Notre
conseillère conjugale Vinciane
Denys fait le point sur un mal-être
qui ne touche pas que les ados.
Les baby-boomers n’y échappent
pas, eux non plus ! Mais comment
réagir ? Suite à la
question de notre lectrice Isabelle,
Vinciane Denys, notre conseillère
conjugale, avance quelques pistes
pour se sortir de ce sentiment
de culpabilité.
Votre question
: Je n'ai aucune
confiance en moi et je me sens tout
le temps coupable de quelque chose.
Par exemple, j'aime bien faire la
cuisine mais je ne suis jamais sûre
du résultat, alors j'avertis
d'avance mes convives que mon plat
est un peu raté. L'autre jour,
lors d'un dîner chez nous avec
deux autres couples, quand j'ai apporté mon
gratin, j'ai dit : « Je crois
que j'ai mis un peu trop d'épices,
désolée. » Et
voilà qu'une amie, très
chère, a eu une réaction
assez violente qui sur le moment
m'a choquée. Elle m'a presque
crié : « Arrête
de toujours te dénigrer !
C'est énervant ! Tu attends
qu'on proteste ? Qu'on répète
une fois de plus : mais non, c'est
délicieux ? Tu fais ça
tout le temps, à propos de
n'importe quoi. »
Cette sortie a été suivie
d'un petit silence puis d'une vive
discussion. Si l'explosion a été jugée
un peu trop agressive, le contenu
a récolté l'accord
unanime et a suscité des échanges
intéressants sur le sentiment
de culpabilité, l'humilité,
la confiance en soi, et autres thèmes.
J'en ai eu des insomnies la nuit
suivante parce que j'en ai conclu
que je devais revoir ma manière
de me comporter, mais comment ? Isabelle
La
réponse de Vinciane
: SJ'ai coutume
de dire que le réflexe de
culpabilité est un moteur
qui fait tourner à l'envers
celui qui en est atteint. C'est
peut-être une curieuse expression
mais qui exprime bien ce que j'en
pense. Voyons, est-ce que nous
aurions le devoir d'être
parfaits ? Aucun de nous n'a demandé à naître,
n'a choisi ses parents, ni son
hérédité,
ni sa culture, et nous sommes le
produit de multiples conditionnements.
Probablement avez-vous manqué de
gratifications dans votre éducation.
Je constate que beaucoup de parents,
souvent en croyant bien faire,
s'imaginent devoir stimuler leurs
enfants par des remarques négatives.
Quand un enfant n'entend souvent, à propos
de ses bulletins scolaires notamment,
que des remarques du genre : « Tu
peux faire mieux », comment
pourrait-il être content
de lui-même ?
Je ne sais
rien de votre éducation,
mais je veux ajouter que nous sommes
encore héritiers d'une civilisation
judéo-chrétienne
dont les commandements étaient
particulièrement culpabilisants
tandis que l'humilité était
trop souvent définie comme
une des plus belles vertus.
Moi
je prétends qu'il y a une
différence fondamentale
entre reconnaître ses fautes
et erreurs (termes qui ne sont
pas synonymes) et se dénigrer
a priori, comme le dit votre amie.
Probablement qu'il vous faudra
un peu d'aide pour avoir confiance
en vous, d'une personne compétente
ou d'un groupe.
Je vous souhaite
d'en arriver à reconnaître
vos dons, à vous apprécier
et à vous faire apprécier.
Et retenez que des mots ou des
attitudes qui ont l'air humbles
peuvent être des manifestations
d'un orgueil caché qui a
peur d'être débusqué.