Marie-Christine
Crèvecœur a voulu que sa fille Lauren fête
son 18e anniversaire de manière inhabituelle. Ce jour-là,
une très bonne nouvelle lui a été annoncée:
un éditeur va publier son autobiographie. Récit
d’un pari réussi au sein d’une famille
brabançonne
d’Orp-Jauche. Tout s’est fait dans le plus grand
secret. Lauren n’était au courant de rien.
Ni de la fête
qui se préparait, ni des
démarches de sa maman chez
un éditeur, ni du ramdam
qu’elle a suscité pour
son dix-huitième anniversaire.
Mais commençons par le début.
Lauren est née en 1988.
Premier enfant de Claudy et Marie-Christine
Crèvecœur, elle a un
frère, Simon, une sœur,
Manoé, nés respectivement
en 1995 et 2003. Une famille nombreuse
comme il en existe d'autres. A
un détail près: en
2001, Simon tombe malade. Des maux
de tête à répétitions.
Le diagnostic des spécialistes
est angoissant: tumeur au cerveau.
Il faut opérer.
En clinique, tout se passe bien,
mais Simon va nécessiter
des soins constants, une attention
de tous les instants. « Au
détriment de Lauren, culpabilise
Marie-Christine aujourd'hui. Mais
Claudy et moi, nous travaillions.
Souvent Lauren en était
réduite à une vraie
solitude morale... Elle a d’ailleurs été élevée
jusqu’à ses 8 ans
par sa grand-maman, décédée
aujourd’hui, qu’elle
adorait, mais ceci est encore
une autre histoire. »
Revenons à Simon. Souvent
Lauren est seule à la maison,
car ses parents sont en clinique
pour soutenir le garçon.
Des jours pas faciles pour l'adolescente.
Il faut répondre au téléphone,
répéter cinq ou dix
fois les mêmes mots. « Cette
période-là n'a pas
duré très longtemps,
tempère Marie-Christine.
Simon a été opéré en
juin 2001. A la rentrée
de septembre, il a pu retourner à l'école,
mais il a fallu l'entourer. Là aussi,
Lauren a payé de sa personne.
Claudy et moi, à vrai dire,
nous ne nous rendions pas vraiment
compte de ses difficultés.
Elle devait parfois traîner
son petit frère à l'école.
Car Simon est devenu difficile,
cette maladie l’a perturbé.
Il a frôlé la mort
et il l’a tout de suite su.
Ce qui est pénible et particulièrement
lourd à assumer pour un
enfant de six ans. »
Une nuit de ce printemps, Marie-Christine
a un flash. « Et pourquoi
ne pas offrir une fête inoubliable à Lauren? »,
s’émeut-elle en racontant
comment elle a tout préparé.
Première étape:
le livre de Lauren.
Une autobiographie.
Un travail scolaire, imposé.
Mais qui secoue la maman quand
elle le lit. Elle contacte Laurent
Dumortier, qui dirige à Tournai
une petite maison d’édition,
Chloé des Lys. L'éditeur
se montre intéressé par
la manière de raconter
autant que par l’histoire
de la jeune fille. Isabelle
Godfurnon,
le professeur de français
de Lauren, est mise dans la confidence.
C’est elle qui, au début
de la fête, annoncera à Lauren
que son livre va être publié.
Ce sera son premier cadeau. Il
y en aura d’autres, tout
aussi inattendus.
«
Nous avions fait croire à Lauren,
sourit Marie-Christine, que nous
nous baladerions flambeau en main
dans les grottes de Folx-les-Caves.
Après quoi, nous irions
au restaurant chinois. »
A lieu de ça, quand Lauren
arrive aux grottes, tous ses amis
de l'école primaire sont
là. Certains qu'elle n'avait
plus vus depuis des années.
Et, entourant son petit ami Nicolas,
la bande de copains de l’institut
de la Providence de Champion, près
de Namur, où elle termine
sa rhéto.
Des cadeaux sont
distribués, on rit, c'est
la fête. D'abord dans les
grottes, ensuite dans le jardin.
Tout le monde est heureux. Marie-Christine,
elle, est émue, mais elle
garde les pieds sur terre. Et pense à demain.
«
Dix-huit ans, c’est une étape
importante, dit-elle. Bientôt,
Lauren finira ses humanités
pour commencer une licence en psychologie, à Louvain-la-Neuve.
Je crois que ces études-là lui
conviennent.]