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Les cancres de la classe "TERRE"

Parmi les signataires du protocole de Kyoto en 1997, seuls six pays ne l’ont pas ratifié : Australie, Croatie, Kazakhstan, Monaco, Zambie et, surtout, les USA de George Bush, pourtant responsables du quart de la pollution mondiale.

La taille du Rocher de Monaco et son faible penchant à développer des industries polluantes dispense quasiment la Principauté de cet effort diplomatique. Quant à la Croatie, elle devra bien le ratifier rapidement pour ne pas compromettre sa candidature d’adhésion à l’Union européenne… Et l’Australie, le Kazakhstan et la Zambie finiront bien par suivre le mouvement.

Par contre, que penser de l’attitude américaine, ou plutôt de l’attitude de l’Administration Bush et de la majorité républicaine au Sénat américain. Car, il faut le rappeler, Bill Clinton plaidait pour la ratification du protocole. Comme quoi, en ce domaine comme en bien d’autres, un Démocrate et un Républicain ne sont pas bonnet blanc et blanc bonnet…

Sous la présidence de Bill Clinton, les USA se sont engagés à ratifier le protocole de Kyoto. Toutefois, le Sénat s’y est opposé, exigeant, préalablement à la ratification, des garanties que les engagements de réduction pouvaient être tenus en recourant sans limitation au mécanisme du marché. Le Sénat américain exigeait aussi que l'Inde et la Chine, grands pays en développement, s'engagent, eux aussi, à limiter leurs émissions polluantes.

La position américaine se radicalise avec l'élection de George W. Bush début 2001. Le 29 mars 2001, le nouveau président américain, que l’on sait très lié à ses amis pétroliers texans, annonce que les USA ne ratifieront pas le protocole de Kyoto, car il ne va pas dans le sens de leurs intérêts économiques. Bush préfère travailler avec ses alliés à un plan qui exigerait des pays en développement qu'ils se conforment, eux aussi, à certaines normes environnementales.

Cette décision provoque un tollé.

Quelques jours plus tard, dix personnalités, dont les ex-dirigeants américain et soviétique Jimmy Carter et Mikhaïl Gorbatchev, appellent le président Bush à revenir sur sa décision. Pour sa part, l'Union européenne confirme le maintien de ses objectifs à l'égard du protocole, malgré la volte-face de l’Oncle Sam.

Le 15 février 2002, George Bush annonce un plan moins drastique que le Protocole de Kyoto pour réduire les gaz à effet de serre, visant à réduire les émissions américaines de GES de 18 % en dix ans. En vertu de ce concept, les USA devraient diminuer leurs GES de 183 tonnes aujourd’hui à 151 tonnes d'ici 2010 (Soit, les émissions de dioxyde de souffre : -- 73 % par l'imposition d'un plafond, de 11 millions de tonnes actuellement à 4,5 millions de tonnes en 2010 et à 3 millions de tonnes en 2018 ; les oxydes d'azote réduits de 5 millions de tonnes à 2,1 millions de tonnes en 2008 et à 1,7 million de tonnes en 2018 ; pour le mercure, émanant pour l’essentiel des centrales thermiques, les émissions actuelles de 48 tonnes annuelles ramenées à 26 tonnes en 2010 et à 15 tonnes en 2018).

Le plan Bush dispose d'un budget de 4,6 milliards de dollars, dont 920 millions dédiés au développement des énergies alternatives, mais il n’est nullement contraignant pour les industriels américains. Les entreprises volontaires inscriront leurs réductions dans un registre national, valorisables sous la forme de crédits d'émissions.

Mais surtout, certains scientifiques dénoncent le nouvel indice d'intensité des GES mis de l'avant par les États-Unis. Selon les différents calculs disponibles, ce mode de calcul masquerait en réalité une augmentation de 14 % à 25 % des émissions polluantes américaines.

Un raisonnement tordu, égoïste et suicidaire …

L’Administration Bush applique le raisonnement suivant : même s'ils sont les plus grands producteurs d'émissions de gaz à effet de serre de la planète (20 tonnes de CO2 par habitant par an, contre 10 tonnes par Allemand et 2,3 tonnes par Chinois), les Américains font davantage preuve d'efficacité énergétique que les autres.

Un citoyen américain est en effet beaucoup moins polluant qu’un Chinois, dès lors qu’on raisonne en tonnes de CO2 par unité de produit national brut (PNB) : selon les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie, l'Américain émet 0,77 tonne de CO2 pour 90 dollars de PNB, alors qu'un Chinois en émet 3,54 tonnes pour le même montant.

Dès lors, l’Administration Bush affirme que c'est l'inefficacité énergétique de certains pays qui met en péril l'atmosphère de la Terre, et non le mode de vie américain. Et refuse donc de ratifier le protocole de Kyoto et de participer, à hauteur comparable aux autres pays industrialisés.

C’est suicidaire, égoïste et déloyal (car les industriels américains dispensés d’efforts écologiques seront plus concurrentiels que leurs homologues japonais ou européens).

C’est un exemple significatif de cette politique unilatérale des USA qui met en péril la planète alors que seule une vision politique multilatérale peut assurer un avenir à l’espèce humaine.

Alors, assurément, notre gouvernement doit profiter du passage de George Bush à Bruxelles pour lui dire que les 141 pays signataires du Protocole de Kyoto ont raison et que les USA ont tort.

LV


A lire aussi :

      Les émissions de gaz à effet de serre, les limites du protocole de Kyoto
      Bush in the Belgian Kingdom
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