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Johan Vande Lanotte

Les 12 pistes du ministre du Budget

Parmi les pistes les plus importantes : la recherche, les nouveaux produits, mais aussi le travail des jeunes et celui des seniors de 54-65 ans. Le tout lié à une économie florissante.

Idéalement, pour Johan Vande Lanotte, il faudrait :

  1. Augmenter la qualification des jeunes en recourant à leurs talents.
  2. Former à tous les âges
  3. Inciter les entreprises et les pouvoirs publics à dépenser 0,5% du budget, soit 1,25 milliard d'euros en plus par an à la recherche.
  4. La recherche, surtout dans le secteur high-tech, est insuffisamment transformée en brevets (21.9 brevets par million d'habitants – 27.8 en UE). Un centre de connaissance est indispensable.
  5. Le manque de capital de départ et de capital pour une première expansion reste un déficit structurel, qui exige l'intervention des autorités.
  6. Nous sommes spécialisés dans la production industrielle classique de technologie de pointe (automobiles, tapis, acier). Les "nouveaux" produits ne sont pas notre point fort. C'est pourquoi les entreprises publiques et privées doivent surtout investir dans les secteurs des TIC et orientés vers le réseau, les PME doivent y être soutenues, les cartes d'identité électroniques constituent un aide supplémentaire, et l'accès internet doit être moins cher.
  7. Pour les entreprises de qualité concurrentielle également, les coûts du travail sont importants. Il faudrait une moindre contribution des employeurs, moins de charges sur les revenus du travail (cotisation et impôts des personnes) et une forte limitation de la hausse salariale sans toucher à l'indexation. La croissance ne se traduira pas ici en emploi, les organisations syndicales doivent oser l'expliquer plus clairement à leurs membres.
  8. Notre législation de l'emploi est démodée et industrielle: les règles en matière d'emploi intérimaire, de plan de carrière, etc. ne sont plus adaptés. Les partenaires sociaux se défilent encore trop, parlent surtout des procédures mais tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise. Reconnaître et régler les nouvelles réalités est une bien meilleure option que l'actuelle retenue.
  9. D'ici 2030, la population belge augmentera de 600.000 têtes mais le nombre de personnes en âge de travailler diminuera de 200.000. Avec autant de personnes en moins, créer autant de prospérité est impossible. Entre-temps, nous excluons structurellement un très grand nombre de personnes du processus du travail, notamment les jeunes, un certain nombre de femmes, et beaucoup de ressortissants non européens. Enfin, les chances d'emploi pour les travailleurs plus âgés sont très faibles. Pour le groupe des 55-64 ans, l'emploi en Belgique est même le dernier des états membres de l'UE (28,1 % par rapport à la moyenne de 41,5 % en UE). Les débats sociaux sur le sujet sont enlisés dans une guerre stérile des affirmations où l'on donne l'impression que seule la suppression des prépensions peut sauver le pays, d'une part et où l'on répète sans cesse qu'il n'y a quasi pas de problèmes et que les systèmes de mise à pied actuels sont sacrés et incontestables. Il s'agit d'une constatation étrange selon laquelle l'État et les employeurs consacrent une très grande partie de leur budget pour éviter que les gens puissent à nouveau trouver du travail et que les efforts consentis pour trouver du travail aux personnes licenciées sont beaucoup moins grands. Si les gens travaillent, les impôts et les cotisations sociales sont élevés, s'ils sont encouragés à ne pas travailler, ceux-là sont beaucoup plus faibles. Aucune personne sensée ne peut défendre cette idée. Quoi qu'il en soit, tous les partenaires devront apporter dans les prochaines années leur soutien afin de créer plus d'emplois et afin d'assurer que les jeunes et les travailleurs âgés de plus de 50 ans en bénéficient aussi. En d'autres termes, l'âge ne peut plus être l'unique critère lors de restructurations et il doit y avoir davantage de nouvelles options plus attrayantes pour les personnes qui se voient obligées de changer d'emploi. Il importe ici de prêter attention tant au volet financier, à l'organisation de travail qu'il faut adapter, qu'au soutien actif des personnes obligées de changer d'emploi.
  10. Néanmoins, nous devons éviter autant que possible d'adopter une politique purement axée sur les groupes cibles. Le Conseil supérieur de l'emploi a lié un nombre de caractéristiques générales de notre marché de l'emploi aux résultats en matière d'emploi. Il est important de prendre cette analyse au sérieux lors du développement de la politique de l'emploi. En premier lieu, le Conseil supérieur de l'emploi établit un rapport clair entre la mobilité professionnelle et l'emploi. Le terme 'mobilité' implique ici tant un changement de travail qu'un changement de fonction. Une constatation tout aussi importante est celle concernant la "taxation implicite de la continuation du travail". Pour le résumer en de plus simples termes, c'est le rapport entre les incitants financiers pour continuer de travailler et les incitants financiers pour arrêter le travail. En Belgique, ce rapport se révèle très négatif: il n'est pas intéressant de continuer de travailler.

    (…) De plus, il faut se libérer de la conception, tout à fait incorrecte, que l'activation d'un groupe empêchera un autre groupe de trouver un emploi. L'argument qu'on entend alors est que les premiers emplois poussent les travailleurs plus âgés du marché de travail et que les programmes pour les travailleurs plus âgés réduisent les opportunités des jeunes.

    Nous sommes dans la situation suivante: les entreprises ont besoin de travailleurs, mais ne les trouvent pas. En même temps, il y a un taux de chômage élevé. Il est donc nécessaire d'avoir tant des incitants de croissance spécifiques qu'une disponibilité plus élevée. Il est par ailleurs possible de démontrer que l'énorme croissance de l'économie de l'Europe occidentale a été stimulée dans une large mesure par la forte augmentation de la population active chez les hommes et les femmes. Dans tous les pays, un taux de participation plus élevé chez les jeunes mène d'ailleurs aussi à une participation plus élevée des personnes plus âgées et vice versa. Cela ressort probablement de la constatation que pour ces groupes, une participation élevée est le résultat d'une politique de l'emploi efficace et équitable.
  11. L'économie belge se caractérise par le grand impact du secteur des services, avec un très important secteur des services non marchands: l'enseignement, les soins, la santé publique, l'aide gériatrique, etc. En outre, c'est notamment le vieillissement qui fera développer de nouveaux secteurs (un premier exemple: les titres-services), ce qui nous obligera de modifier la réglementation.
  12. Une économie ouverte et florissante ne peut pas se développer dans un pays où le transport est difficile. En matière de mobilité, il y a déjà d'importants investissements dans les transports publics qui seront encore plus importants à l'avenir. Un plan global de mobilité pour tout le territoire et tous les modes de transport s'impose. Ce plan devra garantir l'accessibilité des grands centres urbains.

    Il est évident que l'introduction effective de changements structurels dans les douze domaines énumérés constitue un projet très étendu impliquant une rénovation et un rajeunissement radicaux de notre réseau économique, auquel toutes les groupes d'âge participeront. D'une manière quelque peu polémique, j'ose dire que le thème central des prochaines années ne sera pas le vieillissement, mais bien la rénovation, l'innovation et le rajeunissement. En outre, cela signifie que nous passons d'une politique défensive à une politique offensive: nous n'essayons pas de nous préparer à un problème inévitable comme le vieillissement, mais nous nous engageons à réinventer la manière dont nous développons notre prospérité pour les générations suivantes. Toutes les générations, celle d'aujourd'hui aussi bien que celles de demain en profiteront.

    Il n'y a pas lieu de paniquer ou d'être défaitiste. Il s'agit d'un grand défi auquel on est capable de répondre. La création d'emplois est cruciale. Le Conseil supérieur des Finances a chiffré qu'avec un taux de participation de 70% en 2020, il sera possible de couvrir les coûts du vieillissement, mais il indique également qu'avec un taux de participation de 71%, le coût du vieillissement serait inférieur d'un quart. On ne peut guère donner une meilleure illustration de l'importance d'une nouvelle dynamisation de notre économie. Une telle perspective est le meilleur motif de faire de la modernisation de notre système socio-économique un projet commun. Je n'exagère pas quand j'affirme que jusqu'à présent, trop de tabous subsistent encore et que l'immobilisme domine. »

A propos du vieillissement en général :

« Dans ce qui précède, j'ai prêté peu attention aux changements de politique qu'impose le vieillissement lui-même, mais cela ne veut aucunement dire qu'il n'en existe pas. Le vieillissement oblige d'effectuer une profonde réorientation de l'offre de la santé publique et du secteur des soins tout court. De plus, nous devons faire des choix drastiques afin de pouvoir maîtriser les coûts, plus que cela n'était le cas dans le passé. Une des conséquences du vieillissement est que les aspirations sociales des nouvelles générations de retraités (avec de longues et actives carrières pension) sont plus grandes, ce qui mène aussi à une activité économique supplémentaire. Cela nécessite de démocratiser le deuxième pilier.
Si nous réussissons à mettre plus de personnes au travail, l'on observera qu'il y aura en moyenne une augmentation significative de l'âge des travailleurs. Cela demande un changement des relations avec les travailleurs, vu que la productivité des gens plus âgés a d'autres dimensions que celle des jeunes gens.
Le vieillissement implique également qu'on gère de manière économe la nouvelle prospérité: d'ici 2012, la dette doit être réduite à 60%, mais ici, on peut souligner sans triomphalisme que nous respectons complètement le scénario établi pour la réduction de la dette. Maintenant que nous avons atteint l'équilibre structurel, nous pouvons modifier la loi sur le Fonds du vieillissement. Cela ne signifie pas que nous serons plus stricts, mais que nous fixons plus clairement l'objectif dans la loi (1).
Ce projet exige que les participants aient l'esprit ouvert et ne craignent pas la rénovation. Garder ce que nous avons sur le plan économique et social est la pire attitude et nous mène nulle part.

(1) Dans le cadre d'une politique budgétaire cohérente, il me paraît opportun d'adapter la loi sur le Fonds de vieillissement afin de fixer légalement les versements annuels dans le Fonds de vieillissement. On part d'un versement de 0,3% du PNB en 2007, avec une majoration annuelle de 0,2% jusque en 2012; pour la période après 2012 une nouvelle série doit être fixée en 2010. De plus, les conditions pour le versement doivent être renforcées; plus particulièrement, nous devons avancer que le surplus de l'autorité globale de la même grandeur que le versement puisse être réalisé; à moins qu'il ne doive y avoir un montant, si cela correspond à une réduction réelle de la dette qui ne compte pas pour le budget. Ce dernier montant doit être limité à 250 Mln d'euros par an jusqu'en 2010 et à 500 Mln d'euros par an après 2010. Ces règles doivent êtres prévues dans une dérogation lorsque pendant 2 années de suite, la croissance économique est au-dessous des 2% ou au-dessus des 3 %.


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