont sacrés et incontestables. Il s'agit
d'une constatation étrange selon laquelle l'État et les employeurs
consacrent une très grande partie de leur budget pour éviter que
les gens puissent à nouveau trouver du travail et que les efforts consentis
pour trouver du travail aux personnes licenciées sont beaucoup moins grands.
Si les gens travaillent, les impôts et les cotisations sociales sont élevés,
s'ils sont encouragés à ne pas travailler, ceux-là sont
beaucoup plus faibles. Aucune personne sensée ne peut défendre
cette idée. Quoi qu'il en soit, tous les partenaires devront apporter
dans les prochaines années leur soutien afin de créer plus d'emplois
et afin d'assurer que les jeunes et les travailleurs âgés de plus
de 50 ans en bénéficient aussi. En d'autres termes, l'âge
ne peut plus être l'unique critère lors de restructurations et il
doit y avoir davantage de nouvelles options plus attrayantes pour les personnes
qui se voient obligées de changer d'emploi. Il importe ici de prêter
attention tant au volet financier, à l'organisation de travail qu'il faut
adapter, qu'au soutien actif des personnes obligées de changer
d'emploi.
Néanmoins, nous devons éviter autant que possible d'adopter
une politique purement axée sur les groupes cibles. Le Conseil supérieur
de l'emploi a lié un nombre de caractéristiques générales
de notre marché de l'emploi aux résultats en matière d'emploi.
Il est important de prendre cette analyse au sérieux lors du développement
de la politique de l'emploi. En premier lieu, le Conseil supérieur de
l'emploi établit un rapport clair entre la mobilité professionnelle
et l'emploi. Le terme 'mobilité' implique ici tant un changement de
travail qu'un changement de fonction. Une constatation tout aussi importante
est celle concernant la "taxation implicite de la continuation du travail".
Pour le résumer en de plus simples termes, c'est le rapport entre les
incitants financiers pour continuer de travailler et les incitants financiers
pour arrêter le travail. En Belgique, ce rapport se révèle
très négatif: il n'est pas intéressant de continuer
de travailler.
(…) De plus, il faut se libérer de la conception, tout à fait
incorrecte, que l'activation d'un groupe empêchera un autre groupe de
trouver un emploi. L'argument qu'on entend alors est que les premiers emplois
poussent les travailleurs plus âgés du marché de travail
et que les programmes pour les travailleurs plus âgés réduisent
les opportunités des jeunes.
Nous sommes dans la situation suivante: les entreprises ont besoin
de travailleurs, mais ne les trouvent pas. En même temps, il y a un taux de chômage élevé.
Il est donc nécessaire d'avoir tant des incitants de croissance spécifiques
qu'une disponibilité plus élevée. Il est par ailleurs
possible de démontrer que l'énorme croissance de l'économie
de l'Europe occidentale a été stimulée dans une large
mesure par la forte augmentation de la population active chez les hommes et
les femmes. Dans tous les pays, un taux de participation plus élevé chez
les jeunes mène d'ailleurs aussi à une participation plus élevée
des personnes plus âgées et vice versa. Cela ressort probablement
de la constatation que pour ces groupes, une participation élevée
est le résultat d'une politique de l'emploi efficace et équitable.
L'économie belge se caractérise par le grand impact du secteur
des services, avec un très important secteur des services non marchands:
l'enseignement, les soins, la santé publique, l'aide gériatrique,
etc. En outre, c'est notamment le vieillissement qui fera développer
de nouveaux secteurs (un premier exemple: les titres-services), ce qui nous
obligera de modifier la réglementation.
Une économie ouverte et florissante ne peut pas se développer
dans un pays où le transport est difficile. En matière de mobilité,
il y a déjà d'importants investissements dans les transports
publics qui seront encore plus importants à l'avenir. Un plan global
de mobilité pour tout le territoire et tous les modes de transport s'impose.
Ce plan devra garantir l'accessibilité des grands centres
urbains.
Il est évident que l'introduction effective de changements structurels
dans les douze domaines énumérés constitue un projet très étendu
impliquant une rénovation et un rajeunissement radicaux de notre réseau économique,
auquel toutes les groupes d'âge participeront. D'une manière quelque
peu polémique, j'ose dire que le thème central des prochaines
années ne sera pas le vieillissement, mais bien la rénovation,
l'innovation et le rajeunissement. En outre, cela signifie que nous passons
d'une politique défensive à une politique offensive: nous n'essayons
pas de nous préparer à un problème inévitable comme
le vieillissement, mais nous nous engageons à réinventer la manière
dont nous développons notre prospérité pour les générations
suivantes. Toutes les générations, celle d'aujourd'hui
aussi bien que celles de demain en profiteront.
Il n'y a pas lieu de paniquer ou d'être défaitiste. Il s'agit
d'un grand défi auquel on est capable de répondre. La création
d'emplois est cruciale. Le Conseil supérieur des Finances a chiffré qu'avec
un taux de participation de 70% en 2020, il sera possible de couvrir les coûts
du vieillissement, mais il indique également qu'avec un taux de participation
de 71%, le coût du vieillissement serait inférieur d'un quart.
On ne peut guère donner une meilleure illustration de l'importance d'une
nouvelle dynamisation de notre économie. Une telle perspective est le
meilleur motif de faire de la modernisation de notre système socio-économique
un projet commun. Je n'exagère pas quand j'affirme que jusqu'à présent,
trop de tabous subsistent encore et que l'immobilisme domine. »
A propos du vieillissement en général
:
«
Dans ce qui précède, j'ai prêté peu attention aux
changements de politique qu'impose le vieillissement lui-même, mais cela
ne veut aucunement dire qu'il n'en existe pas. Le vieillissement oblige d'effectuer
une profonde réorientation de l'offre de la santé publique et
du secteur des soins tout court. De plus, nous devons faire des choix drastiques
afin de pouvoir maîtriser les coûts, plus que cela n'était
le cas dans le passé. Une des conséquences du vieillissement
est que les aspirations sociales des nouvelles générations de
retraités (avec de longues et actives carrières pension) sont
plus grandes, ce qui mène aussi à une activité économique
supplémentaire. Cela nécessite de démocratiser le deuxième
pilier.
Si nous réussissons à mettre plus de personnes au travail, l'on
observera qu'il y aura en moyenne une augmentation significative de l'âge
des travailleurs. Cela demande un changement des relations avec les travailleurs,
vu que la productivité des gens plus âgés a d'autres dimensions
que celle des jeunes gens.
Le vieillissement implique également qu'on gère de manière économe
la nouvelle prospérité: d'ici 2012, la dette doit être
réduite à 60%, mais ici, on peut souligner sans triomphalisme
que nous respectons complètement le scénario établi pour
la réduction de la dette. Maintenant que nous avons atteint l'équilibre
structurel, nous pouvons modifier la loi sur le Fonds du vieillissement. Cela
ne signifie pas que nous serons plus stricts, mais que nous fixons plus clairement
l'objectif dans la loi (1).
Ce projet exige que les participants aient l'esprit ouvert et ne craignent
pas la rénovation. Garder ce que nous avons sur le plan économique
et social est la pire attitude et nous mène nulle part.
(1) Dans le cadre d'une politique budgétaire cohérente, il
me paraît opportun d'adapter la loi sur le Fonds de vieillissement afin
de fixer légalement les versements annuels dans le Fonds de vieillissement.
On part d'un versement de 0,3% du PNB en 2007, avec une majoration annuelle
de 0,2% jusque en 2012; pour la période après 2012 une nouvelle
série doit être fixée en 2010. De plus, les conditions
pour le versement doivent être renforcées; plus particulièrement,
nous devons avancer que le surplus de l'autorité globale de la même
grandeur que le versement puisse être réalisé; à moins
qu'il ne doive y avoir un montant, si cela correspond à une réduction
réelle de la dette qui ne compte pas pour le budget. Ce dernier montant
doit être limité à 250 Mln d'euros par an jusqu'en 2010
et à 500 Mln d'euros par an après 2010. Ces règles doivent êtres
prévues dans une dérogation lorsque pendant 2 années de
suite, la croissance économique est au-dessous des 2% ou au-dessus des
3 %.