Les seniors, elle connaît ! Toute la carrière
de Myriam Van Espen a été tournée
vers les aînés de notre société.
Elle fait le point sur une science méconnue : la
gérontologie, et démontre à quel point
la vitrine du marché économique est inadaptée à une
population qui avance en âge. Rencontre.
Opladis: Comment
en êtes-vous venue à vous
occuper de personnes très âgées ? Pourriez-vous
définir votre parcours pour aboutir à vos
occupations présentes ?
Née en 1955, je suis l’aînée
de trois enfants. Mis à part un séjour de
deux ans en Espagne, à Salamanca, j’ai toujours
habité Bruxelles ou sa périphérie.
J’ai été très marquée
par mon arrière-grand-mère paternelle et
ma grand-mère paternelle, toutes deux ont resserré notre
tissu familial. C’était de fortes personnalités,
qui avaient vécu les deux Guerres mondiales en Angleterre.
D’autre part, j’ai grandi en subissant la nette
influence de mon père. Il travaillait dans l’informatique
chez Philips et voyageait beaucoup. Il ramenait sans cesse
des personnes d’origine très diverses à la
maison, ce qui m’a ouvert aux cultures du monde.
Plus tard, j’ai été mariée deux
fois. J’ai vécu une famille recomposée
lors de mon second mariage, avec les deux garçons
de mon mari, puis avec notre fille dès 1985.
Opladis: Comment
s’est développée
votre carrière professionnelle ?
J’ai occupé divers emplois dans des entreprises
privées ou dans le secteur du handicap, avant de
me voir proposer un job dans le cadre des Mutualités
chrétiennes, qui étaient très actives
dans le cadre du vieillissement. C’est là que
j’ai été nommée chef de projet
au début des années 80. Notre premier boulot, à Malibran,
a consisté à transformer une vieille maison,
qui est devenue petit à petit un centre d’accueil
de jour pour une vingtaine de personnes. C’était
fort motivant, même si les débuts ont été difficiles.
Les gens hésitaient à franchir notre porte.
Alors j’ai fait tous les commerces de la rue Malibran,
le boucher, le boulanger, l’épicier, toutes
ces personnes sont venues, puis d’autres encore du
quartier, et nous nous sommes fait connaître. C’était
en 82, les personnes âgées, à cette époque-là,
avaient en moyenne 70 ans, alors qu’aujourd’hui
on est très âgé vers 80 ou 85 ans.