La récente pratique de certaines compagnies d’assurances
qui rayent de leur clientèle les conducteurs seniors
dès qu’ils ont un accident, même en droit,
a provoqué l’émoi et la colère de
nombre d’automobilistes de 60 ans et plus.
Ce sont souvent les mêmes compagnies qui refusent d’assurer
les moins de 25 ans ou leur réclament des primes sensiblement
majorées.
Elles se retranchent derrière certaines statistiques
qui qualifient les moins de 25 ans et les plus de 75 ans de
« conducteurs à risque ». Qu’en est-il
réellement ? Opladis fait le point sur les seniors au
volant.
Des seniors au volant de plus en plus nombreux…
Aujourd’hui, plus de 20 % des conducteurs ont 65 ans ou
plus. En Belgique, 92 % des hommes et 50 % des femmes sexagénaires,
80 % des hommes et 25 % des femmes septuagénaires possèdent
un permis de conduire : 65 % des retraités possèdent
un véhicule et les trois quarts d’entre eux considèrent
la conduite automobile comme une activité primordiale
ou très importante.
Le kilométrage annuel moyen des seniors a augmenté
de près de 25 % en dix ans et le profil de leurs déplacements
est assez semblable, hormis les trajets domicile/travail qui
ne les concernent plus, à celui des autres catégories
d’âge. Les seniors voyagent avec leur voiture, voire,
pour certains, tractent régulièrement une caravane
ou possèdent un motorhome, partent en week-end ou pratiquent
volontiers le tourisme d’un jour, visitent enfants et
amis, font leurs courses dans les centres commerciaux en périphérie
des agglomérations, … Avec l’arrivée
dans la soixantaine des baby-boomers à partir de 2006
(soit, les gens nés après la seconde guerre mondiale),
la part des 60 ans et plus parmi les automobilistes va s’accroître
encore dans la décennie à venir : en 2030, les
plus de 60 ans représenteront près de 35 % de
la population de l’Union européenne et la proportion
d’automobilistes seniors suivra cette courbe ascendante.
Des conducteurs plus prudents que la moyenne…
Les conducteurs âgés sont plus prudents, conduisent
moins vite et, en cas d’accident, sont nettement moins
souvent contrôlés positifs en matière
d’alcoolémie. De plus, ils évitent généralement
de conduire dans des conditions difficiles : trajets nocturnes,
jours de grands départs et heures de trafic intense,
conditions météorologiques défavorables,
longues distances,…
Pourquoi, dès lors, certaines compagnies font-elles
des automobilistes seniors des moutons noirs de la route ?
Certes, la sur représentation des seniors dans les
accidents graves ou mortels a de quoi inquiéter : elle
s’explique logiquement par la plus grande vulnérabilité
aux chocs et blessures de cette catégorie d’âge.
A lésion équivalente, le risque de décès
s’accroît tout simplement quand on vieillit. Dans
l’absolu, les seniors n’ont pas plus d’accidents
que les automobilistes des autres catégories d’âge.
Mais si l’on tient compte du kilométrage annuel
parcouru, les personnes âgées constituent la
catégorie d’usagers de la route la plus touchée
par les accidents. A kilométrages équivalents,
les plus de 75 ans ont autant d’accidents que les moins
de 25 ans, avec des styles de conduite diamétralement
opposées. D’où l’attitude intransigeante
de certains assureurs.
Une étude britannique a qualifié les accidents
des seniors : survenant essentiellement en semaine, la journée,
en intersection, ils impliquent généralement
deux véhicules, avec une fréquence accrue en
rase campagne, sur les voies prioritaires, les tourne-à-gauche
et les demi-tours. Ils ne résultent pas d’excès
de vitesse engendrant une perte de contrôle du véhicule,
comme c’est classiquement le cas chez les jeunes conducteurs,
mais d’un temps de prise de décision plus long,
de réflexes plus lents.