Notre collaboratrice Vinciane
Denys n’a pas peur des tabous. Vous
pouvez lui adresser, via notre courriel
info@opladis.be, vos questions d’ordre
personnel. Elle y répondra
dans le respect de l’anonymat
de chacun. Cette semaine, pour ouvrir
le débat, elle fait la différence
entre travail et emploi...
Votre question
: J'occupais un
emploi que j'ai quitté pour
me marier et élever ma famille
nombreuse, décidée
de commun accord entre mon mari et
moi, mais du coup
je n'avais plus que du travail, beaucoup,
mais qui ne me donnait aucun droit,
comme si je n'avais rien mérité.
J'ai dépendu absolument pour
ma subsistance de mon mari qui lui
occupait un emploi. Bref, je suis
devenue une entretenue légale.
La différence entre mon mari
et moi, c'est que lui avait un emploi
et moi un travail, de telle sorte
que moi je n'ai bénéficié que
de droits dérivés et… d'une
pension de survie qu'un autre avait
méritée pour moi. Ne
pensez-vous pas qu’une allocation
universelle est une nécessité ?
La réponse de Vinciane :
J'ai lu quelque part : "Qui
dit travail, dit salaire",
mais la formule n'est pas exacte.
En effet, c'est confondre travail
et emploi, deux termes qui ne sont
pas synonymes du tout. Dans notre
culture judéo-chrétienne,
c’est est vécu comme
une punition : tu gagneras ton
pain à la sueur de ton front
! Son pain, il fallait le mériter
en tout cas par les classes qu'on
appelait laborieuses parce que
les Seigneurs, les Maîtres,
les Nobles se seraient déshonorés
en travaillant. Puis le travail/devoir
est devenu aussi emploi/droit,
emploi/chance ou emploi/corvée.
Une anecdote significative : il
y a une vingtaine d’années,
jeune mariée, j'ai été victime
d'un accident de la route qui m'a
maintenue alitée pendant
3 semaines. A l'époque,
j’étais déjà mère
de famille nombreuse. L’avocat
du responsable de l'accident a
proposé comme indemnité pour
mon incapacité, 200 francs
par jour, disant que "après
tout, vous n’êtes qu'une
ménagère ordinaire".
Eh oui ! C'était bien le
cas. Si j'avais accompli le même
travail dans la famille nombreuse
de ma voisine, comme employée
de maison, mon statut eût été différent
et aussi mon indemnité.
Mon avocat n'a pas émis
la moindre protestation ! Depuis
lors, du temps s'est écoulé,
mais je ne suis pas sûre
que les mentalités aient
beaucoup évolué.
La
société est organisée
de telle sorte que les citoyens sont
divisés en deux catégories
: d'une part ceux qui ont un emploi
et méritent une rémunération
ainsi que ceux qui ont travaillé et
méritent une allocation de
chômage. D'autre part, tous
les autres qui sont des assistés
sociaux parce qu'ils n'ont rien mérité du
tout.
L'instauration d'une allocation
universelle, dont il est beaucoup
question en ce moment, aurait au
moins pour conséquence une
remise en question de ce fameux mérite,
tel qu'il a coloré abusivement
et erronément les mentalités,
au détriment de bien d'autres
valeurs, comme la liberté,
l'imagination d'autres manières
de vivre, un autre type de solidarité et
aussi l'abandon du mépris
envers ceux qui n'ont pas d'emploi.